‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 330 sur 494 · RAGE · texte numérisé non relu

RAGE

L’époque où la rage fit sa première apparition n’a pas été notée dans l’histoire. On pense que celte maladie n’était pas inconnue aux Grecs; mais le fait n’est pas très-certain. Depuis Cælius Aurelianus, il n’est pas de traité de pathologie qui ne lui ait consacré un article. Parmi les ouvrages les plus renommés dans les temps modernes, nous citerons celui d’Énaux et Chaussier (1), et parmi les plus intéressants documents, les rapports au comité consultatif d’hygiène publique sur les cas de rage observés en France pendant les années 1850 à 1858, 1859 à 1862 (2), ainsi que le très-important rapport que Boulev a lu à l’Académie de médecine au nom d’une commission dont il faisait partie avec Chevallier et Trébuchet (3).

§ I. — Définition, historique, fréquence.

La rage est une affection générale produite chez l’homme par l’inoculation d’un virus qui se développe spontanément chez certains animaux ; elle est caractérisée par un ensemble de symptômes nerveux spéciaux.

Cette affection a été indistinctement désignée, mais à tort, sous le nom d’ hydrophobie, hydrophobie rabique, attendu que l’aversion, l’horreur pour les liquides, n’est pas un phénomène constant de la rage, même confirmée, et que d’ailleurs l’horreur des liquides se présente chez l’homme malade dans des cas où il n’y a pas eu inoculation du virus rabique.

On lui a donné aussi les dénominations peu usitées de tétanos rabien, rabies canina, lyssa canina. D’après Boudin, pendant la période de 185'i h 1860, pour la France entière, la moyenne annuelle des décès amenés par la rage serait de cent soixante-deux (ù).

§ IL — Causes.

Une seule cause produit la rage: c’est l'introduction du virus rabique dans l'économie. Ce virus se développe chez les animaux des genres Canis et F élis, tels que le chien, le loup, le renard, le chat; ces animaux peuvent transmettre la rage à tous les autres.

[Sur un total de 319 cas de rage communiquée à l’homme (5), il a été reconnu que :

201 cas provenaient de la morsure du chien.

31 — du loup.

14 — du chat.

1 — du renard.

1 — de la vache.

11 non indiqués.

319 cas.

(1) finaux et Chaussier, Méthode de traiter la morsure des animaux et de la vinère Dijon, 1785. 1

(2) Ambroise Tardieu, Annales d'hygiène publique, 2e série, t. I, XIII et XV.

(3) Bouley, Bulletin de l'Académie impériale de médecine, et Annales d' huaiène 2e

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série,

(41 Boudin, Annales d'hygiène, 2e série, t. XXI, p. 200.

(5) Rapport sur l’enquête concernant les cas de rage observés en France pendant les années- 1859 à 1802, par le docteur A. Tardieu ( Annales d'hygiène, 2“ série, 1803 t. XX

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DLS INTOXICATIONS.

Ces chiffres démontrent que si la transmission de la rage par des animaux d’espèce chevaline, ovine ou bovine, est de beaucoup plus rare, elle n’est cependant pas impossible.]

La rage est due à un virus connu seulement par ses effets et qui réside dans la bave. Les autres liquides de l’économie ne paraissent pas susceptibles de trans- * mettre la maladie. Pour produire la rage, le virus doit être inoculé; les faits cités pour prouver que la maladie s’est communiquée par des embrassements, des attouchements, etc., ne sont pas concluants.

Putégnat, de Lunéville (1), a observé un cas de rage mortelle communiquée à un enfant par la morsure d’un chien qui n’était pas enragé, mais seulement furieux. On ne peut nier l’exactitude du fait; mais n’esl-ce pas là une des ces hydrophobies non rabiques causées par la frayeur, et dont nous avons cité ailleurs des exemples (2).

§ III. — Symptômes.

La rage est toujours identique avec elle-même ; une certaine variabilité dans les principaux symptômes ne sufliL pas pour autoriser les divisions qu’on a proposées.

Incubation. — [« L’un des points que l’enquête sur la rage, dit A. Tardieu (3), aura le plus utilement et le plus sûrement fixé, c’est, sans contredit, l’exacte durée de l’incubation de cette maladie, que les théories anciennes fondées sur des erreurs ou sur des faits mal observés, tendaient à représenter comme éternellement menaçante pour les malheureux qu’y aurait exposés, à une époque quelconque de leur vie, une morsure supposée virulente. Les 77 cas dans lesquels, pour les quatre dernières années (1859-1862) la mention de la durée de l’incubation a été faite, s’ajoutant aux 167 cas précédemment résumés à ce point de vue, nous fournissent 226 cas dans lesquels la durée de l’incubation est exactement fixée.

A moins de 1 mois 4 0 cas.

De 1 à 3 mois 143

De 3 à 6 mois 30

De 6 à 1 2 mois Il

224 cas.

Déjà il avait été remarqué combien cette durée paraît cire abaissée chez les trèsjeunes enfants. De nouveaux exemples fournis par l’enquête des quatre dernières années, sont venus confirmer pleinement cette donnée intéressante et neuve. En effet :

Chez huit enfants de 2 à 13 ans, l'incubation a duré.

Chez un enfant de 3 ans à 3 ans et demi

Chez un enfant de 11 ans et demi

Chez deux enfants de 3 et 11 ans et demi

Chez un enfant de 13 ans . . .

Chez un enfant de 5 ans

Chez un enfant de 11 ans et demi

Chez un enfant de 2 ans et demi

13 jours.

Ce n’est pas là, sans aucun doute, une loi absolue, car nous avons noté d’autres

(1) Putégnat (de Lunéville), Journal de tnéd. de Bruxelles , et Journal des conn. mèd. dur., mars 1845.

(2) Voyez article Hydrophoiue.

(3) Tardieu, Rapport cité , p. 457.

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