INFLAMMATION 1)U SAC LACRYMAL. — TRAITEMENT
rations de la muqueuse, ils s’adressent directement à des modificateurs locaux, et n’usent que rarement des instruments dilatateurs.
Le traitement repose sur trois indications principales : 1° modérer l' inflammation de la muqueuse du conduit lacrymo-nosal ; 2° tarir les sécrétions morbides; 3° rétablir le calibre des voies lacrymales. Les deux premières indications sont plus ou moins subordonnées à la première. On comprend, en effet, que la muqueuse ayant repris sa texture normale, la sécrétion sera rétablie dans ses conditions physiologiques, et que le calibre des voies lacrymales pourra reprendre scs dimensions habituelles. Ch. Deval, qui a bien compris le traitement médical du catarrhe des voies lacrymales, le divise en trois parties, selon qu’il applique les remèdes sur la muqueuse des fosses nasales, la surface cutanée, ou la conjonctive oculaire au point d’émergence des points lacrymaux (1).
1° Voie nasale. — Dans la période subaiguë et même dans les périodes tout à fait chroniques, Mackenzie (2) conseille l’application répétée de sangsues sur la muqueuse de la narine correspondante. Elles ont pour effet de diminuer l’engorgement de la muqueuse du canal nasal. Il est rare cependant que les déplétions sanguines locales soient suffisantes pour amener la guérison. Il est nécessaire de seconder leur action par d’autres agents. Les fumigations émollientes et résolutives auront le double avantage de diminuer la viscosité des mucosités qui obstruent le canal nasal, et de modifier l’état inflammatoire de la muqueuse. Les infusions de plantes aromatiques, de sureau, de camomille, de romarin, de lavande, rendues excitantes par l’addition d’une petite quantité d’alcool simple ou camphré, seront injectées dans les fosses nasales, ou plus simplement encore, seront reniflées par le malade. Les pulvérisateurs pourront être utilement employés en pareille circonstance (voy. tome II, p. 632). Chassaignac (3) recommande les injections dans le canal nasal par le cathétérisme inféro-supéricur; il se sert, à cet effet, d’une sonde de Gensoul percée d’un trou, et qu’il adapte à une pompe atmosphérique au moyen de laquelle il chasse le liquide médicamenteux dans le canal nasal ; mais ce procédé est d’une exécution difficile et peu pratique. Si l’on veut faire parvenir dans les narines des vapeurs chaudes, ce qui peut être de quelque utilité dans les cas de sécheresse des fosses nasales , on fait chauffer le liquide dans un vase bien clos, et l’on recouvre celui-ci d’un entonnoir renversé dont on introduit l’extrémité dans la narine. Les prises de poudres excitantes de calomel et de sucre pulvérisé , par exemple, les cautérisations légères de la muqueuse de Schneider, trouveront leurs indications toutes les fois que l'on aura lieu de supposer que la maladie est entretenue par un coryza chronique (voy. Ozi-NE, tome II, p. 779). Pour débarrasser les fosses nasales, les inspirations et les expirations forcées sont recommandées par plusieurs observateurs ; Mackenzie conseille au malade de se moucher souvent et d’essayer immédiatement après de vider le sac, par en bas dans la narine, en le comprimant avec le doigt, et non par les points lacrymaux, de peur de favoriser la tendance qu a le canal à se rétrécir. Cet auteur attache une certaine importance
(1) Ch. Deval, Considérations cliniques sur le traitement médical des tumeurs lacrymales ( Union médicale , 1849).
(2) Mackenzie, loc. cit., 1. 1, p. 388.
(3) Chassaignac, De la tumeur lacrymale commençante et de son traitement ( Annales d'oculistique, 1855, t. XXXIV, p. 180, et Bulletin de thérapeutique , 1853, t. XLV, p. 304).
MALADIES DES VEUX
à ce moyen auxiliaire de débarrasser les voies lacrymales. Il cite à l’appui l’observation singulière rapportée par le docteur Jacob (1) , d’un enfant qui fut guéri d’un larmoiement par sa nourrice qui lui suçait le nez. Les sternutatoires, eu provoquant une expiration forcée, arriveraient d’une façon moins désagréable au même résultat.
2° Voû; cutanée. — Les frictions sur la région du sac avec l’onguent mercuriel et d’autres pommades résolutives sont à peu près le seul moyen à l’aide duquel on attaque le mal par la voie cutanée. On y incorpore le calomel seul ou uni au camphre,* le protoiodure de mercure, l’iodure de potassium et celui de plomb (2).
