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GANGRÈNE, RAMOLLISSEMENT DE LA CORNÉE, STAPHYLÔMES

La mortification du tissu de la cornée n’est pas aussi fréquente que son ramollissement. Velpeau (2) la rapporte à trois origines : 1° à un excès d’inflammation, 2° à une dissolution organique par suppression de l’influx nerveux, 3° à un arrêt de la circulation. Quelle que soit son origine, la gangrène de la cornée est toujours une affection grave, non pas seulement parce qu’elle compromet la vision, mais encore parce qu’elle n’est le plus souvent que le symptôme d’une atteinte profonde portée à l’économie. Sur treize cas de gangrène rapportés par Hubsch (3), huit furent constatés sur des phthisiques, deux sur des scorbutiques, deux sur des sujets atteints de dysenterie rebelle, et un dernier sur un individu miné par les fièvres palustres.

Le ramollissement de la cornée s’observe dans les mêmes circonstances que la gangrène, seulement les causes déterminantes ont une intensité moindre; il est partiel ou général : limité aux parties qui environnent un abcès ou un ulcère de la cornée, il peut occuper toute la cornée dans le cas de kératite interstitielle parenchymateuse aiguë, l\ la suite d’un chémosis inflammatoire et d’une maladie fébrile de longue durée. Le ramollissement de la cornée qui s’étend à toute sou épaisseur,

(1) Wecker, toc. cit., t. I, p. 319.

(2) Velpeau, toc. cit., p. 233.

(3) Deval, toc. cit., p. 35 A.

MALADIES DES YEUX

détermine des déformations graves de cette membrane. Lorsqu’il n’y a pas d’irritation des membranes internes et que l’humeur aqueuse au lieu d’être en excès est diminuée de quantité, la cornée s'affaisse et s’aplatit, comme Mirault, d’Angers (1), en a signalé un exemple. Le plus souvent la cornée ainsi ramollie proémine en avant et produit une déformation connue sous le nom de staphylôme.

On distingue deux variétés de staphylôme s : le staphylôme pellucide conique ou globuleux, et le staphylôme cicatriciel opaque, partiel ou général.

Le staphylôme pellucide conique est une maladie rare, sur la pathogénie de laquelle les auteurs ne sont pas bien fixés. Est-il dû à un ramollissement inflammatoire ou à une hydropisie des chambres de l’œil ; y a-t-il amincissement ou hypertrophie des lamelles de la cornée ; y a-t-il partout une transparence parfaite ; l’opacité du sommet du cône est-elle constante, comme le prétend Siebel (2)? Toutes ces questions sont posées, mais non résolues. Quoi qu’il en soit, cette curieuse affection se développe d’une manière insidieuse, attaque plus souvent les deux yeux qu’un seul. Sur ô8 cas, Walkcr (3) en a compté 3 ô où le staphylôme pellucide était double. La myopie, l’aspect étincelant de la surface de la cornée, en sont les principaux caractères.

Le staphylôme pellucide globuleux se développe presque exclusivement à la suite d’une kératite. Il est quelquefois complètement transparent; d’autres fois, la cornée est le siège d’opacités que l’éclairage oblique permet de facilement distinguer. La vue est toujours très-compromise.

Les staphylôme s opaques partiels et généraux sont essentiellement constitués par une proéminence de la cornée, dans la composition de laquelle on rencontre du tissu cicatriciel, la substance propre de la cornée et des adhérences indiennes. Le staphylôme peut être uniquement cicatriciel : alors il n’est plus constitué que par du tissu de cicatrice et la portion de l’iris qui fait hernie; mais lorsque, par suite de l’hypersécrétion de l'humeur aqueuse, la force de résistance du tissu cornéen environnant la cicatrice est moindre que la pression interne, la cornée elle-même participe au refoulement en avant... La configuration des staphyiômes opaques est très-variable ; tantôt ce n’est qu’un petit cône situé au centre ou à la circonférence de la cornée; tantôt il est globuleux, opaque et sillonné de vaisseaux; d’autres fois il est irrégulièrement bosselé et porte le nom de staphylôme rameux. La proéminence ne fait, dans certains cas, qu’une saillie légère qui ne gêne pas beaucoup le mouvement des paupières; mais il n’est pas rare d’observer une tumeur volumineuse, faisant une saillie considérable entre les paupières, et empêchant leur occlusion. Dans ce cas, l’iris est déchiré, et l’on n’en trouve plus que des lambeaux à la face interne du staphylôme... La coloration est grisâtre, gris bleuâtre, et, quelquefois, tout à fait bleue lorsque l’iris est hernié en totalité.

