MORVE FARCINEUSE CHRONIQUE. — LÉSIONS ANATOMIQUES
sont pas toujours bornés ainsi : une véritable bronchite capillaire, une pneumonie même, peuvent survenir dans le cours de la morve chronique et donner lieu à des phénomènes réactionnels assez aigus. Le malade se plaint bientôt d un enchif rênement qu’il est facile de reconnaître à ses reniflements continuels; les narines semblent bouchées et donnent difficilement passage à l’air ; cette obstruction est souvent le seul signe qui existe; il est rare qu’il s’y joigne de la douleur ; pourtant quelques malades indiquent une douleur sourde et profonde à la racine du nez, entre les deux yeux, et qui s’étend jusque dans les sinus. Ils mouchent de temps en temps du sang qui vient par caillots ; quelquefois des croûtes qui se détachent difficilement, ou bien simplement un mucus puriforme grisâtre, dont la quantité peut aller jusqu’à constituer, dans des cas très-rares, un véritable jetage. Il se peut alors qu’en examinant les fosses nasales, on aperçoive quelques ulcérations dont on peut suivre le développement, ou qu’en introduisant un stylet on sente des inégalités ou même une perforation de la cloison. Dans la cavité buccale, le même examen peut faire reconnaître l’existence, soit à la voûte palatine, soit au fond du pharynx, d’ulcères qu’on peut seulement soupçonner dans le larynx et la trachée. L’auscultation et la percussion ne donnent pas toujours des signes bien positifs, alors même qu’il y a de la toux ; mais, dans le cas de bronchite et de pneumonie, ceux qu’elles fournissent ont toute leur valeur ordinaire. Il est extrêmement rare que l’on observe l’engorgement des ganglions sous-maxillaires; la peau n’est le siège d’aucune éruption, mais on a vu quelquefois des œdèmes survenir, surtout aux pieds et à la partie inférieure des jambes. » A ce cortège d’accidents spéciaux vient s’ajouter l’ensemble des symptômes généraux, tels que : douleurs articulaires et musculaires , diarrhée , nausées, fièvre avec frissons et retours irréguliers ; sueurs alternant avec la sécheresse de la peau, teint jaune et terreux, amaigrissement, épuisement, insomnie, tous les signes d’une cachexie profonde.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la morve farcineuse chronique est lente et continue ; la durée est de plusieurs mois; et la maladie peut même se prolonger plusieurs années (cinq ou six ans). La terminaison est la mort. Il n’existe qu’un seul cas peu concluant qui pourrait faire admettre la possibilité de la guérison; il est dû au docteur Elliolson. La mort survient ordinairement avec lenteur et dans le marasme; dans quelques cas, seulement, l’affection prend une marche aiguë promptement mortelle (Vigla, A. Tardieu).
§ V. — Lésions anatomiques.
Les lésions anatomiques principales sont le gonflement, l’épaississement considérable de la pituitaire; sa couleur violacée; des abcès sous-muqueux; des ulcérations profondes, quelquefois détruisant les cartilages et les os, et perforant la cloison ; des ulcérations semblables à la voûte palatine, à la base de la langue, dans le pharynx, dans le larynx, dans la trachée et même dans les bronches. Dans ces derniers points, les ulcérations sont ordinairement très -étendues. On trouve aussi dans la trachée des cicatrices irrégulières, bridées, déformant l’organe; quelquefois on voit les ganglions bronchiques gonflés et suppurés. Des ecchymoses, des points purulents, peuvent se montrer dans les poumons. Enfin, dans la morve farcineuse on voit dans différentes parties du corps, sous la peau, dans les muscles, Valleix, 5' cilit. V — 50
930 DES INTOXICATIONS
dans les ganglions, des abcès qui existent souvent avec carie et nécrose des os.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Nous ne connaissons guère que la syphilis constitutionnelle qui puisse être confondue avec la morve chronique. La forme des ulcérations à bords taillés à pic, la promptitude avec laquelle les os du nez sont détruits, la nature phagédénique des ulcérations pharyngiennes, la fétidité de l’écoulement purulent dans la syphilis, sont les principaux point sur lesquels s’établira le diagnostic, si d’autres circonstances, comme l’existence des syphilid.es et les renseignements, venaient à faire défaut. Le pronostic est grave.
§ VII. — Traitement.
On a conseillé contre la morve farcineuse chronique l’iode, l’iodurede potassium, le mercure, les eaux sulfureuses, les toniques; la cautérisation des ulcères, les injections iodées ou toniques dans les abcès; l’injection delà créosote dans les fosses nasales (2 gouttes pour 2 grammes d’eau), et par-dessus tout de bonnes conditions hygiéniques.
[Cazin prescrivit le traitement suivant dans un cas de farcin chronique (1) :
1° Friction sur tout le corps avec une llanelle imbibée d’eau de savon tiède et d’eau-de-vie camphrée, à parties égales.
2° Prendre chaque soir, deux des pilules ainsi composés : aloès, lx grammes; sulfate de quinine, le1', 50; extrait de jusquiame, 1 gramme; extrait de genièvre, 9 grammes; mêlez et divisez en 30 pilules.
3° Une cuiller à café le matin, à midi, et le soir, de la dissolution suivante ; iodure de potassium, 12 grammes; eau distillée, 180.
l\° Infusion de houblon, mêlé avec un peu de vin de Bordeaux, pour boisson.
5° Pansement des ulcères avec un plumasseau chargé d’onguent napolitain et frictions journalières avec le même onguent sur les parties tuméfiées. Lotions à chaque pansement avec de l’eau de Javelle étendue dans de l’eau tiède.
6° Régime analeptique proportionné à l’appétit et aux forces digestives. Bonne aération.
Le docteur Hippolyte Bourdon a publié l’observation d’un cas de morve farcineuse chronique, chez un jeune homme de vingt-cinq ans, qu’il aurait guéri par Y iodure de soufre (2).]
Extrait d’aconit. — Decaisne rapporte (3) dans les Archives de médecine belge , deux faits qui établissent l’utilité de l’extrait d’aconit administré h doses successivement croissantes de 5 décigr. h 75 centigr. L’alcoolatine serait préférable.
Hamoir [U) cite également deux observations dans lesquelles ce médicament a amené rapidement la guérison. C’est donc un moyen qu’il sera bon de soumettre h de nouvelles expériences dans ce cas.
Il esta peine nécessaire d’indiquer les précautions prophylactiques. Les principales sont de ne pas toucher les chevaux morvo-farcipeux si l’on porte des écor-
(1) Cazin, Bulletin de thérapeutique , t. LI, p. 38.
(2) tlipp- Bourdon, Morve farcineuse chronique terminée par la guérison ( Mémoires de r Académie impériale de médecine , Paris, 1861, t. XXV, p. 297).
(3) Decaisne, Union médicale, 25 r ovembre 1852.
(A) Hamoir, Deux cas de farcin chronique traités par l'extrait d’aconit ( Archives de med. milit. belge , et Union médicale , 10 février 1853).