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CONJONCTIVITE GRANULE0SE. — DÉFINITION, SYNONYMIE

tour des paupières avec l'onguent napolitain belladone, mercunaux a 1 intei icui , puis, cautérisation de la muqueuse et neutralisation aussitôt qu’on est sûr de ne pas avoir affaire à une conjonctivite diphthéritique. Tel doit être le traitement rationnel de la conjonctivite blennorrhagique.

ARTICLE VI

CONJONCTIVITE GRANULEUSE ENDÉMO-ÉPIDÉMIQUE (OPHTHALMIE MILITAIRE).

§ I. — Définition, synonymie, fréquence, historique.

Définition. — La conjonctivite purulente épidémique est caractérisée par un ensemble de phénomènes qui en font une affection à part, malgré les nombreuses discussions auxquelles elle a donné lieu et qui ont abouti, pour les uns, à en faire une ophthaimie catarrhale pure et simple, pour les autres, une conjonctivite blennorrhagique. \L\\c est. endémique cl épidémique , et incontestablement contagieuse ; de plus, elle est accompagnée d’un symptôme anatomique fondamental qu’on ne trouve nulle part ailleurs aussi constant et aussi accusé, la granulation.

Synonymie et fréquence. — Celte affection a reçu plusieurs dénominations : ophthaimie d'Égypte, ophthaimie militaire (Laveran et Lustreman), ophthaimie des Orientaux , ophthaimie purulente grave, conjonctivite purulente des armées, (Desmarres), ophthaimie contagieuse (Mackenzie), ophthaimie contagieuse purulente des adultes (Denonvilliers et Gosselin), blennorrhêe oculaire, conjonctivite granuleuse.

Nous n’attachons aucune importance à la dénomination que nous avons acceptée; elle est vicieuse comme toutes les autres, vu l’impossibilité où l’on se trouve de trouver un mot qui, à lui seul, résume les caractères essentiels de la maladie. Nous avons accepté la qualification d’endémo-épidémiqne pour mieux accentuer ce fait, (pie cette variété de conjonctivite purulente est fréquente dans certains pays où elle est endémique, et que, dans d’autres, elle n’apparaît qu’à certaines époques, frappant, comme toutes les maladies épidémiques, un grand nombre de personnes à la fois. Nous y avons ajouté le mot granuleuse pour la distinguer des autres variétés d’ophthalmics purulentes et contagieuses.

Historique. — On trouve consignée dans les auteurs anciens l’histoire de nombreuses épidémies d’ophthalmics graves : Avicenne, Aétius, Oribase, Paul d’Égine, Alexandre de Tralles, Gallicn et Hippocrate lui-même (1), les ont mentionnées ; mais c’est surtout à partir de l’expédition d’Égypte (1 798), que l’attention des médecins européens a été fixée sur cette affection. Les armées françaises et anglaises en avaient souffert. Larrey (2), Desgencttes et Vetch (3), l’ont décrite. A partir de cette époque, l’ophthalmic purulente régna dans presque toutes les armées de l’Europe ; quelques régiments anglais en furent d’abord frappés à Malte, puis à Gibraltar ; bientôt elle s’étendit à toute l’armée anglaise, et ses ravages furent tels, qu’en 181ô, 2.1 17 militaires étaient aveugles et qu’un plus grand nombre avaient perdu un œil. A la même époque, elle régna dans les armées italiennes et piémontaiscs. L’armée prussienne la contracta en 1813 et la porta partout avec elle ; elle la con-

(1) Laveran et Lustreman, Rapport sur l'ophthalmie militaire (Mémoires rte médecine et de chirurgie militaires, 1857, t. XX, p. 13).

(2) D. J. Larrey, Relation chirurgicale de l’armée d’Orient en Égypte, 180.1.

(3) John Vetch, Practical Treatise on the Diseases ofthe Eye. London, 1820.