Dans les staphyiômes partiels qui siègent en dehors du champ pupillaire, la vue est encore possible, quoique plus courte et confuse. Le staphylôme total, nonseulement est une cause de la perte complète de la vue, mais encore il occasionne

(1) Mirault (d’Angers), Lettre sur l'inflammation chronique de la cornée ( Arch . gén. de médecine, 1834, 2° série, t. IV, p. 553).

(2) Sichel, Iconographie ophthalmologique, texte, p. 403, pl. XXXII, fig. 3, 4, 5, 6; pl. XXXIII, fig. 1, 2.

(3) Deval, loc. cit., p. 339.

TRAITEMENT DES KÉRATITES.

des douleurs ciliaires excessivement intenses, contre lesquelles il est besoin de l’intervention chirurgicale. Ce n’est que dans les cas exceptionnels et les staphvlômes partiels qu’il est permis d’espérer une amélioration de la vue par le refoulement en arrière de l’iris. Car il est rare d’observer l’accolement de l’iris à la membrane de Descemet et la réunion de ces deux membranes comme celle qui se produit entre la plèvre costale et pulmonaire (1).

§ VI. — Traitement des kératites et de leurs suites.

1° Traitement de la kératite superficielle. — Cette variété de kératite ne réclame habituellement pas d’autre traitement que celui de la conjonctivite, dont elle est une complication. Lorsque celle-ci disparaît sous l’influence du traitement énergique que nous avons indiqué au chapitre Des conjonctivites SIMPLES et purulentes, l'inflammation de la cornée ne tarde pas à se résoudre. II n’en est pas de même lorsque la kératite est subordonnée à un état constitutionnel, la diathèse scrofuleuse. La grande tendance qu’elle a à récidiver, à gagner en profondeur et à se terminer par des ulcérations multiples, succédant aux pustules que nous avons indiquées, réclame, de la part du médecin, une intervention active et longtemps prolongée.

Le traitement général a une importance de premier ordre : on prescrit à l’intérieur l’huile de foie de morue, Piodure de potassium, ou bien on administre le chlorure de baryum dont Sichel a beaucoup vanté l’efficacité :

'if Eau distillée 15 gram. | Chlorure de baryum 2 gram.

Dissolvez. En prendre trois à huit gouttes, trois fois par jour, dans deux ou trois cuillerées d’eau gommée et sucrée (2).

Les topiques locaux ne doivent jamais être très-énergiques : on peut se servir d’une solution légère de nitrate d’argent, lorsqu’il n’y a pas encore d’ulcération, ou mieux de collyres au borak, au sulfate de zinc et au sulfate de cuivre. Le borax peut se prescrire à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme pour lflO grammes d’eau distillée; le sulfate de zinc et le sulfate de cuivre à la dose de 10 à Ï5 centigrammes par AO grammes d’eau distillée.

Si la douleur est intense et que la kératite tende à progresser, le calomel à l’intérieur, à la dose de 20 à 30 centigrammes, divisés en huit ou dix paquets à prendre dans la journée, établira une dérivation utile dans beaucoup de cas.

Les frictions mercurielles belladonées seront toujours d’un bon effet pour calmer les douleurs ciliaires et dilater la pupille.

Pour combattre la photophobie, Deval (3) préconise les fomentations, trois ou quatre fois par jour, avec une solution de cyanure de mercure, qu’il formule ainsi qu’il suit :

If Cyanure hydrargyrique 25 milligr. I Eau distillée de laurier-cerise. 2 gram.

Eau distillée 60 gram. J

(t) Wharton-Jones, Traité pratique des maladies des yeux, traduction et notes par Foucher, p. 292.

(2) Sichel, Iconographie ophthalmologique , texte, p. 89.

