‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 237 sur 494 · ANOMALIES FONCTIONNELLES; PTOSIS OU CHUTE DE LA PAUPIÈRE SUPÉRIEURE J · texte numérisé non relu

ANOMALIES FONCTIONNELLES; PTOSIS OU CHUTE DE LA PAUPIÈRE SUPÉRIEURE J

rlêpiiarospasme; paralysie de l’orriculaire.

1° PTOSI5.

Egalement désigné sous le nom de blépharoptose , il consiste, comme son nom l’indique, dans une chute de la paupière supérieure au devant du globe de l’œil.

§ I. — Causes et variétés.

Il n’est pas rare d’observer cette difformité à la naissance, et souvent alors elle est compliquée d’épicanthus (2). Mackenzie (3) fait remarquer qu’elle est presque constamment incomplète, et qu’elle doit être attribuée à une atrophie primitive du muscle élévateur de la paupière, la paupière étant plutôt amincie qu’hypertrophiée. Il faut remarquer également que ce ptosis incomplet est presque toujours héréditaire et accompagné d’un aplatissement de l'arcade sourcilière.

Au point de vue des causes qui produisent le ptosis accidentel, on peut en distinguer différentes variétés : a. par hypertrophie ; b. par atonie du muscle élévateur; c. par paralysie du même muscle.

Le ptosis par hypertrophie est aigu ou chronique. Dans le premier cas, il est dû soit à une inflammation aiguë s’accompagnant de congestion, de sécrétions

(1) Velpeau, Maladies clcs yeux, p. 19.

(2) Sichel, Iconographie ophlhalmologiguc, texte, p. 646.

(3) Mackenzie, toc. cit., p. 260.

MALADIES DES YEUX

plastiques et séreuses; dans le second, à une inflammation chronique avec hyperplasie du tissu connectif. L’œdème des paupières consécutif à une maladie constitutionnelle ou à une affection du cœur conduit au même résultat, de même qu’un épanchement sanguin spontané ou de cause traumatique; enfin, la surcharge graisseuse de la paupière, surtout chez les enfants, triomphe parfois de la puissance de l’élévateur et détermine la chute de la paupière supérieure.

Ptosi» par atonie. — La variété précédente étant caractérisée par le volume exagéré de la paupière, l’élévateur restant intact, la variété dont nous nous occupons résulte d’une insuffisance du muscle, le volume de la paupière restant normal. Les causes de l’affaiblissement de l’élévateur sont sa dégénérescence graisseuse ( ptosis sénile), la section de ses libres et celle de l’aponévrose tarso-orbitaire (1) sur lesquelles les fibres prennent leur point d’attache.

La troisième variété (ptosis paralytique) se confond avec la paralysie de la troisième paire. (Voyez t. I, p. 804, Paralysie du moteur oculaire commun.)

§ H. — Diagnostic, pronostic et traitement.

La symptomatologie du ptosis est des plus simples , la paupière supérieure abaissée sur le globe ne peut être relevée quels que soient les efforts que fasse le malade : quand la cornée n’est pas entièrement recouverte par un renversement de la tête en arrière, la lumière peut arriver jusqu’à la rétine et permettre la perception des objets; mais souvent il y a diplopie, ce qui tient à un strabisme interne; lorsque le nerf moteur oculaire commun est intéressé, il y a en même temps une mydriase très- prononcée , cause de la paralysie des nerfs ciliaires. Le pronostic est évidemment subordonné à la cause de l’affection et à son ancienneté. Chacune des variétés réclame une médication spéciale : au ptosis par hypertrophie, on opposera des moyens dirigés contre l’inflammation aiguë et chronique, contre l’œdème et les épanchements sanguins. Localement des applications résolutives seront indiquées. Il sera souvent nécessaire de modifier l’état de la conjonctive, car c’est elle qui le plus souvent est le point de départ des accidents observés. Quand il y a un relâchement de la paupière par simple atonie, il faudra apporter un soulagement à l’action du releveur en tonifiant la peau, en diminuant son étendue par des excisions faites dans le but d’obtenir une cicatrice. De Graefe (2) conseille d’enlever une partie de l’orbiculaire à la paupière supérieure, afin d’augmenter la puissance relative du releveur qui en est l'antagoniste. Sic bel (3) s’est servi avec avantage d’une petite pince élastique, dont le mors saisit la paupière et la maintient relevée, tandis que les branches se cachent dans les cheveux. Testelin etWarlomont se sont bien trouvés de l’emploi du même procédé (4).

