DU CERVEAU ET DE L’ORBITE
La physiologie expérimentale et pathologique démontre que les tubercules quadrijumeaux, la couche corticale des courbes optiques (Gratiolet), les corps genouillés interne et externe, et les nerfs optiques dans toute leur étendue, ne peuvent être altérés sans que la vision ne soit compromise. Il est dès lors facile de comprendre que les diverses maladies de l’encéphale, de ses enveloppes et de la boîte crânienne, les congestions, les inflammations, les hémorrhagies, les tumeurs, doivent être, dans maintes circonstances, des causes (l’amaurose, soit qu’elles compriment et désorganisent les origines du nerf optique, soit que les troubles circulatoires dont elles sont le siège se commuiquent aux vaisseaux nourriciers du nerf
(I) J. Sichel, Iconographie ophtalmologique, pl. LVI, fig. 1 et 2 ; pl. LV, fig. 1.
• (2) Sous (de Bordeaux), Ann. d'oculistique. Bruxelles, 1865, t. LIII.
(3) R. Virchow, Arch. fiir patholog. Anatomie. Berlin, t. IX, p. 307, et t. X, p. 179.
{U) R. Liebreich, Atlas d’ophthalmoscopie, Paris, 1863, pl. VIII.
MALADIES DES VEUX
optique. L’artère centrale tire son origine de l’artère carotide, et ne fournit aucun capillaire au nerf optique; celui-ci reçoit ses vaisseaux des artères cérébrales ellesmêmes (1 ). Il en résulte que ses altérations peuvent être jusqu’à un certain point isolées de celles de la rétine, quoiqu’elles finissent toujours par leur être associées. C’est en se basant sur les conditions de l’association intime du nerf optique et du cerveau, que, dans ces derniers temps, quelques médecins, et Bouchut entre autres, ont cru qu’il était possible par l’inspection de la papille, de lire, pour ainsi dire’, dans le ceiveau lui-même, et de reconnaître les phénomènes pathologiques qui s’y passent. 11 y a sans doute beaucoup d’exagération dans cette manière devoir. Cependant elle a du vrai, et il est certainement utile de connaître les modifications de la pupille pour se rendre un compte exact de certaines variétés d’amauroses inexplicables par une lésion des membranes de l’œil.
§ I. — Division.
Les maladies du nerf optique sont : 1° des conyestions et des inflammations; '2° des vices de nutrition dont le dernier terme est l 'atrophie; 3° des tumeurs diverses qui n’ont d’importance qu’au double point de vue de l’étiologie de l’amaurose et de l'anatomie pathologique.
§ II. — Causes.
Que le nerf optique puisse être primitivement malade, cela est probable, mais ce n’est pas le cas ordinaire ; le plus souvent, ses altérations sont secondaires à une maladie du cerveau ou à une tumeur développée dans la cavité de l’orbite, et dans une région voisine de celle-ci. Les observations de congestions simples du cerveau s’accompagnant d’une hypérémie de la papille et de la rétine ont été rarement observées , parce que dans ces circonstances l’examen ophthalmoscopique est presque toujours difficile. Dans les fièvres continues, le choléra, les attaques convulsives de l’hystérie, il n’v a pas de doute que le cerveau ne soit hypérémie et que la congestion ne s’étende jusqu’au nerf optique. L’hémorrhagie du cerveau est rarement suivie de l’altération de la vue, parce qu’elle siège ordinairement sur des points éloignés des centres nerveux optiques. Néanmoins Schauenbcrg (2), Galezowski, Desmarres (3), etc., ont rapporté des faits qui prouvent que l’hémorrhagie cérébrale imminente ou confirmée détermine de la congestion de la papille. Bouchut (4) a insisté sur l’inflammation de la papille optique comme conséquence et comme symptôme de la méningite ; ses observations ont été confirmées par d’autres observateurs, mais avec des restrictions : ainsi ce symptôme n’est pas constant, et pour qu’il existe, il faut que l’inflammation soit localisée à la base, au niveau du chiasma des nerfs optiques. Dans la paralysie générale, dans l’ataxie locomotrice, les mêmes phénomènes de congestion, puis d’atrophie de la papille, s’observent quelquefois, mais sont loin d’être constants. Les maladies de la protubérance sont de toutes les affections du cerveau celles qui déterminent
(1) Galezowski, Étude sur les altérations du nerf optique et sur les maladies cérébrales dont elles dépendent , Ihèse de doctorat. Paris, 1866, p. 33.
(2) Schauenberg, Deutsche Klinik , 1854, p. 102.
(3) Desmarres, Maladies des yeux., t. III, p. 513.
(A) Bouchut, De l'examen ophthalmoscopique comme élément de diagnostic dans certaines a /factions de l'organisme , et en particulier dans tes cas de tumeurs de l'encéphale ( Gazette des hôpitaux, 1861, p. 73).