(3) Deval, toc. cit., p. 279.

MALADIES DES VEUX

Si à la photophobie se joint du blépharospasme, ou pourra se servir, à l’exemple de Demours, des fomentations opiacées sur les voiles palpébraux. Mackenzie conseille, dans les mêmes circonstances, l’exposition des yeux à la vapeur du laudanum mélangé d’eau.

Quadri(l) a vu de Graefe plonger la tête d’un enfant atteint de blépharospasme dans l’eau froide, et recommander à la mère de réitérer ce traitement chez elle; au dire du professeur de Berlin, il produit des effets merveilleux et rapides.

Lorsque la kératite superficielle est passée à l’état chronique, il est d’une bonne pratique d’user des pommades au précipité rouge, en commençant par des doses légères.

if Précipité rouge 5 centigr.

Axongc 4 gram.

Camphre 5 centigr.

Ou laudanum 10 à 15 centigr.

On introduit lotis les jours un peu de cette pommade entre les paupières et, le lendemain, le malade se lave les yeux avec de l’eau tiède (2).

C est alors le moment d’user des révulsifs cutanés, de la teinture d’iode en badigeonnage autour des paupières, des frictions avec l’huile de croton tiglium et des vésicatoires. (V., pour plus de détails : Conjonctivite phlycténulaire, p. 758.)

La kératite vésiculeuse ne réclame d’autre traitement que l’ouverture des vésicules, ou bien l’introduction dans l’œil d’une pincée de calomel, le malade étant ensuite placé à l’abri du contact de la lumière (3).

Le régime devra être sévère dans les périodes aiguës, reconstituant sans être excitant dans les formes chroniques.

2° Traitement de la kératite parenchymateuse aigue. — Il doit toujours être subordonné à l’état de la constitution et à la nature de la cause qui a produit l’affection. Quand la kératite est secondaire à une conjonctivite purulente, la médication est d’abord dirigée contre cette dernière maladie ; quand elle survient à la suite d’une maladie aiguë de longue durée, la médication sera moins énergique que si elle se déclare dans le courant d’une bonne santé ; dans le premier cas, les révulsifs du côté des tempes et de la nuque, les onctions mercurielles belladonées, trouveront leur emploi, ainsi que l’application de compresses d’eau chaude, à la température de 35 à 60 degrés, comme le recommande de Graefe. Lorsque la kératite parenchymateuse est primitive et que le malade est doué d’une bonne constitution, il faudra faire une ou deux émissions sanguines de 300 à 600 grammes et appliquer des sangsues à l’angle interne de l’œil ou aux tempes. Aussitôt que la suppuration sera établie, il faudra s’abstenir des évacuations de sang.

En même temps, on fait de6 frictions mercurielles belladonées sur les paupières et la région sourcilière.

Les purgatifs énergiques sont indiqués. Les sels de soude et de magnésie seront administrés tous les matins; plusieurs jours de suite, pendant la période inflammatoire aiguë.

(1 ) Quadri, Relation (l’un voyage scientifique ( Annales ( l’oculistique , Bruxelles, 1857, t. XXXVII, p. 223).

(2) Deval, loc. cit., p. 280.

(3) Wecker, loc. cit., t. I, p. 287.

KÉRATITES. — TRAITEMENT.

Émile Martin (1) a recours, en pareille circonstance, auv pilules d’Anderson et de Morrisson, ou bien aux pilules dont il donne la formule suivante :

Calomélns 60 centigr. j Extrait de jusquiame 2 gram.

Sulfate de quinine 80 centigr. ‘ Sirop simple q. s.

Extrait de digitale 50 centigr. (

Divisez en 30 pilules, dont on prend de quatre à six par jour.

Il fait instiller dans l’œil quelques gouttes du collyre suivant contre la photophobie intense qui accompagne celte forme de kératite :

Cyanure de mercure 1 centigr. I Eau distillée j 30 gram.

Eau de laurier-cerise 2 gram. |

Ou bien il formule les frictions avec :

Vératrine 10 centigr. I Axonge 15 gram.

Chloroforme 4 gram. |

Mêlez.

