MÉTRITE PUERPÉRALE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
dues de la matrice, la gangrène superficielle ou profonde de cet organe, en un mot ces altérations qui font partie de la fièvre puerpérale. L’inflammation peut être -assez intense pour donner lieu à ces suppurations ou à cette gangrène, mais ces cas sont rares. Lorsqu’ils se présentent à l’observation, on reconnaît l’existence des lésions excessivement graves dont il s’agit, aux frissons irréguliers qui se produisent, à Y abattement des forces, à l’expression d 'anxiété de la face, à la décomposition des traits, aux sueurs froides , au ballonnement du ventre, au dévoiement, et en même temps à l’exaspération du mouvement fébrile, à la petitesse extrême du pouls coïncidant avec une augmentation notable de sa fréquence. La gangrène présente, en outre, comme caractère particulier, l’aspect sanieux des lochies, et l’odeur sui generis qu’elles exhalent. La mort survient presque toujours dans les cas de ce genre, qui méritent de nouveau d’être étudiés, afin de s’assurer qu’ils consistent uniquement dans la phlegmasie de l’utérus, et qu’ils 11e doivent pas être rattachés à la fièvre puerpérale (1).
Il n’est pas rare de voir un abcès de la fosse iliaque se produire dans le cours de la métrite puerpérale. AYilIemin et la plupart des médecins en ont cité des exemples.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est continue. Nous avons indiqué les exaspérations de la douleur qui ont lieu par moments ; mais ces espèces de coliques utérines ne changent rien à la marche. Dans quelques cas, on a vu des exacerbations plus marqquées qu’on pouvait rapporter à des imprudences (fatigues, écarts de régime) de la part des malades ; mais, le plus souvent, lorsque ces exacerbations se montrent d’une manière très-tranchée, c’est qu’il survient une complication, qui consiste ordinairement dans la suppuration d’une des annexes de l’utérus. Les exacerbations ne doivent donc pas être regardées comme appartenant à la métrite elle-même.
La durée de la métrite puerpérale simple est peu considérable dans la très-grande majorité des cas ; dans tous ceux que nous avons observés, les symptômes ont commencé a s’amender au bout de quatre ou cinq jours ; et l’amélioration a marché ensuite avec la plus grande rapidité. Lorsque l’affection est de longue durée, c’est I presque toujours parce qu’il est survenu une complication, ou que les malades ont commis les imprudences déjà signalées.
C’est surtout quand il s’agit de la terminaison de la maladie qu’il faut avoir égard à la distinction établie. Autant, en effet, la métrite liée à la fièvre puerpérale est grave et fréquemment mortelle, autant celle dont nous nous occupons ici se termine facilement par la guérison. Rayer (2) a vu l’utérus rester volumineux pendant un ou deux mois, chez les femmes atteintes de métrite. Les cas de ce genre ■ sont rares; ils indiquent que la métrite est devenue chronique, ce que l’on reconnaît d’ailleurs à l’existence d’autres symptômes d’inflammation. Dès que ces symptômes se sont dissipés, l’utérus rentre rapidement dans la cavité du bassin, ce qui commence à avoir lieu, dans la très-grande majorité de ces cas, immédiatement après la cessation ou la diminution des symptômes aigus.
Il 11’est pas impossible que la maladie se termine par la mort; mais alors on
(1) Tome Ier.
(2) Rayer, Journ. des confia iss. mêdico-chirurg . , mai 184G.
MALADIES DES FEMMES
trouve presque toujours, à l’autopsie, des complications graves (abcès, péritonite)® qui viennent rendre compte de celle terminaison funeste.
§ V. — Lésions anatomiques.
Les lésions anatomiques propres à la métrite dont nous nous occupons consistent dans une augmentation de volume ordinairement très-considérable de l’utérus; dans la rougeur, la friabilité, la mollesse parfois extrême de son tissu. Quelquefois, en le pressant entre les doigts, on le réduit à une consistance pulpeuse. Il n’est pas rare, néanmoins, de trouver le tissu pâle et conservant une assez grande cohésion ; mais il faut, dans ces cas, prendre garde de confondre la métrite avec la fièvre puerpérale, dont la distinction est si importante.
On a trouvé dans l’intérieur de la matrice des fragments de placenta décomposés, des caillots plus ou moins organisés. Quant aux foyers purulents, à la gangrène de la surface interne de l’utérus, aux gangrènes partielles de scs parois, presque toujours il se montrent dans des cas de fièvre puerpérale.
La métrite puerpérale ne diffère de la métrite simple que par la violence de ses symptômes et la profondeur ainsi que la plus grande étendue de ses lésions.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
On ne saurait confondre avec aucune autre maladie une métrite survenant quelques jours après l’accouchement, commençant par des douleurs fixes dans l'hypo- ( gastre, s’accompagnant promptement d’un gonflement de l’utérus, qui est facile- S ment apprécié par la palpation, à l’aide de laquelle on constate en même temps une i vive sensibilité à la pression. La tumeur formée par la vessie distendue, ressemble | à celle que produit le gonflement inflammatoire de l’utérus, mais elle est moins I dure, moins douloureuse, et le cathétérisme, s’il en était besoin, lèverait tous les doutes.
Lorsque la maladie survient presque immédiatement après l’accouchement, ce qu’on observe quelquefois, et surtout lorsque le mouvement fébrile précède les symptômes locaux ou se montre avec quelque intensité dès leur début, on peut .craindre l’invasion d’une fièvre puerpérale ; mais la marche delà maladie, et sa circonscription évidente au bout de peu de temps dans la matrice, viennent fixer le diagnostic.
§ VII. — Traitement.
Nous avons vu constamment celle métrite céder eu cinq, six ou huit jours au traitement antiphlogistique et à l’emploi de Y opium à dose modérée.
On pratique une ou plusieurs saignées générales, en ayant égard à la force des malades et aussi aux pertes de sang qu’elles ont pu déjà éprouver, car celte métrite peut se développer chez des femmes déjà rendues presque exsangues par des hémorrhagies durant l’accouchement. Puis on applique quinze, vingt ou vingtcinq sangsues à plusieurs reprises, s’il est nécessaire. Le point sur lequel se fait ordinairement cette application est l’hypogastre. Parfois, après que les symptômes graves se sont dissipés, il reste encore un gonflement douloureux de l’utérus qui peut persister pendant plusieurs jours. Dans deux cas, nous avons vu, après deux ou trois jours d’attente, pendant lesquels l’amélioration de l’état local semblait s’être