‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 328 sur 494 · MORVE FARCINEUSE AIGUE. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

MORVE FARCINEUSE AIGUE. — TRAITEMENT

gangréneuses, des pustules, des ulcérations, la destruction des tissus ; des lésions observées dans la bouche, des altérations . semblables sur l’épiglotte et dans le larynx ; des ecchymoses à la surface des poumons, des taches apoplectiformes, des tumeurs formées par une substance jaune lardacée, des abcès parenchymateux; autour de ces lésions, le tissu des poumons sain ou congestionné, ou ramolli ; quelquefois des ulcérations dans le gros intestin (Landouzy) ; fréquemment la congestion, le ramollissement, l’augmentation de volume de la rate.

I Burguières et Vigla ont plusieurs fois rencontré une inflammation manifeste de quel- , ques veines. Le sang est tantôt coagulé, tantôt fluide; dans un cas, Nonat et Bouley ont cru y rencontrer la présence de globules purulents; les ganglions lymphatiques, affectés pendant la vie, sont gonflés, mous et rougeâtres; quelquefois ils présentent des points purulents. Les autres lésions signalées n’ont rien de constant.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Les pustules, les bulles, le coryza particulier, l’érysipèle, les douleurs articulaires, suffisent pour faire distinguer cette maladie de la fièvre typhoïde.

Un érysipèle de la face , n’occupant d’abord qu’un seul côté, avec écoulement nasal plus ou moins abondant, pourrait en imposer pour un cas de morve aiguë* surtout si, comme chez un sujet que nous avons observé récemment, il y avait en même temps une violente angine et des symptômes fébriles intenses; mais l’absence des pustules, des bulles et des tubercules dans d’autres parties du corps que celle qui est occupée par l’érysipèle, et aussi l’absence des douleurs articulaires, des eschares gangréneuses, feront éviter l’erreur.

Les mêmes signes ont servi à Vigla pour distinguer de la maladie qui nous occupe, une phlébite de la face, avec inflammation de l’orbite et des fosses nasales. L’absence des éruptions cutanées et des lésions des fosses nasales ne permet pas de confondre la morve aiguë avec la résorption purulente. Quant aux autres maladies mentionnées par quelques auteurs, il n’est pas nécessaire de les examiner ici, car l’erreur est impossible.

Le pronostic est grave, puisque jusqu’à présent la maladie s’est presque toujours terminée par la mort.

§ VII. — Traitement.

On a mis tour à tour en usage, mais sans même procurer un soulagement aux malades, les vomitifs, les purgatifs, les sudorifiques, les toniques de toute espèce, les narcotiques, les antispasmodiques, et l’on a conseillé, sans plus de résultat, le sureau à haute dose ainsi que le sulfate de quinine à dose croissante. Dans le cas rapporté par Carnevale Arella, le traitement consista en cinq saignées en trois jours, en cataplasmes émollients autour du cou, en émollients huileux à l’intérieur et en quelques narcotiques. Dans le cas rapporté par Mackenzie, ce médecin prescrivit immédiatement 2 grammes d’ipécacuanha ; après le vomissement, 25 centigrammes, toutes les heures, de sesquicarbonate d’ammoniaque dissous dans le moins d’eau possible; gargarisme avec le chlorure de chaux; alimentation substantielle, eau vineuse, opiacés le soir. Le malade sortit de l’hôpital après dix jours de traitement.

[Nous avons encore si peu de faits qui peuvent éclairer sur le traitement de la

DLS INTOXICATIONS.

morve farcineuse qu’on doit recueillir avec soin tous ceux dont la connaissance peut jeter quelque jour sur cette question : c’est ce qu’a fait Boinet (1). Thomson (2) aurait guéri au bout de sept semaines un cheval atteint de morve, en lui faisant administrer, trois à quatre fois par jour dans de l’eau, 150 gouttes de forte teinture d’iode et jusqu’à 500 et 600 gouttes.

Le docteur Luedicke a publié, en 1862 (3), une observation recueillie en Prusse qui laisserait quelque espérance d’entraver le cours de l’affection morvofarineuse chez l’homme par un traitement à l’iodure de potassium.

En 1863, Payen aurait également obtenu un succès par le même traitement. Nous verrons, à l’occasion delà morve farcineuse chronique, que l’iode paraît, jusqu’à présent, offrir encore la ressource la moins précaire.

2° MORVE FARCINEUSE CHRONIQUE.

Il est rare que, dans la forme chronique, les lésions se montrent uniquement et primitivement dans les fosses nasales. Presque toujours la maladie envahit l’économie entière, et l’on s’accordait déjà à donner à cette forme le nom de morve farcineuse. ]

Nous empruntons à Ambroise Tardieu (6) la description suivante.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

La morve farcineuse chronique est une affection contagieuse caractérisée principalement par des ulcérations particulières des fosses nasales et des voies respiratoires des douleurs articulaires et musculaires, et des symptômes de cachexie. Cette maladie est rare chez l’homme.

§ II. — Causes.

La seule cause connue est la transmission de cette maladie des solipèdes à l’homme.

§ ni. — Symptômes.

Presque toujours, les symptômes et les altérations du côté des fosses nasales n’apparaissent qu’après un certain temps de phénomènes morbides généraux. Le malade, après avoir ressehti des malaises, de la fatigue, de l’affaiblissement, des douleurs très-vives dans les membres et les articulations, et quelquefois une pleurodynie excessivement pénible, est pris successivement et en même temps de toux et de mal de gorge, puis d’un enchifrènement très-gênant.

Symptômes de la maladie confirmée. — « Le mal de gorge ou la toux, dit Ambroise Tardieu, paraissent ordinairement avant la gêne des fosses nasales. Une] douleur se fait sentir dans la trachée , il y a comme étranglement ; la voix s’altère | et peut même s’éteindre. Ce symptôme disparaît du reste quelquefois après un i certain temps. La toux s’accompagne de dyspnée et d’une expectoration plus ou t moins abondante, qui manque souvent. Ces troubles des fonctions respiratoires ne :■

(1) Boincl, Iodothérapie, 2e édit. Paris, 1866, p. 1035 et suiv.

(2) Thomson, The Lancet. Londres.

(3) Luedicke, Journal des connaissances méd.-chir ., 2e partie, t. X, p. 102.

(4) Ambroise Tardieu, De la morve et. du farcin chronique chez l’homme. Paris, 1843.

Page 1