3° Voie oculaire. — Les médicaments appliqués par cette voie sont destinés à guérir les blépharites et les conjonctivites concomitantes ; à modifier l’orifice des conduits lacrymaux ; à agir sur la muqueuse du sac, lorsque l’aspiration physiologique tes a fait pénétrer jusque dans cette cavité. Diverses préparations sont employées. Les pommades dont on frictionne l’angle interne des paupières, ne peuvent guère agir que sur les parties les plus extérieures des voies lacrymales. Les pommades au précipité rouge , au calomel, à l’iodure de potassium, conviennent pour combattre les complications de blépharite ciliaire (voy. p. 732). On en fait fondre gros comme un grain de chènevis sur le bout du doigt, et l’on frotte, deux fois par jour, les bords palpébraux au niveau de l'orifice des points lacrymaux.
Solutions diverses. — Deval rejette l’usage des injections dans les voies lacrymales à l’aide de la seringue d’Anel. Après avoir vidé le sac par une compression méthodique, ou avoir laissé ce soin au malade , il se contente de confier aux conduits lacrymaux eux-mêmes l’absorption de solutions médicamenteuses diverses. Les collyres qu’il emploie journellement sont ceux de borax, de sulfate de zinc, d’acétate de cuivre , de sulfate de fer, de pierre divine, de bichlorure de mercure et de tannin. Quaglino, de Milan (3), badigeonne les points lacrymaux avec 5 centigrammes d’acétate neutre de plomb réduit en poudre dont il recouvre un petit pinceau mouillé. Le sel dissous par les larmes est entraîné dans le sac qu il modifie avantageusement. VVharton Joncs préfère aux autres collyres celui de bichlorure de mercure (4). La teinture d’iode étendue de trois ou quatre parties d’eau, et employée de la même façon, est un moyen actif de résolution qu on ne saurait trop recommander (5).
Injections. — Beaucoup d’observateurs n’ont pas la répugnance de Deval poui les injections à travers les points lacrymaux. Fano (6), après avoir essayé un giand nombre de médicaments, s’en lient à la teinture d’iode. Une solution à pallies égales de teinture et d’eau distillée injectée dans le sac de une à huit fois, selon la ténacité des cas, et à quelques jours d’intervalle, lui a procuré de véritables succès. L’effet primitif de la teinture est variable : en général, elle ne détermine pas de douleur, à moins que le liquide de l’injection ne reflue sur la conjonctive bulbaiie. La réaction est modérée, et s’arrête ordinairement îi une dacryocystite subaiguë. On se sert pour les injections de la seringue d’Anel (figure 82.)
(1) Jacob, Dublin Hospital Reports, vol. V. p. 377.
(2) Deval, loc. cit., 1862, p. 965. , , , , ,
3) Quaglino (de Milan), lions effets des applications topiques d'acétate de plomb c tans le
traitement de la tumeur lacrymale {Ann. d’oculistique, 1855, t. XXXIV, p. , e
thérapeutique). ' n . . QK0
(4) Wharlon-Jones, Traité pratique des maladies des yeux, p. 6/1. Fans, iso.
(5) Testelin et Warlomont, in Mackenzie, t. I, p. 391. ,
(6) Fauo, loc. cit., t. I, p. 275.
inflammation ou sac lacrymal. traits»! EN,. 7Û7
• La canule, munie d'un long u>be de caontcliouc, remplace avec avantage les autres canules, en permettant d’agir avec plus de sûreté et avec moins de tiraillements des conduits lacrymaux. Le corps de la seringue est de verre, ce tpii donne la possibilité de voir la quantité de liquide injecté. On introduit l’extrémité de la sonde par le point lacrymal inférieur et l’on arrête le mouvement du piston lorsque le liquide revient par le point lacrymal supérieur, dans le but d’éviter le contact de la conjonctive avec la teinture. Habituellement, en France, les injections du sac se font par le point lacrymal supérieur; il est préférable de les pratiquer sur le point inférieur, justement pouréviterle reflux du liquide. Mackenzie, dans un cas rebelle, s’est bien trouvé de la potasse caustique en solution : un à deux gros (2 à U grammes) de solution de potasse dans six onces d’eau (180 grammes). On pourra l’employer dans les mêmes conditions et de la même manière que la teinture d’iode.
Introduction de sondes ou de canules dans les voies lacrymales. — L’introduction dans le canal nasal, à travers une ouverture artificielle de la peau, du clou de Scarpa ou de la canule de Dupuytren, est complètement abandonnée aujourd’hui. Les sondes, comme moyens dilatateurs, sont plus nuisibles qu’utiles, mais comme comme agents d’irritation locale, elles peuvent encore rendre des services.
