‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 369 sur 494 · EMPOISONNEMENT PAR LES CHAMPIGNONS · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR LES CHAMPIGNONS

[<' Les neuf dixièmes des empoisonnements dus au règne végétal sont causés

(1) Voyez Moquin-Tandon, Éléments de zoologie médicale, p. 185.

(2) Paul Gervais et V. Beneden, Zoologie médicale , 1. 11, p. 343. — Aug. de Saint-Hilaire, Plantes remarquables du Paraguay , t. I. — Blanchard, Histoire naturelle des insectes, 1845, t. I, p. 69.

(3) Voyez Handkuch der speciellcn Pathologie und Thérapie von Falck, Virchow und A. Simon, Zweiter Band, erste Abtheilung, p. 329. F.rlangen, 1855.

(4) Tome 111, p. 239.

DES INTOXICATIONS

par les. champignons et à leur tour, sur dix empoisonnements dus aux Fonginées, neuf au moins sont amenés par quelque espèce du genre Amanite. C’est que les champignons vénéneux appartenant à d’autres genres, par exemple aux / tussules , aux Lactaires , témoignent généralement de leurs mauvaises qualités par une saveur âcre, par une odeur nauséabonde; si malgré ces avertissements, on en fait un aliment, leur mauvais goût ôte vite la faim et modère la quantité ingérée, tandis que leur qualité irritante hâte les vomissements. Pour les amanites, ces garde-fous font défaut. Leur aspect est élégant, leur odeur peu sensible, leur saveur douce et faible, et l’estomac les supporte très-longtemps, souvent les digère, de là leur danger et les accidents graves et fréquents qu’elles provoquent (Bertillon) (1). » Nous emprunterons à Bertillon et à Bourdier (2) les détails qui suivent:

A. Empoisonnement par les Amanites. — Symptômes. — Eli raison de la propriété redoutable que présentent les amanites vénéneuses de pouvoir être tolérées un certain temps par l’estomac, elles ne font apparaître les phénomènes ataxiques que plusieurs heures souvent après l’ingestion, quelquefois quatre à six heures, souvent dix, douze ou dix-huit heures après le repas. « D’abord, les principes âcres et purgatifs excitent violemment la muqueuse gastro-intestinale et provoquent des déjections multipliées, bientôt glaireuses et sanguinolentes, accompagnées de douleurs atroces. Peut-être les principes narcotiques favorisent-ils aussi les nausées; qui deviennent quelquefois d’une continuité désespérante; bientôt pourtant l’influence spéciale des narcotiques se prononce et toute une série d’accidents nerveux se déroule : excitation, ivresse, vertiges, tremblements, titubation, respiration haletante, irrégularité du cœur, quelquefois syncope; pupilles dilatées ou contractées, troubles de la vue, aberration intellectuelle, délire gai ou furieux, quelquefois stupeur ou pâleur de la face, sueurs froides, ralentissement considérable du pouls, puis somnolence, enfin coma et mort. Chacun de ces symptômes est plus ou moins accusé ou manque tout à fait, suivant les espèces toxiques et leur degré de développement, les préparations culinaires, la dose ingérée, l’âge des sujets. Les plus jeunes sont les plus rapidement frappés : on a vu des enfants arrivés à leur dernière heure, quand les adultes, qui devaient succomber à leur tour, ne ressentaient encore que les premières atteintes. »

Traitement. — « Avant d’avoir débarrassé les voies digestives des restes du champignon, on évitera l’ingestion de tout liquide capable de favoriser sa dissolution et de hâter l’absorption des principes narcotiques qui sont solubles dans l’eau et plus encore dans l’eau acidulée ou saline; car arrêter ou seulement retarder l' absorption, là est le salut du malade. Puis vider l’estomac, préférer les moyens mécaniques, facilités, s’il y a lieu, par l’ingestion préalable de quelques cuillerées d’huile de ricin ou même d’huile à brûler, tiède ; si ces moyens sont sans succès on aura recours à l’ipéca, suspendu dans l’huile tiède, et seulement, comme dernière ressource, à l’émétique avec le moins d’eau possible; on s’adressera exclusivement aux purgatifs huileux pour vider l’intestin; mais une fois ces résultats obtenus (et le médecin est appelé souvent après qu’ils se sont spontané-

(1) Bertillon, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, article Amanites.

(2) Bouclier, Des champignons au point de vue de leurs caractères usuel, chimique et toxicologique. Paris, 1 SGG. in-8, avec planches.

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