Kératite parenchymateuse chronique. — Les antiphlogistiques énergiques doivent être bannis ; les révulsifs intestinaux, les onctions mercurielles belladonées, les vésicatoires à la nuque, les frictions avec la teinture d’iode, seront ordonnés. D’une manière générale, il faudra s’abstenir des topiques locaux trop énergiques, de peur de déterminer une surexitation inflammatoire intense. Les insufflations de calomel et les pommades au bioxyde de mercure à dose peu élevée, ainsi que l’application de compresses chaudes, pourront hâter la guérison,.

Le régime, qui devra être très-sévère dans la forme aiguë, sera, dans la forme chronique, plus substantiel et proportionné au degré de débilité du sujet. L’huile de foie de morue, l’iodure de potassium et le quinquina, à l’intérieur, relèveront les forces du malade et favoriseront la résolution de la maladie.

Kératite postérieure. — A l’état aigu, on peut employer la saignée, le mercure et la belladone, et les révulsifs intestinaux, comme dans la kératite aiguë parenchymateuse. Mackenzie (2) conseille, dans la forme chronique qui est la plus fréquente, le sulfate de quinine mélangé à une petite quantité de calomel et pris tout le jour en diverses doses, jusqu’à ce que les gencives s’affectent. Il conseille également les applications de vin d’opium et l’exposition de l’œil pendant quelques minutes à la vapeur d’acide hydrocyanique, dont l’action aide à débarrasser la cornée des dépôts opaques qui s’y sont formés.

Wharton-Jones (3) proscrit toutes lotions et pommades excitantes et administre la térébenthine à la dose de 2 grammes trois fois par jour, dans du lait ou in corporée à l’huile de foie de morue.

Guépin (A) pratique, à la face antérieure de la cornée, le plus loin possible de la pupille, de petites cautérisations avec un crayon effilé de nitrate d’argent. Il en

(1) Émile Martin, Traité médical pratique des maladies des yeux. Paris, 1863, p. 140.

(2) Mackenzie, loc. cit., t. II, p. 57.

(3) Wharton-Jones, loc. cit., p. 221.

(4) Guépin, Des cautères pratiqués à la cornée dans le traitement des inflammations, avec opacité de la membrane de l’humeur aqueuse {Ann. d’oculistique , t. XXXII, p. 251).

Valleix, 5e édit. V — 52

MALADIES DES YEUX

résulte de petites ulcérations qui, d’après lui, exercent une dérivation salutaire sur les taches profondes de la cornée.

Wardrop (1) a recours à l’évacuation de l’humeur aqueuse lorsqu’il y a distension de la chambre antérieure ; il a reconnu de grands avantages à cette pratique.

Malheureusement, il faut bien l’avouer, les taches pigmentaires restent souvent indélébiles.

Traitement spécial à chacune des complications ou suites de la kératite

1° Pannus. — La guérison des granulations de la conjonctive, d’une blépharite ciliaire, le redressement des paupières affectées d 'entropion et de trichiasis, suffisent quelquefois h faire disparaître la vascularisation de la cornée. Tant qu’il y a encore de l’inflammation de la cornée, on peut espérer voir les vaisseaux s’atrophier avec la résolution complète des tissus phlogosés. Cet heureux résultat s’observe souvent et contre toute attente à la suite des conjonctivites purulentes ; mais il n’en est pas toujours ainsi. Le pannus sarcomateux et le pannus crassus résistent le plus souvent à tous les traitements, même les plus énergiques.

Moyens médicaux. — Les médications internes et les révulsifs cutanés employés contre la kératite chronique étant restés sans efficacité contre le pannus, il faut l’attaquer directement par des topiques locaux. A cet effet, on instille entre les paupières quelques gouttes d’un des collyres suivants :

Sulfate de zinc 20 centigr.

Sulfate de cuivre 60 centigr.

.Eau distillée 30 gram.

Eau distillée 30 gram.

Extrait de belladone 1 gram.

Laudanum de Sydenham ti gram.

Le tannin employé d’après la formule de Hairion (p. 790) ou incorporé à la glycérine, comme le préfère Loucher, a rendu de véritables services.

Tanniil 1 à A gram. | Glycérine 30 gram.

