ÊLÉPHANT1AS1S DES ARABES. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
'«su cellulaire ; ces abcès communiquent bientôt entre eux, dissèquent les muscles t arrivent jusqu’aux os. Ces derniers s’enflamment, augmentent de volume, sont iiivahis par la carie ; mais ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’en même temps uc s’opère le travail de destruction de l’os, on voit de nombreux ostéophvtes se , évelopper, donner à l’os les formes les plus bizarres et augmenter considérablement son volume.
La maladie peut rester longtemps stationnaire. Les clapiers fistuleux peuvent ne •as s’établir ou guérir, le tissu osseux être exempt de toute altération : alors se aroduit une induration du tissu cellulaire qui ressemble à du lard; celte induration iugmente, comprime les muscles qui s’atrophient ou se convertissent en subtance graisseuse.
Tels sont les symptômes ordinaires de l’éléphantiasis des Arabes. Nous avons dit que la forme phlegmoneuse était rare, il en est de même de la forme gangréneuse. Juchassaing, médecin distingué de Saint-Thomas, décrit une forme apyrétique ion mentionnée avant lui. La fièvre est nulle ou tellement modérée qu’elle passe inaperçue du malade qui ne s’alite pas. L’hypertrophie n’en survient pas moins; eulement cette forme ne présente jamais, pendant les attaques, les complications l'hlegmoneuse et gangréneuse.
Duchassaing signale encore une forme qu’il appelle erratique. L’inflammation ■es lymphatiques attaque tour à tour diverses parties du corps. Il se passe ici ce ru’on observe dans certains rhumatismes, certains érysipèles. Les parties reliennent h l’état normal après la disparition de l’inflammation, mais cette forme Trafique n’est que le début de la maladie, qui tôt ou tard se fixera sur une partie lu corps qui sera soumise à toutes les modifications que nous avons signalées dans otre description générale.
Nous ne citerons que pour mémoire Y èléphantiasis paralytique que Brassac a observé à la léproserie de la Désirade. C’est l’éléphantiasis des Arabes gravement ompliqué de l’éléphantiasis des Grecs, tuberculeux ou anaisthétique. Cette comlication ne prouve nullement la parenté des deux affections; l’une n’exclut pas autre, et rien d’étonnant de les voir en même temps sur le même individu dans un pays où elles sont si communes toutes les deux.
§ V. — Marche, durée, terminaison.
L’éléphantiasis peut rester longtemps stationnaire et permettre aux malades de c livrer à divers travaux, mais il ne faudrait pas croire que cette affection est ans influence sur la santé générale et sur ia durée de la vie. D’abord nous connaissons les recrudescences fébriles qui alitent de temps en temps les éléphaniaques, nous connaissons aussi les complications assez nombreuses qui se préentent sur les points malades; abcès, ulcères atoniques rebelles, carie osseuse. Ce i’est pas tout, ces suppurations exagérées entraînent des désordres généraux graves, le mal d’estomac, affection particulière aux nègres, véritable maladie de misère, la fièvre hectique, la diarrhée colliquative. . . Ces malades sont encore 'ssez souvent la proie de la phthisie, succombent quelquefois à la péritonite, à a suite d un refroidissement ou de l’exposition intempestive du membre malade i l’eau froide.
§ VI. — Anatomie pathologique.
Le derme est hypertrophié, souvent d’une manière considérable, ainsi que les
AFFECTIONS ET MALADIES U F LA PEAU
papilles qui sont pressées les unes contre les autres. La section l'ait voir d’une manière manifeste l’épaisseur du derme, qui peut avoir de 15 «à 20 millimètres et plus. Les cellules du tissu cellulaire sont aussi hypertrophiées, non-seulement quant à leur cavité, mais encore quant à l’épaisseur de leurs parois, d’autres ont disparu. Ces cellules contiennent une matière molle gélatineuse, s’échappant à la section, surtout quand on presse la partie. Vulpian, examinant ce liquide gélatineux dans un cas de maladie peu avancée, l’a trouvé composé : lu d’un liquide transparent, 2° de granulations moléculaires très-nombreuses, 3° enfin de cellules et de noyaux en quantités prodigieuses (1).
Les vaisseaux sanguins sont très-développés, les artères principalement ; les parois des veines et des artères sont épaissies, ramollies, friables. Il en est de même des lymphatiques que l’on trouve obturés en certains points par des caillots ; les ganglions sont indurés, augmentés de volume. Nous avons dit quelles transformations pouvaient subir les muscles, quelles lésions pouvaient atteindre quelquefois les os. Les altérations des viscères, que quelques auteurs ont signalées, n’ont pas de rapport direct avec la maladie et sont purement accidentelles.
§ VII. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic ne présente pas de difficulté sérieuse quand la maladie a atteint un certain développement. La lecture des symptômes mentionnés plus haut ne permettra pas de le confondre avec l’éléphantiasis des Grecs et Yanasarque. Mais si l’on a affaire à une première attaque, on pourrait croire à un phlegmon diffus , à une lymphite simple , ou même au phlegmalia alba dolens si la malade est une nouvelle accouchée.
Dans le phlegmon, nous ne voyons pas les traînées rouges, l’existence de la corde caractéristique ; la fièvre est de plus longue durée, mais n’est pas aussi violente d’emblée.
L’éléphantiasis des Arabes, au début, est bien une lymphite, mais une lymphite d’une nature particulière, caractérisée par une tendance à des répétitions fré- ! quentes. En outre, la fièvre tombe plus vite que dans rindammation simple des lymphatiques. Du reste, le pays où l’on se trouve, l’absence de causes traumatiques, produisant ordinairement la lymphangite, feront penser à l’existence probable de l’éléphantiasis des Arabes à son début. Du reste, le traitement est identique dans les deux cas.
Dans la phlegmotia alba dolens la fièvre a une plus longue durée, mais moins de violence d’emblée ; on aura recours aux commémoratifs pour savoir si le malade a eu des attaques antérieures.
L’erreur de diagnostic est peu possible, et, du reste, ne peut durer longtemps.
Quant au pronostic, nous dirons qu’il n’est pas grave; mais comme l’affection est très-rebelle, elle devient sérieuse à cause des infirmités qu’elle occasionne.
§ VIII. — Traitement.
Les symptômes inflammatoires du début seront combattus par les applications émollientes, les bains tièdes et les émissions sanguines. La saignée abrège la durée, des accès, mais son utilité devient douteuse dans la période chronique.
(1) Vulpian, Note sur l'anatomie pathologique de P éléphant iasi$ des Arabes [Mémoires de lu Société de biologie, année 185(5. Paris, 1857, t. III. p. 309).