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serve encore aujourd’hui. Les armées russes et autrichiennes (l)ne furent pas respectées, pas plus que celles de la plupart des autres États de l’Europe; l’armée française, par une exception assez bizarre, puisqu’on l’a accusée d’avoir apporté la maladie et de l’avoir communiquée, n’a pas eu à en souffrir depuis son retour de l’Égypte. En 1 8 1 /i, elle atteignit les soldats belges, qui ont eu le triste privilège de la conserver dans leurs rangs et de la communiquer à la population civile. De toutes les armées européennes, l’armée belge a été la plus frappée : en 1826, sur 60 000 hommes, elle comptait 6159 ophthalmiques ; en 1836, 6652 malades étaient traités dans les hôpitaux; en 1860, la Belgique comptait un aveugle sur 1000 habitants. Aujourd'hui, grâce aux dispositions inspirées par les médecins belges et adoptées par le gouvernement, le mal s’est considérablement atténué. Pour rappeler les ravages que celte maladie a faits en Belgique, on lui a conservé le nom d ’ophthalmïe belge. Pendant que les armées étaient ainsi frappées, la population civile n'en était pas toujours exempte. Patrick Mac-Gregor a donné la relation d’une grave épidémie qui régna plusieurs années de suite sur les enfants de l’institution royale de Cbelsea de 1806 à 1815. Une épidémie semblable se déclara à Paris, en 1832, dans la maison de refuge pour les orphelins du choléra. L’apparition insolite en Europe et sous forme épidémique de l’ophthalmic granuleuse a fait que beaucoup de médecins spécialistes la considèrent encore comme une maladie d’importation étrangère; en effet, elle a été observée à l’état endémique, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, en Égypte, en Syrie, et dans presque toutes les contrées que baigne la Méditerranée. L’épidémie belge a suscité des travaux de la plus baule importance, dont nous nous contenterons de signaler les principaux. Eble (1), Fallot (2), Fl. Cimier (3), Seutin (6), Gaffe (5), Gouzée (6), Mairion (7), Bendz (8), Tbiry (9), Henrotay (10), Warlomont (11), Decondé (12), van Roosbroeck (13), Warlomont et Testelin (16), Dechambre (15), Laveran et Lustreman (16), Lustreman, Stromeyer (17); ces auteurs et beaucoup d’autres que nous passons sous silence, ont éclairé les points les plus litigieux de la

(1) Eble, Considérations sur la blcnnophthalmie des armées , 1836.

(2) Fallot, Nouvelles recherchés pathologiques et statistiques sur l'ophthalmie qui règne dans l’armée belge , 1838.

(3) Fl. Cunier, Recherches statistiques sur les maladies oculaires dans la province de Brabant [Ann. d’ocul., 1847, t. XVII, p. 117 et 225).

(A) Seutin, Ophtha/mie des Pays-Bas , 1824.

(5) Caffe, Mémoire sur l'ophthalmie de l'armée belge, 1840.

(6) Gouzée, De l’ophthalmie de l’armée belge, 1842. ■

(7) Hairion, Nouvelles considérations sur l’ophthalmie de l’armée [Archives de méd. militaire belge , t. II).

(8) Bendz, Considérations sur l’ophthalmie de l’armée danoise.

(9) Thiry, Recherches sur les granulations [Ann. d'ocul., 1850, t. X XIII).

(10) Henrotay, Diagnostic différentiel et traitement des ophthalmies granuleuse , purulente et qonorrhoique [Annales d’oculistique, 1850, t. XXIV, p. 179 et 254).

(11) Warlomont, Examen de la doctrine de Thiry sur les granulations palpébrales [Annotes

d’ocul., 1854, t. XXXI, p. 31).

(12) Decondé, Mémoire sur l’ophthalmie belge [Ann. docul., t. I\, V, Mil, x, xui, m\;. Van Roosbroeck, Des ophthalmies contag. [Gazette hebdomadaire , 1854, p. 259).

Warlomont et Testelin, Addition au traité de Mackenzie, t. 1, p. 697.

Dechambre, De la contagion de l'ophthalmie militaire (Gazette hebdomadaire). Laveran et Lustreman, Recueil de mémoires de médecine militaire , t. XX, 185/. Stromeyer, Maximen der Kriegsheilkunst. Hanovre, 1801.

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question, qui a donné lieu à une longue discussion au Congrès de Bruxelles, reproduite dans les Annales d'oculistique pour Vannée 1859.

§ II. — Clauses.