Follin (2) a dernièrement préconisé le perchlorure de fer : il introduit, tous les trois ou quatre jours, suivant la tolérance du malade, une forte goutte d’une solution de perchlorure de fer à 30 degrés. L’action de ce médicament commence à se faire sentir au bout de la deuxième ou troisième instillation.

Les Allemands font un grand usage du collyre de Conradi.

Le sel marin, le laudanum pur ou mélangé à une certaine quantité d’eau, les collyres au bichlorure de mercure, sont également employés ; mais, d’une manière générale, s’il existe des ulcères de la cornée, il faut s’abstenir des sels de plomb ou d’argent qui laissent des tacbes sur la cornée.

Les poudres ont joui d’une grande vogue dans le traitement du pannus. On

pourra choisir une des formules suivantes :

1° Sucre raffiné 1 partie8 égales.

Oxyde de zinc >

Mêlez et triturez.

2° Oxyde rouge de mercure. 60 centigr. | Sucre raffiné 4 gram.

Mêlez et triturez.

(1) Wardrop, On the e/fects o f evacuating the agueous Humor in inflammation of the Eues {Médico-chirurgical Transactions, 1813, t. lV,p. 142).

f2) Follin, De l’emploi du perchlorure de fer dons te traitement de la kèratde panmformc ( Archives générales de médecine , avril 1856, 5' série, t. VH, p. 42/i).

KÉRATITES. — TRAITEMENT.

3° Calomel j parties égales (1).

Sucre raffiné 1

40 Alun 2 gram. I Sucre 4 gram.

Oxyde de zinc 2 gram. |

Mêlez (2).

Lorsque tous ces moyens échouent, et que le pannus reste stationnaire, faute d’une réaction suffisante, il sera peut-être permis de tenter l’inoculation de la matière gonorrhéique; toutefois, cette pratique, introduite dans la science en 1812 par jæger, et beaucoup employée depuis par les médecins belges (3), oiïredes dangers ; on doit s’abstenir de celte méthode quand un seul œil est malade, quand il existe des ulcérations delà cornée, lorsque la vision est encore possible. L’ophthalmie purulente artificielle qu’on produit doit être traitée comme l’ophlbalmie spontanée, si elle menace la cornée, beaucoup de succès sont dus à celte méthode; mais les récidives sont à craindre, quand après la guérison 011 n’a ni le soin ni le pouvoir d’anéantir la cause qui a donné naissance au pannus.

Moyens chirurgicaux. — La section des vaisseaux, déjà recommandée par Scarpa, pratiquée avec des succès variés par différents auteurs, a été recommandée dernièrement encore par Furnari (h). Cet auteur fait l’abrasion de la conjonctive tout autour de la cornée et jusqu’à la sclérotique dans l’étendue de 3 millimètres, line pratique aussi énergique 11e peut être employée que dans les cas désespérés ; de même que l’extirpation du pannus, quoique cette dernière méthode décrite par Jüugken (5), ait réussi une fois entre les mains de Stœber (6).

2° Abcès «le la cornée. — La kératite qui leur donne naissance étant traitée comme il a été dit, la seule question qui se présente à résoudre, est celle de savoir s’il faut ou non ouvrir les abcès. Tous les praticiens dont l’expérience fait justement notoriété dans la science sont très-réservés dans l’emploi de l’instrument tranchant; ils ne conseillent de s’en servir que dans les circonstances où l’abcès a une étendue considérable avec tendance à gagner toute la cornée et à s’ouvrir dans la chambre antérieure. Il faut donc, dans la grande majorité des cas, attendre la résorption du pus ou son évacuation spontanée, en combattant par les moyens déjà signalés les douleurs ciliaires et la photophobie. Les applications irritantes sont formellement contre-indiquées.

3° Ulcère» «te la cornée. — Le traitement diffère selon qu’011 l’applique aux ulcérations aiguës ou aux ulcérations chroniques. Dans le premier cas, les cautérisations avec les caustiques doivent être rejetées de la pratique ; Scarpa, Samuel Cooper, Sanson, les employaient en toute circonstance et pour toutes les ulcérations. Mais il est incontestable que le mal est souvent aggravé, que les douleurs sont

(1) Wharton-Jones, /oc. ci/., p. 82.

