H AGE
SYMPTÔMES
i cas, où chez des enfants de deux à trois ans, l’incubation a été de trente, quarante jours et plus. Mais il y a certainement dans le fait que nous avons relevé une particularité qu’il n’est pas permis de considérer comme insignifiante et qui éclaire certainement un point de l’histoire pathogénique de la rage. »]
Pi'odromes. — On a signalé parmi les prodromes de la rage certains phénomènes qui se passent du côté de la morsure, tels que des picotements, des douleurs plus ou moins vives, et quelquefois même l’ouverture de la cicatrice, ou simplement la tuméfaction de ses bords. Ces assertions ne sont pas dénuées de tout fondement; mais les phénomènes qui viennent d’être indiqués n’ont lieu que dans la minorité des cas.
Les prodromes qui se manifestent le plus souvent sont : l’inquiétude, la tristesse, la céphalalgie, une agitation plus ou moins grande, des secousses spasmodiques, quelques pandiculations et des frissonnements ; parfois des nausées, des vomissements, de la constipation.
Symptômes de la maladie, confirmée. — Un des principaux symptômes de cette période est {'horreur des liquides :dès qu’on en présente un au malade, il éprouve une anxiété extrême, un sentiment de constriclion à la gorge et de suffocation ; s’il parvient à surmonter assez cette aversion pour boire quelques gouttes, dès qu’elles parviennent au pharynx, la constriclion de la gorge devient extrême, la suffocation augmente, la face exprime la terreur, le malade repousse ou jette le vase, et tombe souvent en convulsions; la même chose arrive, quoiqu’on ait caché au malade la vue du liquide.
Dans un certain nombre de cas, l’horreur des liquides est complète , c’est-à-dire que les malades ne peuvent boire d’aucun liquide, quel qu’il soit; d’autres fois elle est incomplète , et alors le malade peut boire, soit du vin, soit du bouillon, soit de la bière, etc. ; l’eau inspire toujours de l’horreur, à moins qu’on ne la donne d’une manière particulière, comme en l’exprimant avec une mie de pain dans la bouche, et c’est seulement dans quelques cas particuliers.
La vue est péniblement affectée par les corps brillants; l’aspect d’un miroir, d’un verre, d’un corps métallique, suffit pour causer aux malades une grande anxiété et un sentiment d’effroi; une vive lumière n’est pas supportée. Les autres sens ne sont pas moins troublés : ainsi un bruit subit et inattendu occasionne des convulsions ; le contact des corps métalliques, un simple courant d’air, l’agitation que produit une personne en passant auprès du lit, suffisent pour produire le même effet.
Il y a en même temps une grande exaltation chez les malades; ils sont animés, ont la parole brusque, les idées incohérentes ; un grand nombre ont du délire et des hallucinations. Chez quelques-uns le délire est furieux, et ce sont ceux-là qui mordent ou qui cherchent à mordre; mais cela n’a lieu que dans la minorité des cas, contrairement aux idées vulgaires; il est au contraire un certain nombre de sujets qui sont extrêmement affectueux et qui parlent sans cesse avec attendrissement; en un mot, le délire est très-variable. Chez certains hommes on a vu se déclarer le satyriasis, et chez certaines femmes la nymphomanie.
Vers le deuxième ou le troisième jour de la maladie, la constriclion pharyngienne devient plus forte, et alors on voit se produire ces phénomènes d’ expuition convulsive , qui donnent une physionomie si particulière à la maladie. A chaque instant les malades, comme s’ils sentaient un obstacle dans le pharynx, rejettent,
par des efforts violents, une salive, une bave écumeuse, qu’ils envoient quelquefois fort loin ; c’est ce qu’on a appelé la bave rabique. Ce n’est que dans le délire que les malades cherchent h cracher sur les personnes qui les entourent.