Wecker (1) paraît s’en tenir au procédé de Bowman qui réussit assez bien, quand il n’y a pas de complication d’une dilatation trop étendue du sac. Pour introduire les sondes, on fend les conduits lacrymaux dans une longueur plus ou moins grande, quelquefois jusqu’au sac, à l’aide du petit instrument modifié par Lüer (fig. 83), et consistant dans un petit couteau glissant, au moyen d’un ressort, dans une gaîne trèsfine, ou bien avec le petit couteau de "Weber (fig. 8 1\). Les sondes de Bowman sont d’argent malléable et portent six numéros; le premier ayant le volume d’un gros crin, et le sixième un peu plus d’un millimètre. Chacun de ces numéros est successivement introduit à travers le conduit lacrymal préalablement fendu, et laissé en place pendant dix à quinze minutes tous les jours, jusqu’à guérison complète, c’est-à-dire jusqu’à
(1) Bowman. Du traitement ries obstructions lacrymales (Ann d'oculistique , Bruxelles, •1858, t. XXXIX, page 78).
Fig. 82. — Seringue d'Ancl.
MALADIES DES VEUX
ce que la sécrétion purulente et le larmoiement aient cessé. Weber (1 ) a substitué aux sondes de fiowman des bougies élastiques d’un calibre plus considérable, et qu’il
Fig. 83. — Couteau à gaîne Fig. 84. — Couteau à gaîi.e FlG. 85. — Sonde
de Liier. de Weber. de Weber.
introduit après avoir dilaté les conduits avec une sonde métallique munie de deux extrémités d’un volume différent et gradué (fig. 85). D’autres praticiens ont aussi conseillé l’usage de cordes à boyau et de substances fortement hygrométriques. AVecker donne hautement la préférence aux sondes de Bovvman, parce qu’il lui paraît irrationnel et dangereux de vouloir dilater quand même un canal dont les paroit sont osseuses.
Compression de la tumeur. — Lorsque le sac lacrymal est très-dilaté, qu’il existe un mucocèle, la guérison du catarrhe n’est plus suffisante pour restituer aux parties leur forme normale. Au traitement précédent il est donc nécessaire d’ajouter d’autres moyens. La compression du sac à l’aide d’instruments inventés pour cet usage, ou plus simplement à l’aide de compresses graduées et imbibées d’une
(1) Weber, At'ch. fiir Opht/ialmo/ogie, Berlin. 1861, t. VIII, Abtheilung I, S. 94.
MALADIES DE LA CONJONCTIVE. iW
solution astringente, d’alun, de tannin on de perchloi me de lei, peut îciulte des services, quoique en général une dilatation considérable du sac soit incuiablc, sans l’intervention d'agents destructeurs du ressort spécial de la chirurgie.
Traitement de lu dacm/ocystite phlegmoneuse. Le tiaitement local fianchcincnt antiphlogistique est le seul applicable au début. Les sangsues, les cataplasmes, les frictions mercurielles, les dérivatifs intestinaux, pourront calmer les premiers accidents et favoriser la résolution. Lorsque celle-ci ne s'effectue pas et que le pus menace de se frayer une voie à travers les téguments, il faut pratiquer l’ouverture artificielle du sac. Alors deux choses pourront arriver : ou bien la sécrétion purulente se tarira, les parois du sac s’uniront entre elles, et le malade sera ainsi débarrassé de son infirmité; ou bien il persistera une fistule contre laquelle divers moyens ont été dirigés, et dont les meilleurs sont encore ceux qui s’attaquent directement au catarrhe lui-même. Dans les cas extrêmes avec oblitération du canal lacrymal, les praticiens les plus autorisés conseillent de détruire la cavité du sac ou de déterminer l’occlusion des conduits lacrymaux par la méthode galvano-caustique (1) et les stylets rougis.
Traitement général. — Il est bien entendu que le traitement de la scrofule et celui de la syphilis devront seconder le traitement local toutes les fois que le sujet sera soupçonné d’être atteint de l’une ou l’autre de ces deux diathèses. Dcval a réussi, par le traitement antisyphilitique, à guérir une tumeur lacrymale depuis longtemps stationnaire.
Résumé du traitement. — 1° Aspirations et injections de liquides émollients et astringents dans les narines du côté malade; 2° applications résolutives et dérivatives sur la peau ; 3° pommades et collyres astringents sur la face interne des paupières au niveau des points lacrymaux ; h° injections de liquides caustiques et modificateurs de la muqueuse; 5° introductions des sondes de Bowman ; 6° antiphlogistiques contre la dacryocystite aiguë, puis traitement du catarrhe pour la guérison définitive de la fistule ; enfin oblitération artificielle du sac lacrymal et des conduits lacrymaux dans les cas extrêmes, à l’aide du stylet rougi et de la méthode galvano-caustique.