‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 219 sur 494 · PURPURA SIMPLEX · texte numérisé non relu

PURPURA SIMPLEX

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

« Le purpura simplex est caractérisé par l’apparition, à la peau, de plaques d’un rouge variable, peu étendues, ne disparaissant pas sous la pression du doigt, ayant pour caractère principal de n’être pas accompagnées d’hémorrhagie. » (Cazenave.) Dans un bon nombre de cas, il n "existe aucun symptôme de fièvre, mais il est assez fréquent de voir la maladie débuter par des malaises, de l’horripilation, etc., phénomènes évidemment fébriles, et, en outre, il n’est pas de praticien qui n’ait eu l’occasion d’observer des cas de purpura simplex bien caractérisés et dans lesquels il y avait une fièvre considérable.

Le purpura simplex ne laisse pas de se montrer assez souvent.

§ II. — Causes.

On a observé principalement cette maladie chez les femmes et les enfants, chez les sujels d’une faible constitution, chez ceux qui sont soumis à de mauvaises conditions hygiéniques (1); mais ces conditions ne sont pas indispensables, et nonseulement on a vu le purpura se produire chez des individus qui n 'offraient rien de semblable, mais encore on a rapporté bien des cas dans lesquels il existait des conditions tout opposées. On a cité de rares épidémies de purpura.

g III. — Symptômes.

Le principal et presque Tunique symptôme du purpura simplex consiste dans des éruptions successives de taches d’abord d’un rouge vif, puis offrant une teinte livide, et enfin une couleur jaunâtre qui se dissipe comme celle des ecchymoses. Chez quelques sujets, et principalement chez les vieillards, ces taches ont tout d’abord une couleur plus foncée; parfois môme c’est une couleur brune presque noire, ainsi que nous en avons vu récemment un exemple. Ces taches ont un caractère important, c’est de ne pas disparaître sous la pression ; en outre, elles augmentent lorsque le point sur lequel elles se trouvent est déclive et qu’il y a une certaine stase du sang. Elles sont arrondies, d’un volume qui ne dépasse ordinairement pas celui d’une lentille, et qui est souvent au-dessous ; elles sont plus ou moins rapprochées, mais ordinairement distinctes les unes des autres. Dans leur intervalle la peau ne présente aucune altération.

Parfois il survient un (jonflement considérable des parties affectées , et principalement des membres inférieurs. Ce gonflement, borné à un point limité, est extrêmement douloureux, et, quoiqu’on ne voie pas de changement de couleur à la peau, tout porte à penser qu’il résulte d’un afllux du sang dans les tissus.

Il est rare, quoi qu’on en ait dit, que le purpura simplex se présente sans avoir

(1) [Une forme particulière de purpura a été observée par Blasi, chez un enfant de deux ans, atteint de la coqueluche. Après une nuit de violentes quintes répétées, la face était couverte d’une myriade de taches ponctuées, irrégulièrement arrondies, comme des grains de sable, sans saillie au toucher, ni prurit, ni cuisson. Tout le reste de la peau avait la couleur normale. Après quelques jours, l’éruption avait complètement disparu, sans laisser aucune trace, Illasi fait remarquer que, dans les fréquentes épidémies de coqueluche qui s’observent à Rome, aucune hémorrhagie cutanée semblable n’a été notée. ( Giorn . mecl. di tioma, janvier 1865, p. 51, et Union médicale, nouvelle série, t. XXVII, p. 416.)]

G Si)

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

été précédé d’aucun symptôme. Presque toujours il y a un malaise plus ou moins considérable, de la céphalalgie ou simplement une pesanteur de tête. On observe encore le brisement des membres, la faiblesse, la perle de l’appétit. Fréquemment, ces symptômes, après avoir duré quelque temps, se dissipent, la maladie poursuivant son cours. Mais on voit des cas dans lesquels le mouvement fébrile est beaucoup plus intense et persiste pendant toute l’éruption, et en outre, comme l'affection est, ainsi que nous l’avons déjà dit, constituée par des éruptions successives, il n’est pas rare de voir chacune de ces éruptions précédée de ces symptômes généraux.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

11 arrive quelquefois que le purpura suit une marche franchement continue ; plus souvent ce sont des éruptions successives pendant lesquelles se manifestent un nombre plus ou moins grand de taches. Il faut, par conséquent, considérer séparément la durée des éruptions et celle de la maladie en général. Les éruptions durent de sept ou huit jours à quatorze ou quinze. Quant à la maladie, lorsqu’elle ne consiste qu’en une éruption ou en un petit nombre de taches, elle dure de dix à quinze jours ; dans le cas contraire, on la voit durer quatre ou cinq semaines, et parfois elle devient chronique ai résiste à tous les traitements. C’est surtout chez les vieillards à constitution affaiblie que l’on remarque cette marche chronique. La mort n’est pas une terminaison qu’on puisse attribuer au purpura simplex.

