TROUBLES DE L’ACCOMMODATION. — SYMPTÔMES ET MARCHE
Les causes de ce changement proviennent d’une densité plus grande du cristallin, lequel, moins compressible, devient incapable de changer de courbure pour s'adapter à la vision des objets rapprochés. On comprend aussi que le muscle ciliaire, s’affaiblissant avec l’àge, comprime moins énergiquement le cristallin et concourt, lui aussi, à la production de la presbytie. Ainsi, perte de l’élasticité du cristallin et affaiblissement du muscle ciliaire, telles sont les causes efficientes principales de la presbytie. Parmi les causes prédisposantes on a cité l’exercice trop prolongé de la vue, l’habitation des villes; mais parmi les causes prédisposantes la plus évidente est la vieillesse.
§ III. — Symptômes et marche.
Comme symptômes objectifs on a signalé l’aplatissement de la cornée, la diminution du volume de l’œil, et le rétrécissement de la pupille ; mais ces symptômes sont loin d’être constants et sont plutôt déduits de la théorie que de l’observation clinique.
Les symptômes physiologiques ont une importance beaucoup plus grande que les symptômes objectifs. Au fur et à mesure que la presbytie fait des progrès, le malade est obligé d’éloigner les objets de ses yeux pour les voir : lorsqu’il applique sa vue aux objets rapprochés, celle-ci se trouble, devient confuse et offre quelquesuns des caractères de l’amblvopie ; mais la vision des objets éloignés restant intacte dans la presbytie, tandis qu’elle est constamment trouble dans l’amblyopie, il est facile, par ce seul caractère, de distinguer les deux affections l’une de l’autre. La presbytie suit une marche progressive et presque régulière à partir de quarante ans ; cependant ses progrès s’arrêtent à un certain âge ; on rencontre même quelquefois des vieillards, qui, après avoir été presbytes, cessent de l’être, ce qui tient peut-être à l'accroissement de la densité du cristallin et même à un commencement de cataracte, comme le croit AYhite Cooper (1). Celte affection offre des particularités différentes, selon qu’elle se développe sur des yeux emmétropes, myopes ou hypermétropes. Chez les emmétropes, le seul inconvénient qui se produit consiste dans l’obligation où se trouve le malade d’éloigner le livre de ses yeux pour en faire la lecture. Chez le myope, la vue semble s’améliorer, puisque le point le plus rapproché de la vue distincte s’éloigne et qu’il devient possible de lire à 12 pouces au lieu de 3 ou U, par exemple. Chez l’hypermétrope, les troubles fonctionnels sont plus graves que dans les deux états précédents, puisque l’hypermétrope n’a jamais la faculté sans l’intervention de l’accommodation, devoir les objets rapprochés ou éloignés. Dans aucun cas, la presbytie ne peut être considérée comme une modification avantageuse de la vue, puisque toujours elle diminue l’étendue de l’accommodation.
Nous avons dit que la presbytie commence au moment où le point le plus rapproché de la vue distincte dépasse 8 pouces. On déterminera donc son degré par le numéro du verre convexe qu’il sera nécessaire d’employer pour ramener à 8 pouces le point le plus rapproché de la vue distincte. Si l’on veut connaître la diminution de l’étendue de l’accommodation dans la presbytie, on pourra se servir des échelles typographiques : la distance qui séparera le point le plus éloigné et le
0) White Cooper, Association medical Journal , November 11, 1853, p. 996.
MALADIES DES YEUX
plus rapproché de la vue nette d’un petit numéro des échelles typographiques indiquera l’étendue de l’accommodation. Ou bien on se servira de l’appareil d’Albert de Graefe : il consiste en une tige graduée d’une longueur de 80 centimètres, sur laquelle on fait courir un cadre métallique traversé par des fils verticaux et placés a 1 millimètre les uns des autres. On applique l’extrémité de la tige sur le front du sujet et on la maintient horizontalement ; puis on fait courir le petit cadran sur cette tige et l’on note le point le plus rapproché et le point le plus éloigné où la vue des fils cesse d’être parfaitement nette. La distance qui les sépare donne la mesure de l’étendue de l’accommodation.
§ IV.— Diagnostic.
