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DE LA MÉTRITE EN GÉNÉRAL

[ La métrite, ou inflammation de l’utérus, présente un si grand nombre de variétés, (ju’il est impossible d’en tracer une description d’ensemble ou générale. On ne pourrait donner que les caractères communs aux différentes formes, et l’on s’exposerait au tort grave de présenter un type qui n’existe réellement pas. Il vaut mieux accepter les faits tels qu’ils s’offrent, et les exposer dans autant d’articles séparés.

Nous ferons remarquer d’abord que l’inflammation de la matrice qui succède h X accouchement est une espèce absolument à part, et qui ne peut, à aucun titre, être confondue avec les autres. Nous la décrirons d’abord sous le nom de métrite puerpérale.

Procédant ensuite à la description des espèces qui se montrent dans l’état de vacuité des organes, nous distinguerons les métrites partielles de la métrite générale. Appuyé sur celte donnée anatomique, nous étudierons successivement : la métrite externe ou du col utérin , qui comprend l’histoire des érosions , granula -

(1) Pagrani et Pignucia, Armait universali di medicina.

MÉTRITE PUERPÉRALE. * — DÉFINI 1I0N* SANONTMIE, FRÉQUENCE. \2\

ons etc. ; la métrite interne ou de la muqueuse intra-utérine ( catarrhe érin de quelques auteurs), à laquelle se rattachent les fongosités intra-utérines; ifin la métrite parenchymateuse et les engorgements chroniques de l'utérus. ]

ARTICLE YI.

MÉTRITE PUERPÉRALE.

Les observations prises par Voillemier (1) pendant une épidémie de fièvre /erpérale qui a régné à la clinique de la Faculté, ont contribué à nous éclairer ir ce sujet et, depuis, plusieurs autres travaux sont venus confirmer ces résultats, icaucoup de cas qu’on regardait comme de simples métrites ou des métro-péritotes puerpérales, ne sont autre chose que des exemples d’une affection générale nit les lésions de l’utérus et du péritoine voisin font partie.

Cependant il est des cas, et assez nombreux, où toute la maladie est concentrée -ns la phlegmasie de l’utérus, et ces cas méritent d’être étudiés particulièrement. Chomel (2) propose de diviser cette affection en métrite puerpérale proprement te, c’est-à-dire celle qui survient immédiatement après la parturition, et en méite post-puerpérale , qui ne se manifeste que quelques jours après. Mais en exanant attentivement les faits, on voit que cette division n’est pas, d’après ce que us venons de dire, aussi importante qu’elle le paraît au premier abord. Chomel, effet, convient que les cas de métrite puerpérale proprement dite ont une pliysiomie toute particulière et se présentent rarement à l’état de simplicité. Or, ce nt précisément ces cas dans lesquels il y a un état général qui constitue ce que n appelle la fièvre puerpérale , et dans lequel la métrite est loin déjouer le pre- < errôle. On trouve, dans ces cas, le tissu de l’utérus ramolli, gangrené, suppuré, us plusieurs points ; le pus se montre dans les vaisseaux sanguins et lymphati- ■ es, mais le péritoine esL affecté ainsi que plusieurs autres organes, et la fièvre ut se produire dans toute son intensité avec l’une ou l’autre de ces lésions, et rfois même en leur absence, ce qui prouve qu’elles ne sont pas essentielles (3). Pour nous, la métrite puerpérale est précisément celle que Chomel appelle méte post-puerpérale , et dans ce cas seul on peut se servir avec exactitude du nom métrite, car c’est l'inflammation de l’utérus qui constitue toute la maladie, illemin (è) a partagé cette manière de voir.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

On doit entendre par le nom de métrite puerpérale, une affection caractérisée r l’inflammation de l’utérus, inflammation qui quelquefois sc propage à un or-

(1) Voillemier, Histoire de la fièvre puerpérale qui a régné épidémiquement à V hôpital des niques pendant l'année 1838 ( Journal des conn. méd.-chir., 1840).

-j2) Chomel, Dict. de médecine, t. XXX, p. 228.

'3) Voyez, pour les détails relatifs à cette importante question, le tome Ier, art. Fièvre puerule. Voy. aussi : J. Béhier, Conférences de cliniq. rnéd. faites à la Pitié, recueillies Menjaud et Proust. Paris, 1864, art. Maladies des femmes en couches. — Trousseau, nique médicale de V Hôtel-Dieu, t. I, 2e édit. Paris, 1864. — P. Lorain, La fièvre puer- •ale chez la femme, le fœtus et le nouveau-né. Paris, 1856.

4) X\ illemin , De la métrite puerpérale idiopathique (Archives générales de médecine, série, 1847, t. XV).

MALADIES DES FEMMES

ga»e voisin, sans aucun de ces accidents redoutables qui indiquent une inflamma tion primitivement générale, comme les violents frissons, la suppuration de divei oiganes, la péritonite générale, le délire, etc.; car alors il y a une fièvre puerpérale, et non pas seulement une métrite.