D’après quelques auteurs, on trouve à la face inférieure de la langue quelques vésicules auxquelles on a donné le nom de h/ss^s. Suivant Magistel (1), elles ont la forme et la grosseur d’une lentille et une couleur d’un blanc brunâtre. i\Iarochelti les a vues apparaître du troisième au neuvième jour. Les autres médecins qui ont observé soit sur l’homme, soit sur les animaux, n’ont rien vu de semblable, en sorte que l’existence de cette lésion est très-douteuse.
A cette époque, la respiration s’embarrasse de plus en plus; il y a une constriction pénible et douloureuse dans l’épigastre et dans la poitrine; plusieurs malades ont du hoquet, tous une soif très-vive, l' appétit complètement perdu, de la constipation; le regard est fixe et hagard, les pupilles sont dilatées ; c’est alors surtout que surviennent les accès convulsifs auxquels on a donné le nom d’accès rabiques.
Accès rabiques. — A des intervalles plus ou moins éloignés, soit spontanément, soit sous l’influence des causes énumérées plus haut (vue d’un liquide, courant d’air, bruit subit, etc.), un tremblement parcourt tout le corps; les muscles des membres, du tronc et de la face sont agités de mouvements saccadés ; quelquefois les convulsions sont semblables à celles du tétanos, et quelquefois aussi les malades acquièrent une force extraordinaire et brisent les liens avec lesquels on a dû les attacher. Ces accès sont courts et vont toujours en se rapprochant jusqu’à la fin de la maladie.
Les symptômes vont en augmentant ; l 'oppression devient extrême; le pouls est petit, serré et fréquent, et le malade succombe sans agonie par simple asphyxie, et dans un moment de calme, à peu près comme dans les cas d’œdème de la glotte.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est rapide et toujours croissante, les accès seulement sont plus ou moins forts chez les divers individus. La durée des symptômes auxquels on a donné le nom de prodromes, est de deux ou trois jours. [« Dans 236 cas, où la durée de la maladie a été exactement calculée depuis l’explosion des premiers symptômes jusqu’à la mort, on voit qu’elle a été de moins de (2) :
i jour, dans 2 cas.
A reporter. 199 cas.
Report. 199 cas.
6 jours, dans 29
236 cas.]
La terminaison a constamment lieu par la mort.
§ V. — Lésions anatomiques.
Malgré toutes les recherches que l’on a pu faire, on n’a trouvé aucune lésion anatomique propre à cette affection; un peu de congesiion des centres nerveux, due à l’asphyxie, l’emphysème des poumons, la rougeur des muqueuses, la stase
(1) Magistel, Mémoire sur P hydrophobie ( Archives générales de médecine, 1824).
(2 ' Rapport cité.
RAGE. — TRAITEMENT
du sang dans les vaisseaux, quelquefois un peu de gonflement des papilles de la base du pharynx et du larynx, telles sont les seules lésions signalées, lésions qui ne nous apprennent rien sur la nature de la maladie.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Ce n’est qu’avec V hydrophobie non rabique qu’on pourrait confondre la rage, nous ne reviendrons pas sur ce diagnostic (1). Mais nous croyons de la plus haute importance, au point de vue prophylactique, de résumer ici les signes à l’aide desquels il est possible de reconnaître de bonne heure la rage chez les animaux et particulièrement chez les chiens; non-seulement tout médecin, mais tout homme devrait les connaître, et ainsi, comme l’a fait ressortir avec tant déraison H Bouley, un grand nombre de malheurs pourraient être évités. Tout chien malade doit être, en principe, considéré comme suspect.
« On s’inquiétera d’un chien qui s’agite sans cesse et sans but apparent, dont l’appétit s’est perverti, dont l’aboiement s’est modifié, qui se montre caressant outre mesure pour son maître et exceptionnellement agressif pour les animaux de son espèce, qui reste muet sous la douleur des châtiments, etc. «
Le pronostic de la rage est toujours fatal.]
§ VII. — Traitement.