Il est, en général, facile de reconnaître la presbytie, par ce fait que, sans l’intervention des lunettes, la vision des objets éloignés reste nette, que les objets rapprochés peuvent être vus distinctement à travers la petite ouverture d’une carte percée, et qu 'enfin les verres biconvexes permettent de voir distinctement à courte distance. Mais comment distinguer la presbytie très-avancée de l’hypermétropie? On y parviendra en dilatant la pupille par la belladone. L’hypermétrope, qui ne peut voir sans l’intervention de l’accommodation, cessera de voir les objets éloignés, le numéro 20, par exemple, des échelles typographiques ; tandis que l’œil presbyte, s’il n’est pas compliqué d’hypermétropie, ne perdra pas la faculté de voir à distance. Quant à reconnaître la cause de la presbytie, les antécédents seuls pourront mettre sur la voie ; ainsi, la paralysie du muscle ciliaire a une marche rapide, tandis que la presbytie cristallinicnne a une évolution lente. Le fait seul de la luxation et de l’extraction du cristallin qui, en général, ne permet plus l’accommodation aux courtes distances, suffira pour distinguer les troubles qui résultent de la presbytie spontanée.
§ V. — Traitement.
La presbytie ne peut être corrigée que par l’usage des verres convexes. Mais on ne doit jamais les prendre trop forts au début, quitte à les changer plus tard lors que la presbytie fait des progrès. Si la presbytie est associée à la myopie, le malade sera obligé d’avoir deux paires de lunettes : une paire à verres concaves pour la vue des objets éloignés, l’autre à verres convexes pour les objets rapprochés.
Dans le choix des verres convexes, suivant la recommandation de Mackenzie (1), il faudra procéder à la lumière artificielle, car ceux qui suffisent à la lumière naturelle peuvent fort bien, le soir, ne plus remplir leur objet.
Pour déterminer le numéro du verre, il suffira, si le malade est très-presbyte, d’indiquer la distance en pouces à laquelle le malade désire lire. Le numéro du verre sera précisément indiqué par cette distance. Mais si le malade voit assez bien à quinze ou vingt pieds, et qu’il désire voir de plus près; on multipliera la distance en pouces à laquelle il voit distinctement par la distance en pouces a laquelle il veut lire; on divisera le produit des deux nombres par leur différence, et l’on aura le numéro du verre; le procédé est le même, par conséquent, que pour la détermination des verres concaves.
(1) Mackenzie, lue. cit., t. II, p. 647.
PARALYSIE Dû MUSCLE CILIAIRE.
CAUSES
Soit 20 pouces la distance à laquelle le malade voit les petits objets, et 12 pouces la distance à laquelle il désire les voir, on aura :
d’où
Le quotient 30 est la distance focale du verre cherché.
Les verres convexes, comme les verres concaves, ont été divisés en quatre groupes.
1er groupe. — Presbytie très-faible ... . nos 72, 00, 48, 30, 30, 24, 20, 18
2e groupe. — Presbytie faible n05 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10, 0
3e groupe. — Presbytie forte n03 8, 7, 6'-, 0, 5j 5, 4j, 4
4° groupe. — Presbytie très-forte .... nos 3j-, 3, 2*, 2'-, 2', 2
Les numéros 36, 30, 2 1\, 20 sont les plus usités.
ARTICLE II
TROUBLES DE LA VUE RÉSULTANT DES ANOMALIES FONCTIONNELLES DU MUSCLE CILIAIRE (ASTHÉNOPIE. KOPIOPIE).
On désignait autrefois par le mot asthénopie un trouble de la vision transitoire ou permanent que l’on rapportait à l’amaurose commençante. Mais il est démontré que la rétine n’est pour rien dans cette affection h moins de complications, et que l’ensemble un peu confus des symptômes attribués à l’asthénopie résulte du fonctionnement irrégulier du muscle ciliaire ou des muscles droits dont le concours est sinon indispensable, du moins toujours associé h l’action du muscle ciliaire dans l’acte de l’accommodation.
Les documents les plus importants sur cette question appartiennent à Schauenbourg (1), Albert de Graefe (2), Donders (3), Giraud-Teulon (h), Liebreich (5).
Pour mettre un peu d’ordre, dans une question assez obscure par elle-même et très-complexe, il faut nécessairement admettre plusieurs divisions : la paralysie du muscle ciliaire , le spasme du même muscle, le défaut de convergence des axes optiques , produisent des phénomènes différents les uns des autres, et qui demandent une description à part.