§ V. — Diagnostic, pronostic.

Rayer a cité un cas dans lequel l’ oblitération de l'une des veines iliaques par des caillots sanguins a donné lieu à des taches semblables à celles du purpura ; mais les cas de ce genre sont exceptionnels, et les cordons noueux que forment les rameaux veineux mettent sur la voie du diagnostic.

Ce n’est qu’un examen très-peu attentif qui pourrait faire confondre le purpura avec des morsures de puces , et, quant à la distinction des taches de cette affection avec les pétéchies des maladies graves ou avec les ecchymoses du scorbut, le diagnostic est trop facile pour qu’il soit nécessaire de s’y arrêter un seul instant.

Le pronostic du purpura simplex n’est pas grave; seulement, ainsi que nous l’avons dit à propos de sa terminaison, lorsqu’il est chronique, il est très-rebelle, et il annonce une détérioration plus ou moins profonde de la constitution.

§ VI. — Traitement.

Le traitement doit différer complètement selon l’état du malade et selon les circonstances qui ont présidé au développement de la maladie. Le purpura simplex peut se manifester, en effet, chez un individu vigoureux, sanguin; il peut avoir été provoqué par un régime excitant, par des fatigues excessives, etc. Dans ce cas, il faudra avoir recours à des émissions sanguines, à l’emploi de quelques bains frais, de quelques boissons rafraîchissantes', mais il faudra insister avant tout sur le repos le plus complet qu’il sera possible.

Le purpura a pu, au contraire, affecter un individu faible ou épuisé par l’influence débilitante de mauvaises conditions hygiéniques, et il y aura alors indication diamétralement opposée : on mettra le malade à l’usage de moyens toniques et fortifiants; on lui fera prendre du vin généreux, quelques tisanes amères, quelques ferrugineux, etc. (Cazenave),

PURPURA H EMORRHAGICA. — SYMPTÔMES.

ARTICLE II

PURPURA HEMORRIIAGICA.

Cette affection étant au fond la meme que la précédente, dont elle ne diffère ( que par les hémorrhagies des muqueuses et par la gravité, nous n’exposerons dans cet article que les particularités qui la caractérisent.

§ I. — Définition, synonymie.

Le purpura hœmorrhagica , auquel Werlohf a donné le nom de morbus macu losus hœmorrhagicus , est une maladie caractérisée par des taches de la même nature que celles du purpura simplex , par des symptômes généraux plus graves, par des hémorrhagies plus ou moins abondantes. Cette affection n’est heureusement pas fréquente, bien qu’on en ait rapporté un assez bon nombre d’exemples à i cause de la gravité des cas.

§ H. — Causes.

Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit des causes à propos du pur- , pitra simplex. On doit admettre seulement que ces causes ont eu une action plus i énergique, plus prolongée, ou qu’elles ont exercé leur influence sur des sujets plus • disposés aux hémorrhagies. En outre, on a cité des cas dans lesquels il existait lune prédisposition telle, que la moindre cause occasionnelle déterminait une hémorrhagie interstitielle et une attaque de purpura hœmorrhagica.

§ III. — Symptômes.

Les taches de purpura hœmorrhagica sont plus larges que celles du purpura simplex; elles sont étendues, irrégulières, livides, et présentent l’aspect des ecchymoses récentes. Ces taches ont le même siège et les mêmes caractères que celles du purpura simplex, dont on observe aussi un nombre plus ou moins considérable au milieu d’elles. Dans quelques cas rares, on a vu les taches purpurines couvertes d’une bulle pleine de sang.