La multitude des remèdes populaires employés contre la rage n’a aucun fait concluant en leur faveur. C’est donc à l’expérimentation à découvrir le traitement curatif de cette maladie, si cette chose est possible.
Traitement préservatif. — [Nous empruntons ce qui concerne ce traitement à l’instruction rédigée par le Conseil d’hygiène public et publiée à la suite d’une ordonnance de police du 25 novembre 1851.
« Le seul moyen certain de prévenir les funestes effets des morsures d’un animal enragé est d’appliquer le fer rouge sur ces morsures. L’expérience prouve que cette application est d’autant plus efficace qu’elle suit de plus près l’accident. D’ailleurs elle est d’autant moins douloureuse que le fer est plus fortement chauffé.
» En conséquence, lorsqu’une personne a été mordue par un animal enragé supposé tel, il convient d’appliquer immédiatement et profondément sur les blessures un morceau de fer rougi à blanc.
» En attendant que le fer soit chauffé, on aura soin d 'exprimer les blessures afin d’en faire sortir la bave et le sang qui les imprègnent.
» On pourra même laver ces blessures avec de l’alcali volatil étendu d’eau, de l’eau de savon, de l’eau de chaux, de l’eau salée, et, à défaut de ces liquides, avec de l’eau pure.
» Dès que le fer sera prêt, on se hâtera d’essuyer les plaies et de les brûler profondément.
» L’emploi du fer rougi à blanc n’est pas seulement plus sûr que celui des diveis caustiques solides ou liquides, quels qu’ils soient, il cause aussi moins de douleur. On ne devra donc pas hésiter à y recourir de préférence à tout autre moyen. »
(1) Voyez article Hydrophobie.
DIS INTOXICATIONS
9 3 fi
I/acide sulfurique, le nitrate acide de mercure, enfin les caustiques puissants, peuvent être employés à défaut de fer rouge. Couturier (de Lyon) a rappelé en 1 86Ü un moyen bien connu, mais qui peut parfois trouver son emploi ; il consiste à saupoudrer la plaie vive de poudre à laquelle on met le feu.
A l’appui de l’efficacité de la cautérisation par le feu, nous rappellerons un nouvel et très-puissant exemple qui se trouve consigné dans un très-intéressant rapport du docteur Catelan (enquêtes de 1862). Dans les Hautes-Alpes, seize personnes et une ânesse sont mordues sans provocation par un chien reconnu enragé. Toutes les personnes furent cautérisées; quelques-unes immédiatement et par un médecin, d’autres itérativement avec le fer rouge ou les caustiques. Aucune cl' elles n'a été atteinte de rage. Mais l’ânesse, qui n’avait été l’objet d’aucun traitement et n’avait pas été cautérisée, devint enragée et mourut, comme pour confirmer à la fois la réalité de la contagion virulente et l’efficacité des cautérisations préventives] (1).
Rien ne peut remplacer les moyens que nous venons d’indiquer; c’est pourquoi nous n’insisterons ni sur la ligature des membres, ni sur les vésicatoires, les sétons, les cautères, ni sur les remèdes internes, comme les mercuriaux, les acides minéraux, la salive, etc., qui n’ont pas plus de valeur comme moyens préservatifs que comme moyens curatifs.
Quant aux nombreux prétendus spécifiques que la multiplicité des cas de rage a fait éclore dans ces dernières années, ce sont, comme l’a dit Bouchardat (2), « quelques opinions sans preuves, des formules appartenant à l’enfance de la pharmacologie, qui toutes ont été publiées, puis sont tombées dans l’oubli, et qui n’inspirent de la confiance que parce qu’on les emploie mystérieusement. <>
Ce médecin ajoute : « Si dans quelques cas, ces remèdes ont pu être utiles en relevant le moral des croyants, ils ont été nuisibles la plupart du temps, en retardant ou en empêchant l’usage de moyens rationnels. »
ARTICLE IIL