SURDITÉ NERVEUSE
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
[Les auteurs ont l’habitude de comparer la cophose à l’amaurose. Or, nous avons vu que cette dernière affection résultait, soit d’une lésion intra-oculaire, soit d’une i altération cérébrale, et que, exceptionnellement, elle pouvait être considérée comme un simple trouble fonctionnel. Malheureusement, les conditions qui donnent naissance à la surdité sont loin d’être aussi précises que celles qui produisent la perte de la vue; aussi dans l’état actuel de la science, est-il difficile de dire ce que l’on doit entendre par surdité nerveuse. Kramer définit la surdité nerveuse toute perte de l’ouïe qui n’offre pas de lésions appréciables après un examen complet de l’oreille externe, de l’oreille moyenne et de la trompe d’Eustache. Pour nous, la surdité nerveuse sera celle qui dépendra d’un simple trouble fonctionnel du nerf acoustique. Nous exclucrons donc de notre description la cophose symptomatique d’une altération matérielle de l’oreille ou du cerveau.
D’après les tableaux publiés par les médecins spécialistes, cette maladie serait très-fréquente ; mais peut-être les auteurs n’ont-ils pas eu le soin de faire la part exacte des surdités symptomatiques et des surdités essentielles: quoi qu’il en soit, Kramer (1), sur 2000 malades, compte 107A surdités nerveuses; Wilde (2), 2ftfi sur 2385 malades, et Triquet, A 6 sur 163 observations.
§ II. — Causes.
1° Causes prédisposantes. — L’hérédité, d’après Kramer, serait une des causes prédisposantes les plus incontestables; il estime que son inlluence s’exerce à peu près dans le tiers des cas ; il ne faut pas confondre l’hérédité avec la consanguinité; on sait, en effet, que les mariages entre consanguins ont été fortement accusés de produire la surdité, et surtout la surdi-mutité (3). Les sexes ne paraissent guère plus prédisposés l’un que l’autre à contracter cette affection; si l’on fait abstraction de la surdité de naissance, on trouvera certainement beaucoup plus de sourds chez les vieillards que chez les adultes. La presbytie, comme la surdité, semble en effet être le propre de la vieillesse.
Nous ne savons rien sur l'influence des tempéraments, mais il est certain que toutes les causes débilitantes agissent sur le système nerveux, en général, et sur le système auditif en particulier. La convalescence des maladies graves, les veilles prolongées, l’inquiétude et le chagrin sont autant de causes prédisposantes à la surdité qu’on ne saurait révoquer en doute.
2° Causes déterminantes. — Parmi les causes occasionnelles, il faut ranger toutes les affections cérébrales, les convulsions éclamptiques et hystériques, et l’impression brusque du froid. Kramer rapporte au froid la surdité nerveuse deux fois
(1) Kramer, Traité des maladies de l’oreille , p. 66.
(2) W. R. Wilde, Practical Observations on aurai Surgery.
(3) Roudin, Mémoire sur le danger des alliances consanguines (Comptes rendus de l' Académie des sciences , 1861). — Liebreich, De la prédisposition à lu rètinite pigmentaire chez les enfants, etc. (Arch. de médecine, 1862).
.MALADIES DE L’OItlilLLE.
sur dix; Triquet a également noté l'influence des abaissements de température sur la production de la cophose, et Bonnafont (1) en rapporte un exemple trèscurieux. On sait les connexions intimes qui relient l’organe de l’audition au nerf facial. Triquet a cité deux observations de surdité à la suite de paralysie rhumatismale de ce nerf.
Nous avons vu l’amaurose éclater à la suite d’une lésion éloignée du centre auditif. On rencontre également des surdités qui ont la même origine; ainsi la présence des vers lombricoïdes dans l’intestin a été observée deux fois avec surdité par Itard (2). Quelques faits semblables appartiennent à d’autres médecins (3).
§ HL — Symptômes et variétés.
Les médecins attristes ont divisé la surdité nerveuse en congestive et torpide , sthénique et asthénique; cette distinction n’a aucune importance, car une surdité qui commence par des douleurs de tête, des congestions cérébrales, en un mot par l’ensemble des symptômes qui indiquent la congestion et la pléthore, finit habituellement par un état tout opposé. Toutefois, au point de vue des indications thérapeutiques, il est peut-être bon d’admettre cette division, l’état général du sujet malade pouvant servir de base à la thérapeutique. La surdité nerveuse a un début brusque à la suite d’une attaque d’hystérie, de l’impression du froid; d’autres fois, i elle se développe lentement avec l’épuisement des forces dans la convalescence des maladies graves. Comme symptômes accessoires, on observe des douleurs dans les ; oreilles et des bourdonnements dont les malades veulent se débarrasser à tout prix, pensant qu’avec leur disparition l’ouïe recouvrira ses fonctions. Malheureusement, il est loin d’en être toujours ainsi; le plus souvent, le bourdonnement est un phénomène surajouté qui laisse subsister la cophose après sa guérison.
La surdité nerveuse a plusieurs degrés dont il faut tenir compte, car ils servent i de base au pronostic. Tout individu qui n’entend pas la montre (Bonnafont) ou le diapason appliqués sur le crâne doit être réputé incurable. Dans le cas contraire, il sera plus ou moins susceptible de guérison, car son nerf acoustique n’est plus complètement paralysé.
§ IV. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic devra se tirer des commémoratifs : toute surdité qui surviendra brusquement, sans lésions antérieures de l’oreille, sous l’influence du froid ou d’une émotion morale, qui succédera à une attaque d’hystérie et qui coïncidera avec la présence de vers dans l’intestin, pourra être considérée comme nerveuse. Interroger avec soin le conduit auditif externe, la membrane du tympan, explorer le fond de la gorge et s’assurer qu’il n’existe pas une de ces inflammations chroniques des amygdales, sur lesquelles Dupuytren et Robert (U) ont si fortement insisté. L’état de la trompe d’Eustache et de la caisse du tympan sera exploré avec soin à l’aide de sondes et d’injections d’air. Les troubles de la mémoire, les paralysies partielles et les douleurs de tête persistantes indiqueront une lésion cérébrale; mais
(1) Bonnafont, p. 565.
(2) Itard, Traité des maladies de l'oreille, t. il, p. 358 et 340.
(3) Davaine, Traité des entozoaires. 1860, p. 57.
(4) Robert, Bulletin de thérapeutique , 1843, t. XXV.