La paralysie du releveur sera combattue par tous les moyens dirigés contre cette affection (Voy. tome I, p. 804, Paralysie du moteur oculaire commun.)

2° blépharospasme (5).

Le blépharospasme est une affection convulsive, spasmodique, des paupières,

(1) Wecker, Traité théorique et pratique des maladies des yeux, t. I, p. 671.

(2) De Graefe, Archiv für Ophthalmologie , Bd. IX, Abtheilung II, S 59.

(R) Siebel, Iconographie ophthalmo logique, texte, p. 644.

(4) Mackenzie, loc. cit., t. I, p. 266.

(5) Voyez Gosselin, article BlépiianOSI’ASME du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1566, t. ^ •

BLÉPHAROSPASME. — CAUSES. 735

consistant en des contractions intermittentes ou continues, cloniques ou toniques du muscle orbiculairc, du releveur de la paupière supérieure. Localisées à un groupe de libres musculaires, elles peuvent envahir tous les muscles moteurs des paupières et même s’étendre à tous ceux de la face. Ce que 1 on comprendra facilement, d’après la connaissance que nous avons du mode de distribution ou de fonctionnement du nerf facial.

§ I.— Espèces et variétés.

Selon le degré de la maladie et la forme de la convulsion, les auteurs ont indiqué plusieurs variétés de blépharospasme. Mackenzie en décrit trois espèces : 1° le simple tressaillement ou tremblement des paupières; 2° le clignotement; 3° le spasme proprement dit. Dans le premier cas, les malades éprouvent une sensation de tiraillement, de tressaillement dans la région palpébrale. Ces sensations ne s’accompagnent pas toujours de mouvement apparent et ne sont pas douloureuses ; d’autres fois on peut apercevoir une espèce de mouvement vermiculaire de certaines parties des paupières. Si la contraction fibrillaire est plus énergique, il se produit des déplacements en totalité qui, limités aux voiles palpébraux, s’étendent dans certains cas à tous les muscles animés par le facial (1).

Dans le second cas, la maladie est caractérisée par un clignotement instantané, consistant dans la fermeture plusieurs fois répétée pendant un court espace de temps de la paupière supérieure ou inférieure isolément, soit des deux paupières d’un seul œil ou des deux à la fois. Dans la troisième espèce, la convulsion est plus tonique, plus persistante, et s’accompagne généralement d’une intolérance très-grande pour la lumière, ce qui indique une altération congestive et plus souvent encore ulcérative des membranes de l’œil.

§ II. — Causes.

Les causes du spasme des paupières sont naturellement groupées en trois catégories, selon qu’elles s’attaquent primitivement à la fibre musculaire, à la fibre nerveuse sensitive, ou bien à la fibre nerveuse motrice : le spasme est alors d’origine réflexe.

La fibre musculaire peut entrer directement en convulsion, lorsqu’elle est irritée par la blessure d’un instrument piquant ou tranchant, lorsqu’elle est soumise à l’action d’une substance toxique, tel que l’alcool : le tressaillement palpébral s’observe en effet fréquemment dans l’alcoolisme chronique. La solution d’extrait de calabar agit de la même manière, lorsqu’elle produit la contraction spasmodique des paupières.