Deux questions principales réclament tout d’abord une solution : quel est le berceau de l’ophtlialmie militaire, quel est son mode de développement et de propagation? Beaucoup d’auteurs admettent encore que cette affection est d’importation étrangère et que l’Europe la doit à l’Égypte. Cette opinion ne peut être soutenue devant les faits nombreux qui se sont produits isolément, en dehors de toute espèce de contact avec des malades de provenance étrangère. Si la série des épidémies qui ont frappé les régiments anglais au retour d’Égypte remonte en ligne directe à une contamination égyptienne, il n’est pas possible de soutenir que cette affection ne puisse se produire spontanément au milieu des populations malheureuses des différentes contrées de l’Europe, et atteindre plus spécialement l’armée, qui présente au plus haut degré des conditions favorables à la naissance et à la propagation de la maladie. Ce n’est certainement pas à l’importation qu’est due la conjonctivite granuleuse endémo-épidémique de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne et de beaucoup de contrées appartenant à la Russie et à l’Autriche, etc. Les orphelins du choléra, en 1832, à Paris, n’ont pas reçu leur maladie de l’Égypte. L’épidémie terrible qui, en 1819, frappa tout l’équipage, sauf un matelot, et cent soixante nègres entassés dans la cale du brick français le Rôdeur , se développa spontanément sous l’influence de l’encombrement et de la chaleur, car ce navire n’avait touché à aucun pays ou régnait la maladie (1). Si donc il est prouvé que cette affection naît spontanément dans certaines régions où elle est endémique et qu’elle se développe épidémiquement dans les asiles, les prisons, au milieu des populations malheureuses des grandes villes, recherchons, sans nous préoccuper de son origine égyptienne, qui ne peut être invoquée dans la majorité des cas, quelles en sont les causes initiales.

Causes initiales. — En Égypte, elle apparaît pendant la saison chaude. Elle est plus fréquente dans les grandes villes que dans les campagnes : les Arabes bédouins en sont presque exempts, tandis que la ville du Caire, surnommée la cite des aveugles, y est plus sujette que le reste de l’Égypte. Volncy lui reconnaît pour cause principale le méphitisme de l’atmosphère entretenu par les immondices de toute sorte qui encombrent les canaux, les rues et les maisons de la population des bas quartiers. Larrey avait accusé l’action des rayons solaires, la pénétration dans l’œil de grains de sable chassés par le vent; Desgenettes insiste sur la suppression des flux diarrhéiques et dysentériques, beaucoup accusent le refroidissement et l’humidité des nuits succédant à des journées brûlantes. Toutes ces causes n’ont pas la même importance, et le fait seul de l’immunité des habitants du désert doit faire rejeter l’influence des rayons directs du soleil ainsi que l’action mécanique des grains de poussière. Laveran et Lustrcman (2), à qui nous empruntons les traits les plus saillants de cette description, résument ainsi leur manière de voir sur les causes initiales de l’ophthalmie égyptienne : <■ On peut discuter encore sur l’influence de la vivacité de la lumière, de la violence du vent et des sables qu’il charrie; mais il paraît irrévocablement acquis que l’humidité de l’atmosphère due à l’évaporation

(1) Guillié, Bibliothèque ophtlialmolog ique , 1820, t. I, p. 74.

(2) Laveran et Lustreman, loc. cil., p. 26.

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des eaux du Ml après le débordement et aux rosées nocturnes, que la succession des nuits fraîches et des jours brûlants et les refroidissements qui en sont la conséquence, que le méphitisme produit au Caire par l’incroyable malpropreté de la ville et surtout parles canaux, sont les causes initiales les plus efficaces de l’ophthalmie d’Égypte. » Il est probable que les choses ne se passent pas autrement dans les pays où la maladie est endémique. En Algérie elle sévit sur la population indigène des villes, le colon des villages bas et humides et les Arabes des oasis, entassés dans les maisons étroites et sans aération. Bégin et Legouest ont été frappés de la gravité de cette affection pendant une tournée d’inspection qu’ils ont faite en Afrique. lVos troupes ont eu, à différentes époques, à souffrir de petites épidémies d’ophthalmie purulente, et il est remarquable que celles-ci se sont toujours développées sur les troupes casernées dans des logements trop étroits, et jamais lorsqu’elles étaient en campagne. Les épidémies de Constanline et de Philippevillc (1839), de Boue (18Ù3), de Batna et de Biskra (1846), de Laghouat (1853), sont consignées dans les Mémoires de médecine et de chirurgie militaires. Mais reste toujours la question de savoir si ces épidémies sont identiques avec l’ophthalmie d’Égypte, et si nous pouvons retrouver dans nos contrées l’ensemble des circonstances qui président au développement de l’ophthalmie endémique des pays chauds. Il ne répugne pas h Laveran et Lustrcman d’admettre que la nécessité de bivaquer sur la terre froide et humide , après des journées marquées par des marches fréquentes et des combats prolongés sous une température élevée, a donné naissance à la grande épidémie qui éclata en 1813 et 1815 sur les armées alliées. Quoi qu’il en soit, venue d’Égypte ou née spontanément, l’ophthalmic se propage avec une facilité désespérante. Quelles sont les causes de celte propagation?