. (2) Émile Martin, loc. cit ., p. 20 A.

(3) Warlomont ctTestelin, in Mackenzie, t. 11, p. 167.

- (A) Furnari, De In tonsure conjonctivale et de son efficacité contre les lésions panniformes de la cornée. Paris, 1862.

(5) Jüngken, Die Lehre von Augenoperationen. Berlin, 1829, p. 632.

(61 Stœber, Rapport sur la clinique ophtha/mo/ogique de la Faculté de médecine de Strasbourg ( Gazette médicale , 1855, p. A 15).

MALADIES DES YEUX

surexcitées, et que l’ulcération est activée plutôt que ralentie par l’influence du caustique. Lecalvé (l) a fait connaître les effets désastreux de la méthode de Sanson, contre laquelle s’élèvent aujourd’hui tous les bons esprits.

Pendant la période aiguë de l’ulcère de la cornée, à part la médication spéciale dirigée contre la kératite qui lui a donné naissance, il faut faire des instillations fréquentes d’atropine dans les yeux, des frictions belladonées autour de l’orbite, et attendre la cicatrisation naturelle de l’ulcère.

Lorsque la perforation de la cornée est imminente. Desmarres (2) recommande de faire coucher le malade sur le dos, autant que possible, dans l’immobilité et la tète baissée; d’appliquer sur l’œil malade des compresses légères trempées dans le liquide suivant, et avoir soin de le changer de cinq en cinq minutes, en profitant de ce moment pour instiller une goutte du même liquide entre les paupières avec les pi :s grandes précautions pour n’exercer aucune pression sur le globe.

If Eau distillée 1 litre.

Herbe de jusquiame 50 gram.

Herbe de belladone 50 gram.

Faites infuser el délayez :

Extrait de belladone 20 gram.

Filtrez et entourez de glace.

Mais si déjà l’ulcération est large et profonde, el que la chambre antérieure soit remplie de pus, au lieu d’empêcher par le moyen précédent la perforation de la cornée, il faut en faire l’ouverture avec une lancette ou un couteau à cataracte. Par ce moyen, la tension intérieure est diminuée, les bords de l’ulcère peuvent se mettre en contact et la guérison s’effectuer (3).

Lorsque la fistule reste permanente et que l’iris fait hernie, il est nécessaire d’insister sur les mydriatiques, et même de faire l’excision de l’iris si le prolapsus est considérable. Malheureusement alors il y a souvent une fonte de l'œil ou une cataracte capsulaire. La fistule cède difficilement même au débridement de ses bords (ô). Ils ont besoin d’être excités par des cautérisations légères avec le sulfate de zinc en solution, ou avec le crayon de sulfate de cuivre. Les applications de compresses d’eau chaude sur les paupières, ainsi que les instillations d’eau laudanisée et même de laudanum pur, sont utiles. Mais tous ces moyens échoueront nécessairement, si avant tout on ne s’adresse pas à la cause qui a produit la kératite, si l’on ne relève pas les forces du malade, et si l’on ne refait pas la constitution délabrée par la diathèse scrofuleuse et la misère.

Opacités de la cornée. — Autant il est permis d’espérer la guérison d’un néphélion récent, autant il serait dangereux de promettre celle de l’albugo et du leucoma.

Moyens médicaux. — Ceux-ci agissent en déterminant sur la cornée une stimulation nécessaire à l’absorption de la tache. Des collyres de toutes espèces, des poudres irritantes et corrosives, ont été conseillés et abandonnés tour à tour. Le

(1) Lecalvé, Journal de la Société clc médecine pratique de Montpellier , 1842.

(2) Desmarres, !oc. cit., t. II, p. 288.

(3) Monteath, Glasgow medical Journal , 1825, vol. Il, p. 133.

(A) Wecker, loc. cit.. p. 314.

KÉRATITES. — TRAITEMENT.

nombre des remèdes est presque incalculable, tant l’elïicacité de chacun d’eux est incertaine dans la plupart des cas.