Mais un caractère plus important encore, car il sert à distinguer cette forme de la précédente, c’est la présence sur les diverses muqueuses de taches d’un rouge obscur semblables à celles qui se montrent à la peau. Ces taches sont autant de points par lesquels s’effectuent des hémorrhagies souvent très-abondantes et parfois foudroyantes. Il est aussi des cas de purpura dans lesquels les hémorrhagies ont lieu jusque dans le parenchyme des organes. On a déjà cité des cas de ce genre en pailant de diverses hémorrhagies constitutionnelles (1). C’est surtout alors que les hémorrhagies sont foudroyantes. Quelquefois ces hémorrhagies deviennent chroniques; ainsi on voit chez certains individus quelques taches purpurines sur une muqueuse, celle de la bouche, par exemple, donner lieu, pendant un temps foi t long, à des hémorrhagies modérées qui, se reproduisant chaque jour ou à des intervalles variés, mais rapprochés, finissent par détériorer complètement la constitution.

On distinguera les sgmptômes qui accompagnent la maladie, de ceux qui en sont

(1) Yoy. Epistaxis (tome II, p. 216), Hékatémèse (tome III, p. 609), etc.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PF. U’

le résultat. Les premiers sont les mêmes que dans le purpura simplex, mais beaucoup plus intenses; au malaise général, h la courbature, se joignent souvent l’anxiété précordiale, des étourdissements, des lipothymies, etc. Le mouvement fébrile est plus constant et plus violent. On a observé quelquefois la diarrhée et des coliques plus ou moins intenses, mais bien plus souvent la constipation. Quant aux seconds, ils ne sont autre chose que les symptômes de V anémie, et il serait par conséquent inutile de les décrire ici (1).

Parkes (2) a donné l’analyse du sang veineux dans deux cas de purpura hœmorrhagica. Dans le premier, il y avait abaissement général dans la proportion des matériaux solides du sang, avec conservation de la proportion relative de chacun d’eux. Dans le second, la circonstance la plus remarquable était Y augmentation de la fibrine , et dans les deux il y avait augmentation de la quantité normale du fer.

Dans un cas cité par Hérard (3), on n’a trouvé nulle trace de fibrine, et il a été en outre impossible de séparer les globules du sérum; mais dans un cas semblable quant aux symptômes, nous avons trouvé une quantité notable de fibrine, de sorte qu’il n’y a rien de fixe à cet égard.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

La marche de la maladie est souvent rapide, mais on observe dans celte espèce les mêmes éruptions indiquées dans la précédente, et lions avons déjà dit qu’elle pouvait se montrer sous une forme chronique. U en résulte que la durée est trèsvariable. Cela dépend surtout de l’abondance des hémorrhagies. Quant à la terminaison, elle est assez fréquemment funeste, et c’est principalement aux hémorrhagies abondantes qu'il faut attribuer la mort. Lorsque ces hémorrhagies se font dans l’intérieur même des organes, et qu’elles occupent un grand nombre de points, la mort peut être presque instantanée.

§ V. — Lésions anatomiques.

Elles consistent uniquement dans les infiltrations sanguines qui se montrent dans la peau et dans le tissu des organes, et dans l’état exsangue de diverses partiesdu corps.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic est le même que dans le cas précédent, et, de plus, 1 existence des hémorrhagies vient le rendre plus facile. Lorsqu’on peut apercevoir le point de. la muqueuse par lequel s’échappe le sang, et que ce point est occupé par des taches purpurines, le doute n’est pas permis.

Le pronostic est beaucoup plus grave que dans l’espèce précédente, et c est surtout sur l’abondance des hémorrhagies que se mesure le danger.

§ VII. — Traitement.

On retrouve ici, mais dans des proportions bien différentes, ce que nous avons dit des indications tout à fait opposées sur le traitement du purpura simplex. Cette différence tient d’ailleurs aux mêmes causes. Ainsi on pourra employer les saignées, les émollients, mais ce ne sera que dans le plus petit nombre des cas, le plus sou-

(1) Voy. article Anémie (tome I, p. 539).

(2) Parkes, London medical Gazette , 1848.

(3) Hérard, Bulletin de VA cad. impériale de méd., t. XV11I. Paris, 1852, p. z

PURPURA HÆMORRHAGÏCA. — TRAITEMENT.

i vent, et selon les cas. il faudra ordonner le repos complet, mettre le malade à l’usage des acides végétaux , des boissons glacées , lui faire prendre des aliments froids , ou bien employer le quinquina uni à Veau de llabel , la décoction de ratanhia, les vins généreux , les amers , etc. Il pourra être utile de vider les organes digestifs par l’emploi de quelques purgatifs, du calomel par exemple (Cazenave).