Contagion. — S’il existe en médecine une vérité bien démontrée, c’est la propriété contagieuse de l’ophlhalmie des armées. Il n’est môme plus besoin . d’en fournir des preuves : ici ce sont des soldats de passage, dans un village où jamais la maladie n’avait existé, qui la communiquent aux habitants; ailleurs, c’est un malade qui, placé dans une salle commune où il n’y a pas d’ophthalmiques, la transmet à ses voisins, qui la communiquent à leur tour à d’autres malades. Le gouvernement belge, en 1834, eut la malheureuse idée, pour couper court à l’épidémie, de renvoyer dans leurs foyers les soldats incomplètement guéris. La maladie s’étendit de proche en proche h la population civile ; des plaintes s’élevèrent de tous côtés ; le décret de 1 836 fut remplacé par un autre qui ordonna de séquestrer les soldats dans les hôpitaux et de les envoyer dans des dépôts de convalescence.

La contagion est immédiate ou indirecte. La contagion immédiate se prouve ; « 1° Par des faits survenus accidentellement chez des infirmiers qui, en soignant des malades atteints d’ophthalmie granuleuse, ont contracté la môme maladie par l’introduction d’une certaine quantité de matière puro-muqueuse ayant jailli dans leurs yeux pendant qu’ils pratiquaient des injections entre les paupières de malades confiés à leurs soins (1).

» 2° Par les expériences directes sur les animaux (2).

» 3° Par les inoculations pratiquées sur l’homme dans le but de guérir le pannus (3).

(1) Testelin et Warlomont, Addition à Mackenzie, 1. 1, p. 710.

(2) Decondé, Annales d’oculistique et de gynécologie, 1838 et 1839, vol. I, p. 393.

(3) Van Roosbroeck, Cours d’ophthalmologie , t. Il, p. 294.

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» 6° Par les expériences de Guillié, qui transporta la maladie de l’hôpital des Enfants malades sur les yeux de quatre jeunes amaurotiques de l’Institut des aveugles (1). »

Dccondé et Florent Cimier ont démontré que le pus conservait ses propriétés contagieuses à toutes les périodes de la maladie, et qu’il les conservait encore lorsqu’il était desséché. Van Roosbroeck a voulu aller plus loin : il a essayé de prouver que le globule purulent seul était virulent; mais ses expériences, mal instituées, ne sont pas très-concluantes. Le transport de la matière dans la contagion immédiate se fait de différentes manières : elle est lancée accidentellement dans les yeux des personnes qui soignent les malades; elle est portée par l’intermédiaire des eaux de toilette, des essuie-mains et de tous les objets qui servent en même temps aux personnes vivant'en commun.