C’est le tronc du facial ou une de ses branches secondaires, qui sont le point de départ de l’affection dans le tic non douloureux de la face ou dans le courant de maladies nerveuses générales, telles que l’hystérie et l’épilepsie, et dans le rhumatisme.

La cause la plus habituelle du blépharospasme est d’origine réflexe, et c’est la souffrance de nerfs sensitifs qui en est le point de départ. Le nerf trijumeau, dans la majorité des cas, est l’intermédiaire de la contraction spasmodique : ainsi, la

(f) François, Essai sur les convulsions idiopathiques de la face . Bruxelles, 1843.

MALADIES DES YEUX

présence d’un corps étranger dans le sac conjonctival, une inflammation de la conjonctive, et surtout les ulcérations de la cornée, en irritant les extrémités périphériques des nerfs sensitifs, déterminent Je spasme des paupières. Beaucoup d’auteurs pensent qu’en pareille circonstance la congestion de la rétine doit seule être accusée, et que les malades ferment instinctivement les paupières pour éviter la pénétration d’une trop grande quantité de lumière sur la rétine congestionnée. Contrairement à cette opinion, Wecker fait observer (1) que le blépharospasme se conserve avec toute sa violence dans une obscurité complète chez certains malades, et que chez d’autres l’absence de la lumière diminue à peine la force et la fréquence des contractions de l’orbiculaire. Les blessures et les névralgies du nerf sous-orbitaire, les névralgies des nerfs dentaires supérieurs et inférieurs, s’accompagnent quelquefois de blépharospasme. Le docteur Hays, de Philadelphie (£2), a rapporté plusieurs exemples de guérison par l’extraction de dents cariées.

C’est aussi à l’action réflexe du pneumogastrique et du grand sympathique qu’il faut rapporter les cas de convulsions des paupières, signalés par tous les observateurs à la suite des dérangements intestinaux et de la présence d’entozoaires dans les voies digestives.

§ m. — Symptômes, diagnostic et pronostic.

Le caractère principal réside dans le mouvement convulsif des paupières ; du simple tressaillement localisé, la convulsion peut s’étendre à tous les muscles de la face d’un coté et entraîner dans son mouvement les muscles du côté opposé, au point de faire supposer une hémiplégie faciale (3); mais alors la contraction n’est jamais assez continue pour que, dans les moments de repos, on ne puisse reconnaître la nature de l’affection à laquelle on a affaire. Lorsque la maladie consiste en un simple clignement, le malade peut se conduire; mais il existe des spasmes intermittents assez intenses pour troubler momentanément la vue, au point de rendre dangereuse la marche dans des rues encombrées. Quant au spasme tonique et presque permanent, il force les malades à rester chez eux, privé de toutes occupations, tant leur vision est altérée. Le nystagmus, autre affection convulsive de l’œil, avec laquelle se développe à l’état congénital le spasme des paupières, consiste dans un mouvement oscillatoire du globe de l’œil qu’il est facile de distinguer de la convulsion palpébrale.

Le pronostic est, en général, sérieux. Sauf le cas où la maladie dépend de l’introduction d'un corps étranger dans le sac lacrymal, d’une inflammation des yeux, d’un trouble des voies digestives, elle est presque toujours très-opiniâtre et résiste à toutes les médications dirigées contre elle.

§ IV. — Traitement.

Les médications thérapeutiques doivent s’adresser à la cause de la maladie. Le tremblement dû h l’alcoolisme est combattu par la privation des boissons spirituelles ; le spasme sympathique d’une altération des voies digestives peut céder à de légers purgatifs; ils réussissent également dans les cas de constipation opiniâtre,

(1) Wecker, toc. cit., t. I, p. 677, 1864.

(2) Hays (de Philadelphie), Medical Gazette, vol. XX VIII , p. 617.

(3) De Graefe, Archiv fur Ophthalmologic, Berlin, Band I, Abtheilung 1, 8. 440.

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