Cette maladie ayant été récemment séparée d’un état général qui n’était pas par laitement connu, la synonymie n’est pas très-riche. On la trouve désignée sous ! nom de métrite des femmes en couches, ou confondue avec la métrite simple dan beaucoup de descriptions.

La métrite puerpérale, telle que nous la comprenons, ne laisse pas d’être fré quente. Dans ces derniers temps on en a vu de nombreux exemples dans les liôpi taux, et nous en avons observé trois en deux mois dans un service de trente-troi lits de femmes, où 1 on ne reçoit pas particulièrement les femmes en couches. Il es certaines époques où cette inflammation se montre bien plus fréquemment que dan d’autres, sans qu’on en ait pu découvrir la raison, et c’est là le seul lien qui uniss cette métrite à la fièvre puerpérale.

§ II. — Causes.

Parmi les causes, il en est une qui doit être mentionnée en première ligne c’est un repos insuffisant après les couches. Ordinairement, cette métrite ne s« développe pas, comme celle qui se montre dans la fièvre puerpérale, immédiate-i ment après l’accouchement, et les malades se sont déjà levées avant les première! atteintes. C’est surtout parmi les femmes du peuple que se montre cette maladif sous l’influence de la cause dont il s’agit, parce que ces femmes croient pouvoir si livrer à leurs occupations après une semaine de repos, comme si l’on pouvait assigner une limite fixe à ce repos nécessaire après l'accouchement, et si l’on ne devait pas consulter l’état des organes.

Cependant l’existence de celte cause n’est pas nécessaire. Nous avons eu dam notre service, à l’Hôlel-Dieu annexe, une femme qui est accouchée, et qui a présenté le lendemain de sa fièvre de lait, et sans avoir quitté son lit, les symptômes d’une métrite intense qui ont augmenté les jours suivants. C’est dans ces cas qu’oi: doit admettre l’existence d’une cause générale, d’une constitution médicale dont la nature nous est inconnue.

Quelquefois, néanmoins, on a vu la métrite se déclarer presque immédiatement après l’accouchement, et, en pareil cas, on en a presque toujours trouvé la cause dans des manœuvres violentes nécessitées par un accouchement difficile, dans une délivrance laborieuse et longue, en un mot dans une irritation quelconque de l’utérus.

Willcmin (1) range parmi les causes de cette affection, les déchirures profondes du col utérin.

On doit rapprocher de la métrite dont nous nous occupons, celle qui survient après ['avortement, et qui, assez souvent, reconnaît pour cause les violences dont) nous venons de parler.

Il arrive quelquefois que le placenta ne peut pas être extrait en entier , qu’il en séjourne des fragments plus ou moins considérables dans l’utérus, que ces frag-

(1) Willemin , De la métrite puerpérale idiopathique {Archives gèn. de méd., à' série,! 1847, t. XV, p. 289, 450).

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ments s’y putréfient, et l’on a vu une métrite être la conséquence de celte espèce de rétention.

Enfin nous citerons comme des causes dont on a rapporté des exemples, la présence de caillots plus ou moins volumineux dans l’utérus ; l’ exposition au froid , le coït exercé avant que l’utérus ait repris son état normal. [Selon J. Béhicr (1), nous l’avons ra v clé déjà (2), il semble impossible de trouver dans la nature des i altérations p nonéales des femmes en couches un signe, un seul, qui la différencie de toute autre péritonite et surtout de toute autre péritonite secondaire. La métrite, elle aussi, ne différerait pas d’une autre métrite, et cette opinion, que professe à peu près également Pajot (3), repose sur ce fait, qu’avec l’accouchement, l’utérus a subi un véritable traumatisme; sa cavité offre une surface inégale, saignante, qui plus tard bourgeonne, suppure, et constitue bien une plaie avec division violente du système veineux. Laissant de côté la valeur de cette manière de voir dans la question de doctrine relative à la fièvre puerpérale, nous devons faire remarquer que cette interprétation est parfaitement capable d’expliquer un certain nombre de cas de métrite puerpérale, tels que les comprend Valleix (voy. , plus haut, Définition ).]

§ III. — Symptômes.

Les symptômes de la métrite dont il s’agit dans cet article ne diffèrent réellement de ceux de la métrite simple aiguë que par leur plus grande intensité.

Début. — Il est rare que cette affection débute avant le quatrième ou le cinquième jour des couches, et après le vingtième ou le vingt-cinquième. C’est i ordinairement du dixième au quinzième jour qu’on la voit apparaître. Cependant \ AVillemin (ô) et nous-même avons vu des cas où la maladie est survenue quelques heures après l’accouchement, et, dans quelques-uns, la maladie a paru dépendre i d’une irritation de l’utérus pendant la parturition. Les cas dans-lesquels il existe un frisson initial sont tout à fait exceptionnels, ce qui rapproche beaucoup cette affection des phlegmasies simples. Les femmes, immédiatement ou quelques jours après leur fièvre de lait, commencent à sentir, dans l’hypogastre, des douleurs fugitives s semblables à celles qu’on nomme coliques utérines et qui existent peu de temps après l’accouchement; aussi s’effrayent-elles très-peu. Mais bientôt la douleur de- ' vient permanente, la fièvre s’allume, et la maladie est déclarée.

