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MORSURE DES SERPENTS ET DE LA VIPÈRE

Les venins sont généralement définis des produits de sécrétion physiologique donnés à certains animaux comme moyen de défense ou d’attaque. Ces animaux possèdent des glandes ou glandules qui sécrètent l’humeur toxique et un organe spécial destiné à l’inoculer. Ces dispositions ne se rencontrent, parmi les mammifères, que chez l’ornilhorhynque. Aucun oiseau n’est muni d’appareil à venin; pendant longtemps on a professé qu’il en était de même chez les poissons, mais

DES INTOXICATIONS

dernièrement, le docteur Nadcaud a décrit un appareil toxique dont est munie une espèce de poisson qui fréquente les plages de Tahiti (1). Ce sont les reptiles qui offrent les espèces venimeuses les plus nombreuses et les plus redoutables. Les autres toxieozoaires appartiennent aux arachnides, aux myriapodes et aux hyménoptères.

Les ophidiens venimeux sont tous compris dans une même famille, celle des Vipéridées. Celle famille se partage en plusieurs groupes. Dans la tribu des Vipérins, nous signalerons les crotales, si renommés par l’activité de leur venin ; les trigonocéphales, les botfirops , et particulièrement le bothrops fer-de-lance, ou vipère jaune de la Martinique ; les 'vipères proprement dites, qui sont les plus redoutables des animaux venimeux de l’Europe. Dans la tribu des Najins, se trouve le naja ou aspic des anciens ; dans celle des Elapins, dont toutes les espèces sont étrangères à l’Europe, le serpent corail est le plus connu; enfin, les mers de l’Inde, de la Nouvelle-Hollande, ainsi que de l’Océanie, nourrissent plusieurs espèces venimeuses, qui forment la tribu des Hydrophins. Avant de nous occuper des accidents produits par la morsure du trigonocéphale et de la vipère* d’Europe, disons quelques mots du venin des Vipéridées en général.

Les analyses les plus récentes du venin de la vipère y ont fait reconnaître une matière colorante jaune, une substance soluble dans l’alcool, de l’albumine ou mucus, une matière grasse, divers sels, chlorures, sulfures, et ce qui constitue la partie essentiellement toxique, un principe spécial appartenant à la catégorie des alcaloïdes que le prince Louis Bonaparte a nommé échidnine ou vipétûne. Le venin des serpents, lorsqu’il est frais, a une consistance presque oléagineuse; celui de vipère est incolore, très-légèrement opalin et d’une couleur jaune pâle; celui des crotales est vert, et celui du fer-de-lance est transparent (Guyon) : il est inodore et sans saveur bien déterminée.

« Le venin des serpents, dit P. Gervais (2), diffère du virus en ce qu’il détruit ou altère l’organisation sans devenir le point de départ d’un nouveau travail histogénique; il n’a pas non plus les qualités du ferment, puisqu’il ne communique pas aux humeurs ou aux tissus qu’il a altérés ses propriétés spéciales; il agit proportionnellement à sa propre masse, mesurée comparativement avec celle de l’être lésé. Toutefois, une température un peu plus élevée précipite ses effets, et il opère plus promptement sur les animaux à sang chaud que sur ceux des autres classes. »

1° ACCIDENTS CAUSÉS PAR LA PIQURE DU BOTHROPS LANCÉOLÉ (FER-DE-LANCE, TRIGONOCÉPHALE JAUNE, VIPÈRE JAUNE DES ANTILLES).

A la Martinique, à Sainte-Lucie, le trigonocéphale fait sa demeure ordinaire dans les broussailles, dans les champs de canne. Il pénètre souvent dans les jardins', et jusque dans les cases des nègres, attiré par l’odeur des poules. Il voyage surtout la nuit pour chercher sa nourriture. Le fer-de-lance est naturellement timide; il fuit devant l’homme et ne l’attaque jamais. La blessure qu’il produit n’est pas une morsure, mais bien une piqûre. Par le redressement subit des courbures de son corps, il frappe de toute la masse de sa tête, comme d’un marteau, la

(1) Nadcaud, Plantes usuelles des Taïtiens, thèse de Montpellier, 1864, et Arc h. de méd. navale , t. III, p. 137.

(2) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale, t. I, p. 171.

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