‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 334 sur 494 · PUSTULE MALIGNE, — VARIÉTÉS. 9M · texte numérisé non relu

PUSTULE MALIGNE, — VARIÉTÉS. 9M

§ IV. — Variétés.

L'œdème malin ou charbonneux a été signalé par J. Bourgeois (1), le premier, en 11843. C’est une forme de charbon de cause externe , d’abord désigné sous le nom d 'œdème malin ou charbonneux des paupières, à cause de son apparence, de sa nature et de son siège. Depuis, ce mal a été observé dans d’autres parties, et l’on a retranché de sa dénomination le nom de la région. Il ne diffère de la pustule i charbonneuse que dans les premiers temps de son existence; au bout de quelques jours, ces deux formes du même mal se confondent, et n’ont plus rien qui les différencie, au moins quant à la période d’intoxication, car pour les phénomènes locaux, ils varient suivant les régions. Aux paupières, après les premières phases, ils sont tout à fait identiques avec ceux de la pustule. Sur les autres parties du corpÊ, où l’on a signalé son apparition, le gonflement est mou, indolent, et a toutes les formes de celui déterminé par le charbon malin ; mais on ne rencontre guère que des vésicules plus ou moins grosses, et groupées irrégulièrement sur le point de la tuméfaction par où celle-ci a débuté, encore peuvent-elles faire défaut. La dureté de l’enflure n’est jamais considérable, meme au centre, et enfin on n’y a jamais observé jusqu’à présent d’eschare naturelle.

Quant aux symptômes généraux, ils ne diffèrent en rien de ceux de la pustule maligne, si ce n’est qu’ils marchent souvent avec plus de rapidité, et qu’ils sont ordinairement plus formidables.

Le véritable œdème malin est bien une maladie charbonneuse, en tout semblable à la pustule maligne. « Quoiqu’il soit difficile d’expliquer pourquoi il est sans pustules, dit Debrou (2), on peut admettre la proposition suivante : Tantôt le virus dirigé vers les paupières y pénètre directement par une écorchure qui s’y trouve par hasard, ou qu’y fait l’agent qui porte le virus, et alors il se produit une pustule. Tantôt le virus est mis en contact, seulement avec un point de la surface non dénudée des paupières, et attendu la ténuité de la peau qui les recouvre, le virus y pénètre par imbibition, en l’absence de toute excoriation, alors il y aura œdème sans pustule. »

Les bactéridies trouvées par C. Davaine dans l’œdème malin, et leur transmission dans le sang d’un animal inoculé sont une raison très-péremptoire pour démontrer l’identité d’origine de l’œdème malin et de la pustule maligne.

Les variétés qu’il affecte dépendent des régions. Aux paupières, il présente une démangeaison vive, une tuméfaction œdémateuse, pâle, transparente; en quarante-huit heures, aux deux paupières, on observe des élevures, des vésicules, une rougeur sombre, puis ardoisée. Bientôt la tumeur a gagné la paupière primitivement respectée, et son volume est celui d’un œuf coupé en deux avec une fente qui la divise à son milieu. Des eschares se forment, et dès lors on ne peut distinguer l’œdème du charbon. Sa gravité est considérable, parce qu’on ne peut l’attaquer que fort tard et qu’on le méconnaît au début. Dans les premiers jours, il peut cependant guérir.

A la différence de la pustule maligne, l’œdème débute quelquefois par les mu-

(1) J. Bourgeois, Mémoire sur la pustule maligne, spécialement sur celle gu' on observe dans la ücauce [Archives de médecine, 1843,4e série). — Traité de la pustule maligne et de l'œdème malin. Paris, 1861.

(2) Debrou (d’Orléans), Observations sur l'œdème malin [Arch.gén, de méd., octobre 1865).

Dts Intoxications.

queüses, comme la langue, les gencives, pour de là s’étendre à la peau voisine. Tous les cas développés dans la région sous-maxillaire se sont terminés par la mort, de même pour ceux de la région mammaire.

On ne considérera pas comme des variétés essentielles des formes de la pustule les différences de siège ou d’apparence ci-dessus signalées. La forme de l’eschare ne justifie pas la division en proéminente et non proéminente.

On a établi des variétés d’après la malignité cl la quantité du virus vraisemblablement absorbé, suivant que la pustule maligne était ou non inoculable aux animaux. suivant que le virus a été absorbé par des couches plus ou moins profondes de la peau.

J. Bourgeois n’admet, comme Cliaussicr et Énaux, qu’une seule espèce essentielle de pustule charbonneuse. Il faut donc admettre l 'unicité virulente de cette maladie.

§ V. — Marche, durée, terminaison.

Marche. — Il faut admettre’ avec J. Bourgeois, deux périodes à la maladie; une période dite A' incubation ou d’élaboration locale du virus, et une période A' empoisonnement. Enaux et Cliaussicr ont divisé, à tort, les phases de la maladie en quatre périodes arbitraires. Resterait à ajouter la période d’incubation.

Le virus étant déposé sur la peau, il se passe trois jours sans phénomène visible. Après ce délai, naissance de la tache rouge , d’où le nom Ae puce maligne. Cette tache est éphémère ; après douze ou quinze heures, elle se change en vésicule accompagnée de démangeaison; celle-ci disparaît quand la vésicule crevée fait place à une surface dure, brune, qui est l 'eschare. Au bout d’un jour, apparition du cercle vésiculaire autour de V eschare; après vingt-quatre ou quarante-huit nouvelles heures, apparition de la tumeur charbonneuse , puis formation d’un œdème périphérique; altération de couleur qui peut faire comparer la peau à la peau de crapaud; apparition des traînées d’angioleucite dites racines du charbon. Il faut, en somme, le plus souvent, quatre à neuf jours pour que ces phénomènes morbides externes se bornent ou se développent jusqu’à la mort.

L’empoisonnement général et les symptômes généraux qui l’accusent ne se montrent guère avant vingt-quatre ou trente-six heures, à partir du développement de la vésicule. Voilà pour les cas les plus rapides; pour les autres, ce n’est qu’au bout de plusieurs jours, c’est-à-dire de quarante-huit à soixante heures après la naissance du bouton. Alors seulement le malade est forcé de s’aliter. Pendant deux jours, fièvre et faiblesse, troubles digestifs légers; après ce temps, manifestation des désordres généraux les plus graves. Quelquefois les symptômes locaux s’amendent; il semble, comme dit le vulgaire, que le mal soit rentré. Enfin, du quatrième au neuvième jour, anxiété, orthopnée, refroidissement général, pouls nul, et, après quelques heures de cet état, mort brusque sans agonie.

La terminaison la plus commune n’est pas la mort; dans la moitié, les deux tiers des cas, la guérison arrive par le retour de la tumeur à une coloration rouge clair, et l’amendement des symptômes généraux.

La durée est variable ; en moyenne, la mort arrive du cinquième au huitième jour, quand le cas est mortel. Ceux qui ne dureraient que vingt-quatre ou quarante-huit heures n’existent que dans l’imagination des malades ou des témoins

Page 1