‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 332 sur 494 · PUSTULE MALIGNE OU INTOXICATION PAR LE VIRUS CHARBONNEUX · texte numérisé non relu

PUSTULE MALIGNE OU INTOXICATION PAR LE VIRUS CHARBONNEUX

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

[La pustule maligne (ail., Brandblatter ; angl., malignant pustule; il. et esp. , pustulu maligna) est une affection virulente qui, chez l’homme, résulte de l’inoculation directe ou indirecte de la maladie charbonneuse des mammifères ( fièvre charbonneuse du cheval, maladie de sang dans l’espèce bovine, sang de rate chez les bêtes à laine). Les maladies charbonneuses se développent d’emblée, par épidémie, chez les animaux. Elles sont caractérisées par des symptômes généraux d’intoxication, tantôt primitifs, tantôt consécutifs, localement par le développement de vésicules et d’œdèmes, bientôt accompagnés de plaques gangréneuses.

Chez l’homme, la pustule maligne est caractérisée par l’apparition sur la peau, sans autre sensation qu’un prurit plus ou moins vif, d’une vésicule qui se rompt,

(1) Ambroise Tardieu, Rapport sur l’enquête concernant les cas fie rage observés en France pendant les années 1859-1862 ( Annales d'hygiène, t. XX, 1863, p. 449).

(2) Bouchardat, Rapport sur divers remèdes proposés pour prévenir ou pour combattre la rage (Bulletin de l' Acad, deméd., Paris, 1852, t. XVIII, p. 6).

PUSTULE .MALIGNE. — CAUSES

-se convertit en une eschare bordée d’un anneau vésiculeux, qui repose sur une base dure plus ou moins étendue; puis ne tardent pas à survenir des accidents .généraux qui indiquent l’intoxication grave de l’économie.

On admet très-généralement que la pustule maligne, chez l’homme, reconnaît nuniquement pour cause l’inoculation par un moyen quelconque, du virus spécifique qui a pris spontanément naissance chez les animaux atteints de maladies charboni neuses. Il en résulte donc que toutes les professions qui exposent au contact des animaux et de leurs dépouilles après leur mort, que l’habitation près des étables ou (ides lieux qui servent de dépôt aux dépouilles d’animaux, doivent être considérées

t comme des causes prédisposantes.

La cause occasionnelle ordinaire, sinon constante, est l’introduction du virus c charbonneux dans l’économie à travers la peau ou les muqueuses externes ; cette introduction a lieu de plusieurs manières : soit par inoculation, soit par imbibition, ou simple contact. L’inoculation est le mode le plus fréquent. Toute affection i cutanée qui a détruit l’épiderme, toute excoriation peut donner accès au virus, i Quelquefois le mode d’introduction reste complètement ignoré, ce sont les cas de ce genre qui servent de point d’appui aux partisans de la thèse de la spontanéité de la pustule maligne.

On a accusé les diverses espèces de mouches qui attaquent les animaux ou se repaissent de leur cadavre, de transporter au loin le virus qu’elles ont puisé. Celte explication a été mise en doute; Th. Gallard et Meschinetont avancé que l’aiguillon des mouches est sans cesse nettoyé par les pattes de l’insecte. Nous ferons remarquer qu’il ne s’agit pas ici de l’aiguillon des animaux doués d’un appareil à venin spécial, mais bien de l’appareil buccal des diptères et entre autres de Vhippobosque du cheval, qui peut parfaitement servir de moyen de transport d’un virus des bestiaux à l’homme.

La pustule maligne, ainsi que l’ont démontré les observations de Raimbert, se communique de l’homme à l’homme (1). En passant par l’organisme humain, le virus charbonneux ne perd pas ces propriétés contagieuses h l’égard des autres animaux. L’inoculabililé est un des caractères essentiels de la vraie pustule. Suivant Salmon et Maunoury, toute pustule charbonneuse qui ne s’inocule pas de l’homme aux animaux ne doit pas porter le nom de pustule maligne.