j a contagion peut-elle s’effectuer par l’air atmosphérique, par infection ? II nous semble que la réponse h cette question doit être affirmative; sans quoi comment pourrait-on expliquer l’extension si rapide de la maladie, alors que toutes les précautions sont prises pour que le contact direct ne puisse avoir lieu? Il est vrai qu’on peut invoquer l’intervention des causes initiales; mais là où elles n’existent pas, il faut bien nécessairement invoquer la contamination de l’atmosphère par un premier malade, laquelle devient alors le moyen de transport de la matière virulente. D’ailleurs Dccondé a institué des expériences qui paraissent résoudre la question ; il a renferme des chiens atteints d’ophihalmie avec d’autres chiens bien portants, et la maladie s’est communiquée à ces derniers. AVarlomont et Testelin (2) ( loc . cit . , p. 720) sont très-disposés à admettre la contagion par voie atmosphérique : 1° parce que les faits qui les appuient sont tellement nombreux et précis, qu’ils ont entraîné la conviction de la plupart des ophthalmologistes ; 2° parce que, quelque soin que l’on mette à signaler le danger d’user d’objets ayant appartenu à des individus atteints d’ophthalmie granuleuse, lorsque cette maladie vient à atteindre un membre de la famille, elle épargne rarement les autres ; 3° parce que, en adoptant ce mode de transmission de la maladie, on est nécessairement conduit à multiplier des précautions qui, si elles ne sont pas indispensables au point de vue de la contagiosité par l’air, ont au moins pour résultat de diminuer les chances de communication immédiate de la maladie. »

Circonstances qui favorisent la contagion. — L’histoire de toutes les épidémies et des recrudescences endémo-épidémiques, nous apprend que celles-ci coïncident toujours avec les saisons chaudes et humides, et qu’elles s’atténuent et disparaissent même complètement dans les saisons froides ; qiie les casernes les plus encombrées, celles qui sont mal ventilées, où l’espace entre les lits n’est pas suffisant, sont aussi celles qui fournissent le plus de malades. Les casernes Sainte-Élisabeth et de l’Annonciade à Bruxelles, installées dans de mauvaises conditions hygiéniques, fournissent constamment un nombre relativement considérable d’ophthalmiques. Au camp de Beverloo, l’agglomération des hommes y est plus grande que dans les plus mauvaises garnisons, la maladie y exerce de grands ravages. Les jeunes recrues, les sujets dont la constitution est mauvaise, les personnes fréquemment

(1) Guillié, liibliothèque ophthalmologique , 1820, t. t, p. 81.

(2) Warlomont et Testelin, loc. cit., p. 720.

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atteintes d’ophllialmies catarrhales sont ordinairement les premières frappées. Il existe une espèce d’acclimatement pour les vieux soldats, pour les infirmiers ayant l’habitude de se trouver en contact avec les ophthalmiques, mais cet acclimatement a des limites. Telles sont les circonstances étrangères à la cause spécifique de l’ophthalmie des armées, mais qui cependant favorisent son action en la concentrant sur certains points, et en la transportant sur des individus mieux disposés à la recevoir, soit par leur constitution originelle, soit par les fatigues de toutes sortes qui les affaiblissent. On a beaucoup discuté autrefois sur les effets nuisibles d’un col trop serré, d’un shako trop lourd, des bullleteries et de l’usage de certains aliments et de certaines boissons. L’importance de cette étiologie banale n’est plus reconnue aujourd’hui.

§ III. — Symptômes.

Le point important de la symptomatologie de l’ophthalmie militaire consiste dans le développement de granulations, sur la nature desquelles on a beaucoup discuté et beaucoup écrit. Mais quelque divergentes que soient les opinions, il n’en reste pas moins établi que, soit avant, soit pendant, soit après le développement de la maladie, on observe sur la conjonctive oculo-palpébrale de peliles éminences acuminées ou arrondies, sessiles ou pédiculées, qui sont un des caractères anatomiques les plus importants de l’ophthalmie des armées.

Les yranulations (1) qui se développent sur la conjonctive sont fort différentes par leur siège anatomique, leur constitution histologique et par leur signification pathologique ; on en compte au moins quatre variétés principales : la première s’observe dans toutes les conjonctivites peu intenses ; elle consiste en une foule de petites inégalités, tassées les unes contre les autres, siégeant le plus souvent à la portion palpébrale de la conjonctive ; elles sont en cet endroit tellement abondantes qu’elles couvrent entièrement la surface de la conjonctive ; dans le cul-desac et vers les angles de l’œil, elles acquièrent un développement plus considérable, sont plus serrées et apparaissent quelquefois sous forme de petits condylomes; elles sont constituées par une enveloppe épithéliale qui recouvre un tissu plus ou moins granuleux, au milieu duquel on remarque des fibres cl des fibres-cellules du tissu connectif servant de support à de nombreuses ramifications vasculaires. Ces granulations, auxquelles on a donné le nom de granulations papillaires n’ont pas de signification propre. Thiry cependant leur attache une grande importance (2).

