MALADIES DU NERF OPTIQUE. — TRAITEMENT
U!1 glaucome (voy. p. 849), lout au plus pourrait-on croire à une altération de la vue dépendant d’une maladie intra-oculaire. Ce que nous avons dit des signes ophthalmoscopiques des affections de la choroïde et de la rétine servira a lever la plupart des dillicultés, mais une erreur qu’il faudrait se garder de commettre serait celle qui consisterait à croire à une atrophie de la papille, alors que celle-ci serait tout à fait saine. Il faut en effet se souvenir qu’il existe des papilles qui, à l’étal normal, ont un reflet particulier pouvant en imposer pour une atrophie. L’exploration de l’acuité et du champ de la vision, et l’investigation minutieuse de toutes les parties de l’œil devront toujours être faites avant de porter un diagnostic certain. La recherche des phosphènes sera de quelque utilité pour les cas difficiles.
Pronostic. — La gravité du pronostic ressort des considérations qui précèdent, elle est également indiquée par les hésitations et les incertitudes d’une thérapeutique plus compliquée qu’efficace.
§ VI. — Traitement.
Trois conditions principales sont à remplir dans l’application du traitement aux maladies du nerf optique d’origine extra-oculaire: 1° combattre la maladie du cer- ' veau, extirper, quand cela est possible, et faire résoudre les tumeurs qui compriment le nerf optique ; 2° diminuer l’intensité des poussées congestives vers le globe oculaire dans les premières périodes des troubles de la vision ; 3° essayer de faire disparaître les altérations secondaires et spécialement l’atrophie du nerf optique.
Maladie cérébrale. — Lorsque l’affection du cerveau s’annonce par des douleurs de tête et des symptômes de congestion, les saignées générales et les émissions sanguines locales devront être appliquées dans la mesuré des forces du mal ade ( et de l’intensité de la congestion cérébrale.
Si l’on a lieu de supposer que le malade est en puissance d’une o/fcction syphilitique, le traitement antisyphilitique sera administré sous toutes ses formes et avec ! persistance; les mercuriaux et les iodiques en constitueront la base. (Voy. tome I, article Syphilis).
Ricord s’est bien trouvé d’une préparation dans laquelle entrent ces deux sub- ■ stances :
, Iodure de potassium 15 gram. Sirop de gomme ou de salse-
Biiodure de mercure 15 centigr. pareille 500 gram.
On en donne une cuillerée à bouche matin et soir dans une décoction de feuilles de saponaire ou de douce-amère.
Deval (1) a vu les pilules de Sédillot triompher d’accidents amaurotiques graves cl de paralysie syphilitique des troisième et sixième paires.
Onguent mercuriel double. 3 gram.
Savon médicinal 2 gram.
Poudre de réglisse
1 gram.
Pour vingt-cinq pilules : on en prend une matin et soir, et une troisième au bout de cinq jours. Vers le quinzième jour du traitement le malade pourra en prendre quatre, deux le matin cet deux le soir.
La liqueur de Van Swieten à la dose d’une à deux cuillerées par jour, associée aux frictions mercurielles autour de l’orbite, ainsi que les autres préparations
(1) Deval, toc. cil., p. 13é.
iodées et mercurielles, ont donné quelques cas de guérison à Desmarres, Sichel, Gusco, Galezow-ki, Deval, Lagneau (1), de Graefe (2), etc.
Il sera bon d’insister sur l’usage de l’iodure de potassium à doses progressivement croissantes de 1 à lx grammes par jour, parce que l’amaurose syphilitique d’origine extra-orbitaire appartient à la syphilis tardive.
Lorsque les altérations de V ataxie locomotrice se sont propagées au nerf optique, il ne sera guère permis de compter sur la guérison. Cependant on pourra adminisrer à l’intérieur le nitrate d’argent. Cette substance a été recommandée par Graves (3) et Vulpian (h); on pourra également suivre la méthode de Trousseau (5) et ordonner la belladone à doses croissantes. (Vov. tome I, article Ataxie locomotrice.)
Altérations du nerf optique A leurs premières périodes. — Elles s’anilOU-
cent par l’hyperesthésie de la rétine, par de la photophobie et de la photopsie. Contre ces états, les sangsues derrière l’oreille, les sangsues autour de l’orbite, les révulsifs cutanés et intestinaux seront mis en usage. On fera sur les yeux des applications narcotiques : cataplasmes de feuilles de jusquiame, de persil cl de cerfeuil, ou bien des compresses imbibées de la solution suivante :
Tfi Acide hydrochlorique médicinal. 1 gram. | Eau distillée 150 gram.
Ou encore des frictions périorbitaires avec une pommade contenant :
Extrait d’aconit 2 gram. Extrait de jusquiame 4 gram.
Extrait de stramoinc 2 gram. Axonge 15 gram.
Mêlez (6).
De Graefe a préconisé les émissions sanguines à l’aide de la sangsue artificielle de Heurteloup : il l’applique le soir, au moment où le malade se couche, et recommande à ce dernier de rester au lit, dans une pièce sombre, tout le jour suivant, pour éviter les inconvénients de l’hypérémie des vaisseaux de l’œil qui suit la déplétion des vaisseaux de la tempe (7).
Atrophie «lu nerf optique (amaurose confirmée). — C est aux StilllulaUtS qu’il faudra désormais avoir recours. Les frictions sur les tempes avec l’éther sulfurique, l’huile de menthe, le baume de Fioraventi, l’exposition des yeux aux vapeurs ammoniacales, appartiennent à la pratique de tous les jours, mais sont d’une efficacité bien incertaine.
Gondret et Lisfranc attachaient une grande importance aux petits vésicatoires volants promenés autour de l’orbite; on pourra formuler la pommade de Gondret de la manière suivante :
if. Ammoniaque à 28° 12 gram. l Huile d’amaudes douces 2 gram.
Beurre de cacao 12 gram. |
(1) Lagneau, Maladies syphilitiques du système nerveux. Paris, 1859.
(‘2) Alb. de Graefe, Affections syphilitiques des yeux{Arch. génér. de méd 1859, 5' sérié, t. XIII, P- 347).
(3) Graves, Leçons de clinique médicale , traduction par Jaccoud.
(4) Charcot et Vulpian, Note sur le nitrate d'argent dans l’ataxie locomotrice progressive
{Bulletin de thérap., 1862). .
(5) Trousseau, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. m, ail.
Ataxie locomotrice.
(6) Émile Martin, Traité médical pratique des maladies des yeux. 1863, p. -96.
(7) Wecker, De la sangsue artificielle et de son emploi dans le traitement des maladies des yeux (. Bulletin de thérapeutique, 1862, t. LXII, p. 107).