Un journal anglais (1) rapporte l’observation d’une femme sur le point de suci comber à cette affection, et chez laquelle l 'acide gallique, donné à la dose de : 2 grammes, uni à 4 gouttes de laudanum toutes les demi-heures, fit cesser les accidents. « Des faits que nous avons observés récemment, ajoute ce journal, nous I portent à penser que V acide tannique est un antihémorrhagique par excellence et I pourrait remplacer l’acide gallique. »

Harty (2) a vu guérir avec rapidité le purpura hœmorrhagica , sous l’influence i des purgatifs répétés.

Moore Neligan (3) a rapporté quatre cas dans lesquels un purpura hœmorrhagica très-grave a été promptement guéri par l 'essence de térébenthine. Il donne ce médicament à la dose de 25 à 40 grammes chez les adultes, et de 8 à 15 grammes chez les enfants. Quoique l’auteur pense que l’essence de térébenthine a une propriété antihémorrhagique particulière, on est porté à croire qu’elle n’a agi que comme purgatif; car, d’une part, Moore Neligan a été habituellement conduit à assurer l’action purgative par l’addition de l'huile de ricin; et, de l’autre, la rapidité de la guérison a été en raison directe de l’effet purgatif.

Dans quelques circonstances, on pourrait avoir recours aux émissions san guines générales et locales ; mais, dans tous les cas, il ne faudrait employer ce moyen qu’avec une extrême attention. Losetti (4) a rapporté un cas de purpura hœmorrhagica , dans lequel les saignées, au mombre de six, ont produit une amélioration prompte et procuré une guérison rapide.

On combattra les hémorrhagies qui accompagnent cette forme de purpura par des lotions avec de l'eau glacée, par des injections stgptiques, et par le tamponnement au besoin. Dans ces cas, on a retiré souvent de bons effets de l’emploi d 'ablutions froides sur tout le corps.

Quant aux taches purpurines, on peut les attaquer localement par l’application de compresses imbibées de chlorure de chaux, par des décoctions astringentes.

Ce qui importe surtout, c’est de placer le malade dans des conditions hygiéniques favorables : ainsi on le mettra à même de respirer un air pur, d’habiter des lieux sains; on le soumettra à un régime alimentaire doux et fortifiant. Enfin, c est surtout pendant la convalescence que l’on peut avoir recours à l’emploi de quelques toniques , des boissons ferrugineuses, par exemple. On a eu plusieurs fois recours alors avec avantage aux bains de mer.

[Lue question importante s’agite en ce moment au sein des sociétés savantes, celle de 1 emploi à l’intérieur du perchlorure de fer dans les hémorrhagies, et spécialement dans le purpura. Pize (de Montélimart) a soumis à l’Académie de médecine un mémoire relatif à l’emploi du perchlorure de fer dans le traitement du

(I) Voy. The Lancet , et Bulletin général cle thérapeutique, 15 mai 1851.

(-) Harty , Edinburgh medical and sur gical Journal, t. IX.

(3) Moore Neligan, Dublin Journal, novembre 1865.

(6) Losetti, Annali universali di medicina, mars 1868.

AFFECTIONS ET MALADIES 1)E LA PEAl.

purpura hœmorrhagica , et à son action sédative sur le cœur (1). « Les conclusions de Pize, sont les suivantes: 1° Que le perchlorure de fer est l’agent par excellence de la guérison de cette maladie, puisqu’il arrête les hémorrhagies dans l’espace de vingt-quatre à quarante-huit heures, et que, continué pendant quelques jours, il fait rapidement entrer le malade en convalescence; 2° que, puisqu’il produit un ralentissement immédiat de la circulation, puisqu’il fait descendre les battements du pouls en vingt-quatre heures de 110 à 80 pulsations, le perchlorure de fer exerce une action sédative immédiate sur le cœur. Dcvergie, n’avant pu expérimenter sur des cas de purpura hœmorrhagica , juge et approuve par analogie le traitement en question, car il a vu guérir avec rapidité le purpura simplex par le perchlorure de fer, en en exceptant toutefois les cas à éruption successive.

Nous ne pouvons pas rapporter ici les diverses opinions déjà émises sur le mécanisme de son action, puisque quelques médecins ont déjà nié la valeur du médicament et rapporté la guérison ou à la nature, ou aux autres agents employés.

Nous ajouterons seulement que Bouillaud croit que Pi/.e s’est trop hâté en attribuant la sédation du cœur au perchlorure de fer; que Piorrv a réclamé pour luimême la première application du perchlorure à la maladie en question; que Trousseau a nié l’absorption des préparations ferrugineuses, etc.

