INFLAMMATION DÛ SAC LACRYMAL. - — SYMPTÔMES. 7Ù
le canal est oblitéré, alors que l' embouchure des conduits lacrymaux dans le sac est oblitérée également. Velpeau a signalé un fait à l’appui (le celte proposition (1). La théorie de l'obstruction du canal nasal servait à expliquer par voie d’analogie la dilatation du sac lacrymal: on supposait que les larmes incessamment appelées et retenues dans l’intérieur du sac, 1 irritaient et 1 enflammaient. Mais où trouver dans les voies lacrymales une force susceptible d’introduire h travers les points et les conduits lacrymaux les larmes versées sur la conjonctive, alors que le sac regorge de liquides et se trouve distendu outre mesure? Ne pouvant, dans l’état actuel de la science, résoudre cette difficulté, nous sommes forcé d’admettre que la distension du sac est produite par des liquides sécrétés par les parois de la muqueuse et notamment par les glandes qu’elle renferme et qui, d’après Béraud, sont analogues aux glandes de Meibomius. Sans rejeter complètement l’influence des rétrécissements du canal nasal sur la production du catarrhe lacrymal et la tumeur consécutive, nous avons une grande tendance à admettre les conclusions de Fano (2) :
Les affections désignées sous le nom de tumeurs et fistules du sac lacrymal sont, dans le plus grand nombre des cas, la conséquence d'une phlegmasie catarrhale du sac lacrymal.
Les rétrécissements du canal nasal sont un phénomène purement accessoire dans les maladies.
On guérit les tumeurs et les fistules du sac , en combattant V inflammation catarrhale de la muqueuse qui tapisse cette cacité.
3° Causes occasionnelles. — Le catarrhe lacrymal est rarement idiopathique : abstraction faite des coups, blessures et corps étrangers qui peuvent être l’occasion de l’inflammation de la muqueuse, les causes déterminantes les plus incontestables résultent des propagations inflammatoires aux voies lacrymales, des phlegmasies de la membrane de Scheider et des ophthalmies externes si fréquentes L< toutes les périodes de la vie. L’ophthalmie granuleuse, par sa ténacité et sa durée a surtout une fatale influence sur le développement du catarrhe lacrymal.
§ III. — Symptômes.
Ln des principaux symptômes du catarrhe lacrymal est sa chronicité d’emblée : il ne produit d’abord qu’un peu de gène, et ce n’est souvent qu’après un temps très-long et sous l’action de recrudescences inflammatoires qu’il préoccupe le malade et se présente avec des signes très-accusés.
Symptômes objectifs et anatomie pathologique. — Les caractères du catarrhe lacrymal, d’après AVecker(3), sont:
1° L’ augmentation morbide de la sécrétion muqueuse ; 2° ['accroissement d'épaisseur de cette membrane, auquel peut succéder un amincissement atrophique; 3° la dilatation des parois du sac.
1° A l’état normal, la muqueuse du sac lacrymal est lubrifiée par une petite quantité de liquide transparent, filant sous le doigt et contenant des cellules épi-
(1) Velpeau, Dictionnaire de méd. en 30 volumes, t. XVII, p. 371.
(2) Fano, Traité théorique et pratique des maladies des yeux, t. I, p. 281.
(3j Wecker, Traité théorique et pratique des maladies des yeux, 1864, t. I, p. 798.
MAI, ADI HS l)i:S Yt'UX.
Ihéliales cylindriques. A l’état pathologique, le liquide sécrété augmente de quantité, perd sa transparence et devient trouble. Les cellules épithéliales prennent le caractère de celles du mucus, tant qu’il n’y a pas d’ulcération des parois, et celles du pus, lorsque le derme de la muqueuse est intéressé. Au début, en comprimant le sac, on peut à peine faire sortir des points lacrymaux une goutte de liquide légèrement trouble; plus tard, la sécrétion est plus abondante, occupe une cavité assez large et jaillit sous la pression en quantité assez considérable. I.e liquide, ainsi évacué au dehors, a une couleur claire ou jaunâtre et contient souvent un grand nombre de filaments blanchâtres et comme pseudo-membraneux.
2° Lorsque, dans un but thérapeutique, on est conduit à ouvrir le sac lacrymal, on trouve la muqueuse gonllée, tomenteuse et recouverte quelquefois de saillies papilliformes et de plicatures très-nombreuses. L’orilice inférieur du sac est rétréci, de telle sorte que le liquide épais et visqueux se trouve retenu dans la cavité, sans qu’il lui soit possible de franchir le canal nasal.
3° La distension du sac lacrymal est la conséquence naturelle de la pression que les liquides sécrétés exercent sur ses parois; la tumeur qui en résulte acquiert un volume considérable, surtout si l’inflammation est superficielle; dans le cas contraire, il se forme des abcès dont l’ouverture met en communication l’intérieur du sac lacrymal avec l’air extérieur. Au fur et à mesure que la dilatation grandit, la tumeur prend diverses configurations : d’abord sensible seulement au-dessous du tendon de l’orbiculaire, elle finit par le dépasser à sa partie supérieure et prend alors une forme bilobée ; lorsque la saillie est volumineuse on lui donne le nom de hernie du sac lacrymal (Heister). Cependant la muqueuse s’amincit, devient lisse et revêt une teinte gris pâle, et se rapproche plus ou moins des membranes séreuses. En même temps le liquide change de nature; il devient plus fluide, s’éclaircit et ne montre plus que quelques rares filaments répandus dans sa masse. Cette transformation a été désignée par Anel sous le nom A' h ydropisie du sac lacrymal. Dans ses différentes conditions la tumeur offre une mollesse particulière, elle est fluctuante; et, sous l’influence d’une compression méthodiquement pratiquée elle se vide, soit par les conduits lacrymaux, soit par le canal nasal. L’évacuation est d’autant plus facile que le liquide est plus fluide et que la muqueuse est moins gonflée; mais, sous l’influence de l’inflammation, la désorganisation des conduits peut être telle que ceux-ci deviennent imperméables et que la tumeur soit enkystée, on lui donne alors le nom de mycoccde.
Symptômes physiologiques. — La douleur éprouvée par les malades n’est pas, en général, très-intense; ils accusent seulement une gène légère dans les mouvements des paupières, lorsque celles-ci, comme cela arrive fréquemment, sont le siège d’une complication inflammatoire; le symptôme le plus désagréable consiste dans un larmoiement continuel. Celui-ci est plus abondant le jour que la nuit, si bien que les malades se trouvent généralement bien après le sommeil. On a dit, mais à tort, que la tumeur était moins volumineuse le jour que la nuit; on attribuait ce phénomène à l’évaporation des larmes à la surface de l’œil lorsque les paupières sont ouvertes. La vérité est que la tumeur diminue de volume pendant la nuit, probablement parce que le repos de l’œil modère l’intensité de l’inflammation de la muqueuse et, par conséquent, arrête la sécrétion des produits morbides. Dans certains cas, le malade éprouve une sensation de sécheresse dans la narine corres-