ACCIDENTS CAUSÉS PAR LA PIQURE DU BOTHROPS LANCÉOLÉ. — MARCHE
partie qu’il veut atteindre. Les régions qui sont le plus souvent le siège de la piqûre de ce serpent, sont les membres inférieurs, puis les mains, les bras, enfin le tronc et la tête (Encognère) (1).
§ I. — Symptômes.
1° Symptômes locaux. — Au moment de la piqûre, le blessé éprouve une douleur aiguë, quelquefois si violente, qu’elle lui arrache des cris. Il peut se faire cependant que la douleur soit presque nulle, si le serpent est très-petit et si la piqûre est très-superficielle. Presque immédiatement, la région lésée est le siège d’un gonflement notable. Dès que la tuméfaction est développée, la partie piquée est comme engourdie, la température s’y abaisse, la sensibilité peut être tout à fait abolie. En même temps, les téguments qui avoisinent la piqûre deviennent livides, violacés.
2° Symptômes généraux. — L’action du venin peut ne se traduire que par ces phénomènes locaux, mais, le plus souvent, lorsqu’on n’a pu empêcher son absorption, au bout d’un temps qui varie de quelques minutes à une heure et plus, les blessés éprouvent un sentiment de faiblesse musculaire extrême, de l’anxiété précordiale, des défaillances accompagnées de nausées et de vomissements. Ces accidents peuvent s’arrêter là ou augmenter d’intensité; dans ce dernier cas, on voit survenir des troubles graves, qui indiquent une atteinte profonde portée à l’économie entière. Les idées s’embarrassent, les sens sont en partie abolis, la circulation et la respiration se ralentissent; enfin le coma termine la série. On ne peut s’empêcher de signaler une analogie frappante entre les accidents dus au venin des serpents et ceux produits par le curare. Si le malade ne succombe pas dès les premiers jours, de vastes abcès, suivis de suppuration interminable, se forment aux environs de la piqûre. Parfois aussi des portions considérables de tégument tombent en gangrène.
§ II. — Marche, durée, terminaison.
La mort peut arriver très-promptement; quelquefois elle a lieu en moins de six heures. Ordinairement, la durée des symptômes graves est de deux à trois jours. Quand la guérison doit avoir lieu, c’est vers le troisième ou le quatrième jour que le mieux se manifeste; des sueurs abondantes s’établissent, l’assoupissement diminue, la sécrétion de l’urine reparaît. Si la mort est le résultat des désordres produits par les phlegmons ou la gangrène, elle a lieu du quinzième au vingt-cinquième jour.
« Chez les malades qui guérissent, il n’est pas rare qu’il reste des trajets fistuleux, des nécroses, des ulcères, dont la guérison est interminable, ou des cicatrices et des déformations hideuses, ou des gonflements œdémateux éléphantiasiques (2). » Comme accidents consécutifs, on observe, d’après le docteur Encognère, des gangrènes partielles spontanées, des paralysies, des névroses diverses; des cas d’amaurose ont également été signalés.
(1) Encognère, Des accidents causés par la piqûre du serpent de la Martinique et de leur traitement, these de Montpellier, 1865.
(2) Rufz, Enquête sur te serpent. Saint-Pierre-Martinique, 1845 ; — Recherches sur les empoisonnements pratiqués par les nègres à la Martinique (. Annales d’hygiène, 1844 l. a a MJ, p, 382).
DES INTOXICATIONS
§ III. — Diagnostic, pronostic.
Diagnostic. — Ordinairement, le diagnostic n’offre pas de difficulté ; le plus souvent, le malade a vu le serpent qui l’a piqué. Parfois, on pourra retrouver les crochets du reptile engagés dans les plaies. Le nombre des piqûres (ordinairement deux), leur disposition, leur intervalle, l’ensemble et la marche des symptômes, mettront presque toujours facilement sur la voie, mais dans le cas où le jeune âge du blessé, l'état de sommeil et d’ivresse, ne lui ont pas permis de reconnaître l’origine de sa blessure, il serait possible, au premier abord, de confondre les piqûres superficielles du fer-de-lance avec les morsures faites par certaines arachnides, et surtout par les scolopendres. Le docteur Encognère a dressé le tableau suivant pour différencier ces deux sortes de blessures..