Comme il est impossible de prévoir ce qui résultera d’une discussion encore pendante, nous ne pouvons qu’engager les praticiens à employer le nouveau médicament; car, après tout, il ne saurait être nuisible.

Pize conseille de le donner à la dose de 25 à 30 gouttes dans un julep de 100 grammes, en vingt-quatre heures. On pourrait formuler comme il suit :

Tp Julep simple 100 à 120 gram.

Perchlorure de fer. 25 à 30 gouttes.

Sirop simple

Mêlez. A prendre par cuillerées à bouche en vingt-quatre heures.

30 gram.

On évitera l’association de préparations contenant du tannin (V. Racle).]

ARTICLE III

IIÉMATIDROSE.

[En compulsant les observations publiées par les médecins de tous les temps, et en particulier en passant en revue les réflexions, les faits et les conclusions établis par Parrol (2), nous arrivons à admettre presque nécessairement les idées de ce médecin.

§ I. — Définition, synonymie.

Définition. — V hématidrose est une maladie rarement héréditaire, presque toujours liée à des accidents hystéro-épileptiques, et caractérisée par l’écoulement, sur une ou plusieurs régions du corps pourvues abondamment de glandes sudorifères, d’une rosée sanguine passagère ou persistante, coïncidant ou alternant avec

(1) Pize, Bulletin de l’Académie de médecine , t. \XV, p. 686 et suiv. — Gazette hebdomadaire, 25 mai 1860, n° 21, p. 348. . . (Qr

(2) Parrot, Etude sur la sueur de sang cl les hémorrhagies névropathiques. Paris, 1860 ;

et Gazette hebdomadaire, janvier 1860.

HÉMAT1DR0SE. — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES. fiS5

des hémorrhagies membraneuses ou parenchymateuses, accidentelles ou physiologiques, et ne laissant après l’hémorrhagie aucune iracede lésion anatomique visible.

Synonymie. — Il faudrait bien se garder de confondre avec l’hématidrose l’hénmophilie. Cette erreur a été faite par des auteurs d’une grande valeur. L hémophilie est héréditaire; l’hématidrose s’établit d’elle-même sans antécédents de famille. Cette première maladie s’observe presque toujours dans le sexe masculin; la seconde, dans presque toutes les observations, se rencontre chez de jeunes femmes pubères. L’hémophilie débute dès l’enfance, produit des hémorrhagies ii intarissables h la faveur de plaies même très-légères, des ecchymoses énormes, 'superficielles ou profondes. L’hématidrose fait couler le sang sur la peau en l’abs sencc de tout contact.

§ II. — Anatomie et physiologie pathologiques.

Nature du liquide épanché. — Dans un cas observé au microscope par Parrot et dans un autre signalé par Magnus IIuss, le liquide a toujours présenté lescaraci tères physiques du sang, soit pendant qu’il coulait sur la peau, soit sur les linges : tachés par la sueur du sang. L’examen microscopique, fait à diverses reprises, a i révélé la présence d’un grand nombre d’hématies parfaitement régulières, de quel- ( ques rares globules blancs et de fragments d’épiderme au milieu d’un liquide inco- I lore, transparent. C’est donc bien du sang que l’on voit s’écouler sur la peau des i malades, et non, comme on l’a dit, un liquide plus ou moins aqueux, teint en i rouge par la matière colorante du sang.

La nature de la maladie est établie par ces considérations. L’hématidrose est une i hémorrhagie; la présence des hématies dans le liquide épanché ne laisse aucun doute à cet égard. Par suite, on peut dire qu’il y a dans l’hématidrose une rupture i vasculaire ; cette conclusion résulte du fait même de l’hémorrhagie.

Mécanisme de l’hématidrose. — Par quelle voie le sang arrive-t-il à la surface des téguments? Tous les auteurs sont unanimes pour dire que, dans l’hématidrose, la peau offre une intégrité parfaite, soit avant, soit après la sortie du sang, d’où la pensée d’invoquer les ouvertures naturelles.

Gendrin affirme que le sang s’échappe par les glandes sudoripares , par les bouches de la sueur; c’est également l’opinion de Parrot. En effet, l’bématidrose se montre sur des régions où les glandes sudoripares sont très-abondantes: paume des mains, doigts, plante des pieds, orteils. Dans ces régions, les follicules sébacés manquent absolument, aussi bien que les pulpes pileux.

