MOI, LU SCO M. — DESCRIPTION CLINIQUE
souvent, pendant la période congestive, les linges du lit et ceux qui entouraient la tumeur. Chez un malade observé par Ilecker (de Fribourg), la quantité du produit d’exhalation, également séreux, s’élevait à plusieurs chopes par jour (1).
> Le produit d’excrétion est remarquable par une odeur infecte, nauséabonde, (exagération de l’odeur naturelle du corps), qui persiste encore à la surface de la masse, h un degré moindre pourtant, quand la crise est passée (2). »
Indépendamment des phénomènes que nous venons de rappeler, les molluscums qui ont atteint un volume assez considérable, peuvent encore avoir pour résultat d’entraver divers mouvements, la marche elle-même, et jusqu’à toute espèce de travail. Le malade de Nélaton était réduit à passer sa vie dans la position horizontale; le poids de la tumeur (12 kilogrammes et demi) et la résistance déployée pour la soutenir avaient même entraîné certaines modifications dans le squelette de la région, et amené le développement de courbures anormales de la colonne rachidienne. 11 en était résulté, depuis longtemps, une gêne marquée dans le jeu de plusieurs organes importants, des troubles de la respiration et de la circulation, et la vie paraissait à ce point en danger, qu’en l’absence de moyens médicaux sur lesquels on pût compter, on dut recourir à une opération chirurgicale.
Il n’est, du reste, pas commun de voir les molluscums atteindre un volume aussi considérable que dans les exemples que nous venons de citer; le plus souvent, le volume des tumeurs varie entre celui d’un pois et celui d’un œuf de pigeon, ou d’une petite pomme. Chez la malade d’Hillairet, l’apparition des premières petites tumeurs remontait à plus de douze années; elles avaient déjà le volume d’une lentille quand la malade s’aperçut de leur présence, et celles qui, depuis cette époque, avaient atteint le plus grand volume, n’outre-passaient pas les dimensions d’une petite vessie à couleur; ce qui permet approximativement de mesurer l’activité de leur développement dans un intervalle de temps assez étendu. Aucune, du reste, n’avait diminué de volume (O. Larcher).
Dans les cas où le volume le plus considérable a été observé, et où l’on a pris note de l’époque du début, on voit qu’il a fallu seize (3) ou dix (ù) ans, au moins, pour que les molluscums aient atteint de grandes proportions. Ils sont alors parcourus par des veines très- volumineuses qui se dessinent à leur surface. Il existe, en même temps, un réseau très -riche de petits vaisseaux et de capillaires, et la tumeur présente une coloration rosée, plus ou moins marquée à certains moments. Chez le malade dont l’histoire a été publiée par S. Chédevergne, l’application du doigt sur la tumeur faisait refluer le sang, et produisait une dépression blanche au niveau du point comprimé. La température locale était demeurée normale; mais la peau était atteinte d’anesthésie et restait insensible aux divers excitants, connue la chaleur, le froid, etc. (5).
(1) Hecker (de Fribourg), Die Elephantiasis oder Lepra arabica (extrait de Y Annuaire de Canstatt , 1858, t. III, p. 301). Observation traduite en français par FriU et publiée par S. Chédevergne ( loc.cit ., p. 87).
(2) S. Chédevergne, lue. cit., p. 87.
(3) Malade observé à la clinique de A. Nélaton
(é) Malade observé dans le service de Ch. Denonvilliers (S. Chédevergne, Gazette des hôpitaux, 1865, p. 87).
(5) S, Chédevergne, loc. cit., p. 66.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
§ II. '— Anatomie et physiologie pathologiques.
I* — * Lorsque, pour étudier la structure d’un petit inolluscum ( molluscum pendulum , des auteurs), on vient à l’inciser, on voit qu’il est constitué par une enveloppe fibreuse renfermant une masse charnue. Quant à la nature même de cette masse, les opinions ont varié. On l’a considérée comme une hypertrophie des follicules sébacés, à cause surtout de la dépression qu’on constate sur quelques-unes des petites tumeurs et qui a paru n’ètrc autre chose que l’orifice du conduit excréteur du follicule (1). Une autre raison, à l’appui de cette manière de voir, pouvait encore être tirée de ce fait, que, dans certains cas, le molluscum paraît naître sur de l’acné varioli forme : la matière sébacée, selon Bazin, s’accumulerait alors dans l’intérieur d’un follicule, le dilaterait, s’échapperait par l’ouverture, et il en résulterait un sac à parois ridées et revenues sur elles-mêmes; mais, « le plus ordinairement, l'affection est primitive et se développe en dehors du follicule sébacé , aux dépens des aréoles dermiques », et l’examen de quelques-unes de ces excroissances, recueillies sur une femme qui les portait en grand nombre, a fait voir que tous les éléments de la peau , d’ailleurs parfaitement saine, entrent dans leur formation. Bazin a vu, en outre, apparaître à la surface de section un peloton adipeux appartenant au tissu cellulaire sous-cutané (2).
Déjà, quelques années avant que Bazin publiât les résultats de ses recherches, Verneuil (3) avait également étudié la structure du molluscum. La simple dissection lui permit, dès l’abord, de reconnaître que les tumeurs qui lui avaient été remises par Berthold (h), avaient envahi toute l’épaisseur du derme, mais n’avaient pas franchi les limites du tissu cellulaire sous-cutané. Il put acquérir, en outre, la conviction que le tissu pathologique se développe bien primitivement dans l’épaisseur même du derme; car il y rencontra de petits dépôts offrant tous les caractères du tissu qui constituait les grandes saillies de la surface de la peau. Ces petits dépôts étaient arrondis on lenticulaires; ils se détachaient très-nettement, par leur couleur rouge, de la trame fibreuse du derme, restée blanche; et du côté de la surface extérieure du tégument, ils étaient recouverts par l’épiderme, la couche papillaire et une lame du derme. En revanche, sur les tumeurs plus volumineuses, les couches superficielles de la peau étaient considérablement distendues et amincies : l’épiderme, manifestement existant, était doublé seulement d’une mince lame de tissu fibreux qui se confondait avec celui qui sillonne la tumeur elle-même, et dans lequel on ne pouvait distinguer ni les papilles, ni le tissu du derme lui-même. Aucune des tumeurs, grosse ou petite, n’était enkystée; toutes, au contraire, adhéraient fortement aux tissus voisins, à la face profonde de la peau sous-jacente, et ne pouvaient en aucune façon être énucléées. Leur consistance était assez molle et un peu spongieuse; cependant, l’une d’elles, ulcérée a sa surface, était plus ferme au toucher. Des coupes, pratiquées en divers sens, montraient
(1) Hardy, Leçons sur les maladies de la peau, 2e partie. Paris, 1863, p. 14.
(2) Bazin, Leçons sur les affections cutanées artificielles, les difformités de la peau, etc . Paris, 1862, p. 445 et 446.
(3) Verneuil, Note sur la structure du molluscum , avec quelques remarques sur les productions homœomorphcs ( Mémoires de la Société de biologie, 2e série, t. I, année 1854, p. 177).
(4) Toute la surface de la peau était parsemée de productions de la môme nature, et l’autopsie, faite avec soin, n’eo put faire découvrir aucune, ni dans les viscères, ni dans les autres organes profonds.