La pustule maligne peut-elle naître spontanément chez l’homme comme chez les animaux? — Tous les travaux modernes ont admis la tradition dont le livre d’Énaux et de Chaussier (2) est le fondement. Quoi qu’en aient dit Bayle et Bidault, Roger, et plus récemment J. Bourgeois (d’Étampes) et Raimbert, on a adopté trèsgénéralement la théorie de l’inoculation. Dernièrement, la question de la spontanéité de la pustule maligne a été de nouveau soutenue par Devers et Gallard. Ces médecins ont recherché à la Benate s’il y avait eu, de 1820 à 1830, des pustules malignes en môme temps que des affections charbonneuses chez les animaux; ils ont trouvé qu’en même temps qu’il y avait eu de nombreuses affections charbon-

(1) Raimbert, Traité des maladies charbonneuses. 1859.

(2) Énaux et Chaussier, Traitement de la morsure des animaux, su ici d’un précis de la pustule maligne. 1785.

DES INTOXICATIONS

ncusfis chez les animaux, cinq pustules malignes seulement avaien t été observées chez 1 homme, tandis que de 1830 à 1863, il n'y avait eu aucune affection charbonneuse chez les animaux et qu’il y avait eu quinze pustules malignes chez l’homme; ils ont conclu de ces faits à la possibilité de la génération spontanée de la pustule maligne chez I homme. Le rapport, lu à l’Académie de médecine par Gosselin, au nom d une commission à laquelle les travaux de Devers et Gallard avaient été renvovés, a donné lieu à une discussion très-importante (1). La commission était d avis de s en tenir à cette opinion : la spontanéité de la pustule maligne n’est pas impossible, mais e/le nécessite de nouvelles démonstrations La majorité des orateurs qui ont pris part à celte discussion a nié la spontanéité du développement de la pustule maligne.

La communication de la pustule maligne peut-elle s' opérer chez l'homme par l ingestion des viandes provenant d'animaux malades? — Gette question avait été, jusqu à ces derniers temps, résolue par la négative. Mais Davaine (2) a reconnu par des expériences que la maladie du sang de rate est transmissible par l’alimentation. La proportion des animaux qui ont contracté la maladie par ce mode de contagion, a été dans ces expériences de trois sur quatre. Il a suffi d’une très-petite quantité de foie, non putréfié, mais provenant d’animaux qui avaient succombé au sang de rate, pour tuer un cobaye ou un lapin. La connaissance de ce fait est d’une très-haute importance au point de vue de l 'hygiène publique. Aussi ne doit-on pas se départir des mesures prescrites à ce sujet par les comités d’hygiène. Les cadavres des animaux charbonneux doivent être enfouis, ils doivent l’être profondément, afin que les insectes ou les animaux rongeurs ne puissent favoriser la translation du virus.

Les matières putrides injectées, même en grande quantité, produisent la gangrène, mais ne produisent pas l’infection virulente.

On peut avoir plusieurs fois la pustule maligne , sans nier toutefois V immunité dont jouissent certains ouvriers vieillis impunément au milieu de la contagion.

Symptômes locaux. — Une tache signale le début, elle échappe au malade, et plus encore au médecin. Elle ressemble à une piqûre de puce, d’où le nom de puce maligne; elle s’élève peu au-dessus du niveau de la peau, sa couleur est violacée, une démangeaison constante l’accompagne.

Ensuite paraît presque toujours une vésicule , qui est le plus souvent déchirée par les ongles du malade, sollicité par une démangeaison très vive. Elle est déprimée, un peu ombiliquée; son volume est celui d’uue demi-graine de chènevis. Plus tard, son dessèchement s’applique sur la surface de l’eschare, et formera autour de celle-ci une zone épidermique. La vésicule repose sur un fond rouge. Elle est la forme originelle de la pustule maligne ; cependant celle-ci débute quelquefois par line papule, un tubercule. C’est un bouton plein, gros comme la moitié d’un

petit pois; il est rose ou rouge sombre; il se gangrène vite et s’enfonce ; le tubercule

(1) Bulletin de l'Académie impériale de médecine, t.XXlX, séances des 12,19 et 20 juillet; 2, 9 et IG août; 6 et 13 septembre 1864.

(2) Davaine, Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 22 août.

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