Symptômes. — Les phénomènes les plus remarquables sont : la douleur hypo- - gastrique et le gonflement de l’utérus.

La douleur est continue, avec un sentiment de tension et de pesanteur dans le bassin. Il v a par moments des exacerbations, mais beaucoup moins marquées que dans certaines congestions sanguines ou dans certaines hÿstéralgies.

La douleur reste ordinairement circonscrite dans l’hypogastre et le bassin ; cependant, quelquefois, elle se propage aux flancs et aux lombes, et même jusque dans les cuisses, comme dans la métrite simple.

La pression exercée sur l’hypogastre, ainsi que la percussion, exaspère considé-

(1) J. Béhier, loc. cit., p. 483.

(2) Voy. tome Iür, art. Fièvre puerpérale.

(3) Pajot, Gazette des hôpitaux. 25 février 18G2, n° 23

(h) Willemin, loc. cit.

MALADIES DES FEMMES

rablemcnt ccttc douleur. Lorsque la maladie est dans toute son intensité, on peut j a peine presser légèrement sans arracher des plaintes à la malade. Le toucher vaginal fait constater également une sensibilité exagérée du col de l’organe.

L'augmentation de volume de l’utérus est telle, qu'une palpation légère fait I facilement reconnaître le corps de cet organe, globuleux et s’élevant jusqu’à un, j deux ou trois travers de doigt au-dessous de l’ombilic et même quelquefois jusqu’à l’ombilic. La tumeur qui en résulte est ordinairement très-arrondie, sans inégalité, ferme et résistante. Par la percussion légèrement exercée autour d’elle, on trace ses limites en constatant les points où finit le son intestinal et où commence le son | mat qu’elle produit. [ Avant de pratiquer cette exploration, on doit toujours avoir eu soin de débarrasser la vessie de l’urine qu’elle pourrait contenir. ] La sonorité I des fosses iliaques servira aussi à établir que la tumeur appartient réellement à l’utérus tuméfié. Cet examen doit être fait avec beaucoup de ménagement, à cause de l’extrême sensibilité de l’hypogastre.

L’introduction du doigt dans le vagin fait reconnaître V augmentation de volume du col , qui est quelquefois telle, qu’on a de la peine à faire passer le doigt entre cette portion de l’organe et la paroi vaginale qui l’entoure.

AVillemin a noté, comme un des symptômes locaux les plus importants, le ralentissement du retrait de l'utérus avec induration .partielle des parois de cet organe.

On a dit que la mélritc a pour résultat, d’une part de supprimer la sécrétion du lait , cl de l’autre d 'arrêter le cours des lochies. Le fait est loin d’être constant, du moins à toutes les époques de la maladie. Nous avons vu la sécrétion du lait continuer, quoique moins abondante ; et quant aux lochies, nous nous sommes j assuré que souvent on se laissait tromper par les réponses des femmes , leur linge portant encore de larges taches qu’on ne pouvait attribuer qu’à cet écoulement.

Ce n’est pas à dire cependant que l’observation générale soit fausse. Si, à une

époque rapprochée du début de la maladie, on voit les sécrétions se supprimer plus ou moins notablement, il est ordinaire de voir se reproduire les locbies lorsque les symptômes commencent à s’amender ; il en est de même de la sécrétion laiteuse lorsque les femmes veulent allaiter.

Des symptômes généraux , ordinairement intenses, accompagnent les symptômes locaux. La chaleur de la peau s’élève notablement, et l’on observe une moiteur considérable, quelquefois des sueurs assez abondantes. Le pouls est large, plein, résistant et fréquent. Dans les cas que nous avons observés, il s est élevé a 110, 120 et 130 pulsations, au plus fort de la maladie. Les malades perdent complètement V appétit; la soif est ordinairement assez vive. La langue est blanche, souvent humide, parfois pâteuse. Les symptômes fébriles augmentent la nuit, et l’on observe assez souvent de l’agitation et un peu d’insomnie.

Telle est la métritc puerpérale à son état de simplicité ; s’il s’y joint une inflammation du péritoine voisin, des annexes de l’utérus, ou du tissu cellulaire des fosses iliaques, de nouveaux symptômes dus à ces complications viennent rendre l’état

plus grave (1). .

Gangrène. — Nous n’avons pas mentionné les suppurations plus ou moins éten-

(1) Voy. art. Péritonite aigue, t. IV, Maladies des tissus pêri-utêrins et aux

p. 325, et plus loin, t. V, les articles consacrés aux Tumeurs des fosses iliaques.

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