On peut observer aussi, près du bord libre de la paupière, une foule de petites saillies isolées ou réunies par plaques, plutôt qu’en lignes parallèles. Ce sont des vésicules cristallines, transparentes, produites par un soulèvement épithélial, et remplies d’une sérosité parfaitement limpide; elles ont une origine analogue à celle des sudamina, disparaissent facilement, et n’appartiennent pas en propre à l’ophthalmie militaire. On les désigne sous le nom de granulations miliaires.

Les granulations vésiculeuses et les granulations charnues se rencontrent souvent simultanément, et constituent ce que les Allemands décrivent sous le nom de ti'achome , en faisant du développement de ces granulations une affection à part.

(1) Sichel, Iconographie opldhultnologique , planches II et Ht. Les principales variétés de granulations y sont tort bien représentées.

(2) Thiry, Compte rendu du Congrès de Bruxelles. Paris, 1857.

CONJONCTIVITE GRANULEUSE. — SYMPTÔMES. 7S.Ï

Granulations vésiculeuses. — Il existe dans la conjonctive un grand nombre de follicules , plus abondants au fond du cul-de-sac et sur le trajet des gros vaisseaux que partout ailleurs; quelques-uns renferment un contenu grumeleux, d’autres sont identiques avec les corpuscules lymphatiques. L’hypertrophie de ces follicules constitue ce qu’on a désigné sous le nom de granulations vésiculeuses.

« Celles-ci se présentent sous la forme de petites saillies arrondies ou coniques, du volume d’un grain de millet, séparées les unes des autres par de petits intervalles, et confluentes vers l’angle externe. Les intervalles qui les séparent sont parcourus par de petits vaisseaux; leur surface est assez régulière, rougeâtre ou d’un blanc jaunâtre. Elles sont ordinairement dépressibles, et n’existent que dans le repli rétro-tarsien, où elles forment, quand elles sont nombreuses, une sorte de chapelet transversal. En piquant une de ces granulations avec une lancette, on en voit sourdre un liquide peu épais, légèrement opalin ou jaunâtre (1). » Les granulations vésiculeuses ont soulevé beaucoup de questions, qui sont loin d’être résolues : sont-elles spéciales à l’ophthalmie des armées? Oui, selon les uns; non, d’après les autres. Proviennent-elles d’un virus spécifique, et sont-elles susceptibles de le reproduire? Tliiry (2) a soutenu cette opinion, qui a été combattue par Sperino(3). La vérité est que leur présence sur la conjonctive est toujours un danger, de l’avis de la plupart des observateurs, non-seulement pour ceux qui en sont atteints, mais encore pour les personnes qui les approchent (ô). Stromeyer (5) dit h propos d’elles que les troupes auront beaucoup à souffrir, dont les médecins considèrent les granulations vésiculeuses comme un état normal.

Granulations vraies. — On a souvent confondu ces granulations avec l’hypertrophie des papilles, et on leur a donné le nom de granulations charnues. D’après les travaux récents de Stromeyer (6), de Bendz (7), de Stellwag, elles ont une composition toute différente. Ce sont d’abord de petites taches d’un blanc jaunâtre, non vasculaires, placées au milieu des pupilles turgescentes; plus tard, elles augmentent de volume, deviennent très-abondantes sur la conjonctive du tarse et sur la muqueuse des culs-de-sac; on peut également les apercevoir sur la muqueuse du bulbe et même sur la cornée; c’est surtout à la paupière supérieure qu’elles acquièrent le plus grand développement. Lorsqu’elles sont anciennes, elles ont une forme plus ou moins arrondie, et ressemblent à du tapioca cuit ou h du frai de grenouille ; elles sont constituées par une masse de noyaux séparés par une substance gélatineuse, au milieu de laquelle on peut apercevoir des fibres-cellules. Pour les uns, elles résultent d’une exsudation néo-plastique ; pour les autres, c’est un produit analogue au tubercule (Wecker). Arlt (8) les a vues subir la transformation caséeuse, ce qui est exceptionnel. Le plus souvent, elles dégénèrent en tissu fibreux d’une grande force de rétraction; elles n’ont pas d’enveloppe propre comme les granulations vésiculeuses ; elles ne sont pas aussi rouges, et symétriquement

(1) Foucher, Note additionnelle à Wharton- Jones, 1862, p. 105.