L’hémorrhagie ne saurait donc reconnaître pour point de départ la rupture des vaisseaux capillaires qui alimentent les follicules pileux et les glandes sébacées. Ces deux derniers appareils sont d’ailleurs oblitérés par leurs produits pileux et graisseux; de plus, elles sont infiniment moins vasculaires que les glandes sudoripares. Le microscope n’a jamais montré de matières grasses mêlées au sang épanché. Si cette conclusion est trop exclusive, on peut au moins affirmer que l’hémorrhagie a pour siège un organe sécréteur; c’est là le fait principal .

On ne croit pas aujourd’hui à ce mécanisme fondé sur une dilatation exagérée d’orifices ou de canaux que l’on supposait communiquer avec des vaisseaux sanguins; il est démontré qu’entre les voies glandulaires et le globe sanguin, il y a une paroi sans porosités dilatables, et que cette paroi ne saurait être franchie à

AKPtCTJONS El MALADIES DE LA PE Al1.

moins d’une rupture préalable. Dans l’hématidrose, la déchirure n’esl pas apparente; mais on peut affirmer qu’elle existe, et considérer comme très-probable qu’elle se fait dans le réseau capillaire situé immédiatement au-dessous de l’épithélium de la glande.

Nature intime de V hématidrose . — Les auteurs anciens admettaient l’augmentation de la fluidité du sang, d’où sa facilité à quitter ses voies naturelles pour entrer dans les exhalants de la peau. Gendrin reconnaît à l’hématidrose les mêmes causes qu’aux autres maladies; il trouve que les faits accusent l’existence d’une pléthore générale ou locale. Pour Parrot, les idées de congestion et de pléthore sont invraisemblables. La chloro-anémie, au contraire, a coïncidé bien plus souvent avec l’hématidrose.

Enfin il existe une analogie frappante entre l’hématidrose et les troubles nerveux de toute sorte auxquels elle est souvent associée (attaques d’hystérie et d’épilepsie, douleurs névralgiques); elle semble n’en constituer qu’une dépendance. Tous ces phénomènes pathologiques réunis sur un même sujet ont un lien commun, une signification analogue. L’identité de cause se révèle d’elle-même et autorise à proclamer la nature essentiellement nerveuse de l' hématidrose (Parrot). C’est pour Parrot l’un des modes de manifestation de l’état névropathique; c’est un phénomène de même valeur que la convulsion, par exemple. On serait tenté de dire qu’on a de la sueur de sang comme on a une attaque de nerfs, et de ranger l’hématidrosc à côté de l’épilepsie, de la chorée, de la passion hystérique.

§ HL — Symptômes.

Début. — Il est en général brusque; la malade est agitée, irritable, abattue au physique et au moral; elle se plaint de douleurs vives, à formes rhumatismales, tantôt sur le front, les oreilles, les paupières, la vulve, la poitrine, l’épigastre, les doigts, etc., tantôt dans la profondeur des viscères. En même temps, douleurs lombaires, troubles de la sensibilité, analogues à l’aura de l’épilepsie, terminés enfin par des convulsions hystériques ou épileptiques des plus violentes. Enfin, quand ces phénomènes sont à leur maximum, et comme pour les calmer, la sueur de sang apparaît.

Symptômes. — Le premier accès surprend la malade; elle passe comme par hasard les mains ou son mouchoir sur le visage ou sur les régions douloureuses, et les retire teintes de sang. La quantité du liquide n’est jamais considérable et ne saurait plonger les malades dans la prostration consécutive aux autres hémorrhagies. Cet abattement semble plutôt le résultat d’un épuisement nerveux amené par les attaques hystériques simultanées. L’hématidrose s’arrête en général d' ellemême et cesse pour un temps, variable comme le retour des conditions étiologiques. D’un accès à l’autre et dans un même accès, le siège varie; le front, les paupières inférieures, les ailes du nez, les lèvres, le menton, etc., et toutes les régions douloureuses affectées pendant les prodromes peuvent être le point de départ successif de la sueur sanguine. Quand la sueur a cessé, le point malade n’offre aucune rougeur, aucune ecchymose, quelquefois la chaleur locale est seulement augmentée; en même temps un léger mouvement de fièvre se manifeste. Le sang s’échappe sous forme de gouttes qui coulent, de perles qui sèchent en naissant: d autres fois le visage est couvert de sang, et les assistants croient voir une personne assassinée *

Page 1