‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 326 sur 494 · MORSURE DES ARACHNIDES ET DES INSECTES VENIMEUX · texte numérisé non relu

MORSURE DES ARACHNIDES ET DES INSECTES VENIMEUX

1° Les arachnides comprennent de nombreuses espèces douées de propriétés venimeuses plus ou moins actives. En première ligne, nous parlerons de la morsure des scorpions, dont la piqûre, dans l’échelle de gravité, peut être placée immédiatement après les blessures toxiques produites par les vipères. L’instrument redoutable des scorpions occupe le dernier article de la queue; il se compose d’un rendement et d un dard. Leur venin est blanc et visqueux, il ressemble à une solution de gomme ; suivant E. Blanchard, il tient en suspension des granules irréguliers; il est fortement acide, sa présence dans les tissus cause une vive douleur et il agirait énergiquement sur les animaux à sang froid comme sur les verlébiés, ce qui n a pas lieu pour le venin des serpents. Les espèces d’Europe ne produisent sur 1 homme que des accidents de peu de gravité; mais la piqûre du grand

DES INTOXICATIONS

scorpion du nord de l'Afrique [Andronectus funestus) peut déterminer la mort. Guyon (1) a rassemblé 11 cas suivis de décès : sur ce nombre il yavait l\ hommes dont 3 adolescents, h jeunes femmes et 3 enfants du sexe masculin. Les enfants, h raison sans doute de leur taille plus petite que celle des adultes, et sans doute aussi à raison de leur sensibilité plus grande que celle des derniers, sont ceux qui offrent de plus de cas de mort, et après eux viennent les femmes, qui s’en rapprochent généralement sous ces deux rapports. Parmi les adultes, ceux qui offrent le plus de cas de mort sont ceux qui ont été piqués à la tête; la mort peut alors être considérée comme due, non pas tant à une action générale du venin qu’à une extension au cerveau de la tuméfaction et de l’inflammation locale, à laquelle la piqûre donne généralement lieu (Guyon).

Les grandes espèces de scorpions des contrées tropicales sont également dangereuses, et l’on peut conclure que la piqûre de ces arachnides est d’autant plus redoutable que ces animaux sont plus grands, plus âgés, et qu'ils habitent un climat plus chaud.

Les symptômes consistent dans une douleur locale fort vive, un gonflement oedémateux de la région piquée; puis viennent les vomissements, les accidents nerveux, la fièvre souvent accompagnée de délire et d’accidents ataxiques et adynamiques.

Jusqu’à ce que nous soyons éclairés sur la nature spéciale de l’action du venin du scorpion et des arachnides en général, nous ne pouvons que recommander de mettre en usage le même traitement que pour les morsures de serpent. On pourrait cependant, au lieu de la cautérisation de la plaie par le fer rouge, se borner à l’emploi de la solution concentrée de perchlorure de fer, en applications topiques, et à l’administration, à l’intérieur, de 15 à 20 gouttes de cette solution dans un verre d’eau.

Les araignées ont pour appareil du venin deux antennes, pinces ou chélicères, munies de glandes situées à leur base. Plusieurs espèces des contrées méridionales de l’Europe peuvent déterminer, seulement chez les enfants et les femmes, d’abord une douleur locale plus ou moins vive, puis un gonflement, quelquefois même une phlyctène. Rarement des symptômes généraux surviennent. On a signalé comme particulièrement venimeuses les malmignattes , les tarentules ( Lycuse , lat. ). A part l’intensité des accidents que nous venons d’énumérer, le venin des tarentules ne produit rien de particulier qui puisse légitimer les fables qui se sont accréditées même parmi les auteurs les plus sérieux.

Dans les contrées intertropicales, certaines espèces sont regardées comme trèsfunestes ; nous citerons : Yaraignée orange (2) ( Latrodectus malmignatus) de Curaçao, la Ménovoude de Madagascar, une espèce de micrommate de la Nouvelle- Calédonie, etc.

Le traitement est naturellement le même que celui de la piqûre du scorpion.

2° Les scolopendres (vulg. mille-pieds ou cent-pieds ), de l’ordre de§ Myriapodes et de la famille des C/iilopodes, ont pour appareil à venin une paire de piedsmâchoires [forcipules). La glande vénéneuse est logée à leur base; les forcipulcs

(1) Guyon, Comptes rendus de l’Académie des sciences , séance du 2G septembre 18G4.

(2) Voy. Archives de médecine navale, t. II, p. 507.

INTOXICATIONS PAR L’IXOUüLATION DE VIRUS ANIMAUX.

: sont terminées par un crochet mobile, très-fort et très-pointu, percé, à son extrémité, d’un petit orifice. Comme les araignées, les scolopendres produisent deux piqûres latérales et versent dans chacune une gouttelette de venin. Les piqûres des cent-pieds de nos contrées ne sont pas dangereuses ; mais celles des grandes espèces, telles que la Scolopendra morsitans (Antilles, Guinée), amènent un gonflement érysipélateux avec un vif sentiment de brûlure, et des accidents généraux plus ou moins intenses, suivant l’àge et le degré de sensibilité des individus.

Dans le cas de morsure de cent-pieds, on aura recours aux mêmes moyens que pour la piqûre du scorpion. On insistera sur les boissons diaphoniques et antispasmodiques, si les accidents généraux se déclarent.

3° Les hyménoptères venimeux sont les abeilles, les bourdons, les guêpes. L’appareil venimeux se compose de glandes et d’un aiguillon. La nature du venin de ces insectes n’est pas plus connue que celle du venin de la scolopendre; on sait seulement qu’à l’air il se coagule promptement, qu’il a une saveur styptique, et qu’il ne rougit ni ne verdit les couleurs bleues végétales. Les accidents de la piqûre des hyménoptères se réduisent à une douleur très-aiguë, mais passagère; parfois, outre le gonflement papuleux qui se montre à l’endroit piqué, des érysipèles, des phlegmons, peuvent survenir. Ces accidents apparaissent surtout si les piqûres sont nombreuses et si l’aiguillon est demeuré dans la blessure. On a cité des cas de mort chez des enfants à la suite de piqûres très-multipliées : si l’insecte a été avalé, en buvant, le gonflement que le venin détermine dans le pharynx peut amener des accidents de suffocation très-graves.

Le traitement consiste à rechercher la présence de l’aiguillon et à l’extraire s’il est resté dans la petite plaie, en ayant soin de ne pas comprimer la vésicule : il faut l’extirper avec une aiguille. On fera localement des applications d’eau fraîche, d’eau ammoniacale, de Uniment oléo-calcaire, mais surtout de solution de perchlorure de fer.

h° Les cousins, les moustiques, qui appartiennent à l’ordre des diptères, deviennent, à certaines époques, dans les localités humides et surtout dans les contrées chaudes, un véritable fléau pour l’homme. Les piqûres qu’ils produisent, à l’aide de leur appareil buccal venimeux, sont extrêmement douloureuses. La papule qui en résulte est le siège d’une cuisson insupportable qui excite à gratter. L’excoriation qui en est la conséquence devient parfois, dans les pays chauds, le point de départ d’ulcérations très-rebelles. Nous ne pouvons que renvoyer aux paragraphes précédents, pour ce qui concerne le traitement. ]

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