(2) Thiry, Congrès de Bruxelles , p. 318.

(3) Sperino, Congrès de Bruxelles, p. 109.

(4) Decondé, Annales de la Société de médecine d’Anvers, 1840, p. 340.

(5) Stromeyer, Maximen der Kriegsheilkunst. Hanovre, 1861, p. 61.

(6) Stromeyer, Deutsche Klinik , 1859, n° 55.

(7) Bendz, Compte rendu du congrès de Bruxelles, p. 236.

(8) Arlt, Du trachoma de la conjonctive : caractères qui la distinguent de la granulation proprement dite {Ann. d’oculistique. Bruxelles, 1850, t. XXIV, et Union médicale).

Valleix, 5e édit. y 50

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rangées comme les hypertrophies papillaires; celles-ci renferment intérieurement un grand nombre de vaisseaux, tandis que la surface seule des granulations vraies offre quelquefois une vascularisation légère.

Telles sont les quatre formes principales de granulations conjonctivales étudiées à leur état rudimentaire : avec le temps, ces variétés si distinctes les unes des autres au début se confondent; ce qui a donné lieu à des descriptions nombreuses, sous les noms de granulations papillaires veloutées, fongueuses, végétantes, molles, dures, calleuses, pédiculées, inodulaire, cicatricielles, etc.

Les symptômes de la conjonctivite granuleuse endémo- épidémique varient probablement beaucoup selon les épidémies, et peut-être aussi cette affection n’est-elle pas absolument la même dans les différents pays où elle se développe ; cependant elle a une physionomie générale qui en fait une affection à part en quelque lieu qu’elle se produise. En Belgique, on s’accorde à décrire la maladie dans trois états ; 1° état de chronicité ou d'indolence, constitué par les granulations; 2° état d'ophlhalmie subaiguë ; 3° état d’ophtkalmie suraiguë.

« 1° État chronique. —Il peut être primitif ou consécutif, et, dans les deux cas, il est constitué par les granulations. Celles-ci existent souvent sans que le sujet qui en est atteint en ait la conscience; il n’en ressent aucune incommodité, n’éprouve aucune gêne dans les mouvements des paupières et des yeux, ni aucun trouble dans la fonction visuelle. Mais lorsque les granulations ont pris beaucoup de développement, les paupières inférieures sont gonflées et font une saillie appréciable au dehors; l’éclat de l’œil peut être notablement diminué; la conjonctive du globe présente de la rougeur. A cet état, le malade accuse h peine une douleur passagère, se manifestant surtout dans les mouvements du globe de l’œil ; la sensation de petits corps étrangers, de grains de sable, qui le porte h se frotter les yeux; un léger sentiment de cuisson entre les paupières, ne survenant que le matin, ou lorsque le sujet est exposé à une température élevée, à une fumée épaisse, à une lumière trop vive ou à l’action d’un vent violent.

» Dans ces circonstances, la visionest momentanément entravée; les yeux deviennent humides; la sécrétion muqueuse augmente, se rassemble à l’angle palpébral interne et s’y coagule pendant la nuit; au réveil, les paupières et les cils sont collés, agglutinés. Le frottement des granulations sur la cornée en détermine la vascularisation et l’épaississement. On peut admettre comme règle que, quand la moitié supérieure de la cornée est occupée par une opacité vasculaire, cette condition dénote une irritation lente et chronique de celte partie, par suite du frottement qu’y exercent, à la manière d’une râpe, des aspérités plus ou moins dures, logées sur la muqueuse de la paupière correspondante.

Lorsque l’état chronique est consécutif à une inflammation aiguë, le boursouflement de la conjonctive est plus considérable; des transformations fibreuses se sont opérées dans son épaisseur, des trabées cicatricielles réunissent les paupières au globe : il y a de Yectropion et un lagophthalmos plus ou moins apparent, par suite du retrait de la conjonctive. Dans ces cas, la cornée est toujours profondément altérée.

»> 2° État subaigu. — La présence d’une sécrétion mucoso-purulente, fournie parles granulations se réunissant dans la rainure oculo -palpébrale inférieure, et

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