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ULCÈRES DE LA CORNÉE ET FISTULES

Les ulcères et les fistules de la cornée succèdent habituellement aux abcès ; cependant ils peuvent s’établir primitivement par la destruction insensible des cellules épithéliales qui revêtent la face extérieure de la cornée. Le travail ulcératif succède toujours 'aune inflammation aiguë et chronique ; ils deviennent persistants et profonds chez les enfants cachectiques et chez les personnes épuisées par des maladies aiguës. Mackenzie, en 1832, les a observés très-fréquemment à la suite du choléra de 1832 (1), et croit qu’ils sont produits par une espèce d’inanition analogue à celle que déterminait Magendie (2) sur des chiens nourris avec du sucre et de l’eau distillée.

Division. — On a multiplié à plaisir le nombre des variétés de l’ulcération de la cornée. Velpeau en décrit six et rappelle les dénominations singulières que les anciens leur ont appliquées. On peut les diviser en aigus et chroniques, en superficiels et profonds. Les ulcérations aiguës et les ulcères profonds sont toujours signalés par des douleurs vives, de la photophobie et du larmoiement ; les chroniques et les superficiels, sans être complètement indolents, font éprouver aux malades des douleurs beaucoup plus tolérables. A la suite des inflammations aiguës de la conjonctive, on voit brusquement l’épithélium de la face antérieure de la cornée disparaître sur certains points et laisser à sa place de petites ulcérations dont la surface est transparente. A une simple inspection, il est difficile de les reconnaître; mais un miroitement particulier de la surface de la cornée et l’éclairage oblique permettent de les découvrir et d’apprécier leur surface et leur configuration. Laugier, qui a bien décrit cette variété d’ulcères, les appelle ulcères à facettes.

Les conjonctivites phlycténulaires et vésiculaires se terminent souvent par l’ulcération de la cornée. Les ulcères ont alors une forme arrondie, leurs bords s’élèvent au-dessus de la cornée et leur fond est recouvert d’une matière grisâtre ; on les désigne sous le nom d’ulcères cupuli formes. Ces ulcères et ceux qui succèdent à l’ouverture d’un onyx ont une grande tendance à gagner en profondeur. Magendie décrit un ulcère en sillon, qui circule autour de la circonférence de la cornée, gagne en étendue en même temps qu’en profondeur; il succède habituellement à une ophthalmie avecchémosisphlegmoneux et est l’effet d’une espèce d’étranglement des vaisseaux nourriciers de la cornée. Velpeau (3) appelle ulcère en coup d’ongle, une ulcération siégeant habituellement près de la sclérotique, et n’ayant pas beaucoup de tendance à s’étendre en largeur, mais faisant des progrès dans le sens de la profondeur. C’est, dit cet auteur, l’ulcère le plus vivace et un des plus douloureux qu’il connaisse.

(1) Mackenzie, toc. cit., t. II, p. 144.

(2) Magendie, Mémoire sur les substances qui ne contiennent pas (l'azote. Paris, 181 G.

(3) Velpeau, Maladies des yeux, p, 242.

MALADIES DES YEUX

Les ulcères superficiels peuvent disparaître avec la maladie qui leur a donné naissance. Leur fond se recouvre d’un épithélium d’abord opaque, mais à la longue il peut redevenir transparent. Quelquefois l’ulcère tend à gagner en profondeur et à perforer la cornée de part en part ; sa marche envahissante est arrêtée pendant quelque temps par la membrane de Dcscemel; celle-ci est repoussée en avant par la tension intérieure et vient faire saillie entre les parois de l’ulcère; il se produit alors ce que les auteurs désignent sous le nom de kératocèle. Lorsque la membrane de Dcscemel a cédé à l’ulcération, l’humeur aqueuse s’écoule à l’extérieur et l’iris vient s’engager dans la fistule, avec laquelle il contracte des adhérences. Ces ulcères profonds, pour peu qu'ils aient une certaine étendue, ue guérissent jamais sans laissera leur suite un tissu modulaire très-opaque. L’iris, si les adhérences qui l’unissent à la cornée sont peu nombreuses, reprend sa place ordinaire, mais s’il est fortement engagé au milieu du tissu de la cornée, il fait corps avec la cicatrice et sa procidence demeure permanente [staphylôme de l'iris).

Le pronostic est en rapport avec la profondeur de l'ulcération et les complications qu’elle détermine. La procidence de l’iris, le contact de la capsule du cristallin avec la face postérieure de la cornée, sont surtout à craindre à cause de la déformation et même de l’oblitération du champ pupillaire, et de la production d’une cataracte capsulaire.

k° TACHES DE LA CORNÉE.

Les taches de la cornée succèdent aux abcès et aux fistules; en dehors de ces deux circonstances pathologiques, elles peuvent encore se produire, par l’épanchement de lymphe plastique entre les éléments de la cornée, ou si l’on aime mieux par hyperplasie cellulaire, multiplication des noyaux et dégénérescence graisseuse.

' Les unes sont constituées par un tissu cicatriciel identique avec celui des autres parties de l’organisme, les autres sont dues à des amas graisseux à dépôts de pigment, à des sels calcaires, à des cristaux de cholestérine et à des substances étrangères, des corps métalliques, tels que les sels de plomb et d’argent employés comme médicaments ; une innervation incomplète de la cornée a souvent pour conséquence l’altération de la transparence et l’opacité du miroir.

Les auteurs, se basant sur le siège de la tache et le degré de l’opacité qu’elle détermine, ont admis trois variétés de taches cornéales : le néphélion , qui siège, à la superficie et qui permet encore le passage des rayons lumineux; Valbugn, qui intéresse les lamelles intérieures et qui empêche la vision ; enfin le leucoma, qui envahit toute l’épaisseur de la cornée et arrête complètement les rayons lumineux.

Lorsque les taches siègent à la périphérie et qu’elles laissent libre le champ pupillaire, elles n’oITrent pas beaucoup d’inconvénient ; dans le cas contraire, elles déterminent la perte de la vue, et si celle-ci peut s’effectuer par certaines parties encore transparentes, il y a de la diplopie qui ne peut disparaître que par une déviation du globe oculaire. Le strabisme, d’abord intermittent et passager devient permanent. Certains malades affectés de taches superficielles et encore transparentes, sont obligés, pour avoir une perception plus nette des objets, de les rapprocher de leurs yeux, il en résulte des efforts d'accommodation qui ont pour conséquence

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