Mackenzie (1) se loue beaucoup de l’emploi de l’acide hydrocyaniquc ; il se sert d’une petite fiole dont l’embouchure a la forme d’un bain d’œil ; il met au fond de la fiole quelques gouttes d’acide concentré, ouvre l’œil, et y applique pendant quelques minutes l’ouverture du tlacon. Ce moyen lui a réussi dans le néphélion, et même dans l’albugo et le leucoma vasculaire.

Les collyres au sulfate de zinc, au sulfate de cuivre, au nitrate d’argent et même au sulfate de cadmium, le laudanum et une foule d’autres substances agissent delà même façon ; aucune d’elles n’a des propriétés spécifiques et la plupart restent sans effet (2).

II nous suffira de citer quelques-unes des préparations suivantes que nous empruntons à Émile Martin (3).

Contre le néphélion les collyres avec :

Chlorhydrate d’ammoniaque. . 50 centigr. I Glycérine Laudanum de Sydealiam. ... 20 gouttes. |

Mêlez.

ou bien :

Bichlorure d’hydrargire. . .. 15 centigr.

Laudanum de Sydenham .... 1 gram.

Glycérine . . .

Contre l’albugo la pommade suivante :

15 gram.

15 gram.

Iodure de potassium 20 centigr.

l°de 2 gram.

Si la taie a un aspect crétacé :

Beurre frais et lavé

Huile de noix

Huile de foie de rnorue,

4 gram.

0 gram.

Potasse caustique

Mêlez et portez sur l’opacité avec un pinceau.

Contre le leucome, il se sert des poudres suivantes :

Calomel

Ipéca

ou bien :

Sous-nitrate de bismuth Oxyde rouge

Mêlez.

4 gram. ] Sucre raffiné 4 gram . j

1 gram. I Sucre 50 centigr. |

4 gram.

30 centigr.

4 gram.

4 gram.

Dans certaines circonstances tout à fait spéciales, telles que les taches produites par la projection de la chaux à la surface de la cornée, Gosselin [U) s’est avantageusement servi d’une solution de sucre, dans le but de transformer la chaux en saccharate soluble.

L’électricité appliquée en courants continus sur la tache de la cornée par Usiglio,

(!) Mackenzie, loc. cit., 1. 1, p. 644.

(2) Velpeau, loc. cit., p. 232.

(3) Émile Martin, loc. cit., p. 199.

(é) Gosselin, Mémoire sur l'ophthalmie causée par la projeefion (Ardi. génér. de méd., novembre 1855, 5" série, t. VI, p. 513;.

de la chaux dans l’œil

MALADIES DES YEUX

de Corfou (1) et le docteur Turck (2) n’a produit que des résultats insignifiants.

Moyens chirurgicaux. — Ils sont tout aussi infidèles que les moyens médicaux. Toutefois les taches métalliques pourront quelquefois être enlevées avec une aiguille à cataracte. Quant à l’incision des vaisseaux qui se rendent à l’opacité, à l’abrasion de l’opacité elle-même (3), et dans les cas extrêmes à la transplantation de la cornée (Zt), tous ces moyens ne comptent que des succès problématiques.

Lorsque la tache ne recouvre qu’une partie de l’ouverture pupillaire, il est permis de tenter, si la vue est compromise aux deux yeux, une pupille artificielle ou d’employer les lunettes de Donders (5), composées d’un diaphragme métallique avec une petite ouverture destinée à empêcher la diffusion des rayons lumineux.

Stnphyiomes. — Le traitement repose à peu près sur les mêmes principes que celui des taches ; il est inutile d’y revenir. Dans les cas graves on est souvent forcé d’enlever la partie proéminente à l’aide de procédés pour lesquels nous renvoyons aux traités spéciaux.

Le traitement des ramollissements considérables et de la gangrène consiste à modérer l’inflammation, si elle est trop vive, à opérer des débridements sur le chémosis, à relever les forces du malade par des préparations analeptiques, s’il est épuisé par une longue maladie, et à établir une légère compression sur le globe oculaire pour empêcher les staphylomes de se produire : malheureusement, quoi qu’on fasse, la fonte de l’œil a lieu et la vue est le plus souvent définitivement perdue.

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