LA JUSQUIAME, LE TABAC
[A. Belladone. — Symptômes. — Les accidents que détermine la belladone, de même que le Solanum dulcamara,\e Solanumnigrum, sont dus à la présence de l’ atropine . Les symptômes toxiques produits par cet alcaloïde chez 1 homme se manifestent peu de temps après l’ingestion des préparations ou des organes des plantes qui le contiennent, et ils peuvent se résumer ainsi : « surexcitation cérébrale, rougeur de la face, céphalalgie, œil étincelant, conjonctive injectée, pupille insensible et énormément dilatée, amaurose, diplopie, délire de toute espèce, rire sardonique, fureur, bouche écumeuse, gesticulations; d’autres fois, phénomènes du delirium tremens , hallucinations, visions de souris, de rats, peau sudorale d’abord, puis sèche et froide, démarche incertaine, titubante, divers mouvements
(1) Voy. tome III, p. 292.
EMPOISONNEMENT l’AU L\ BELLADONE.
automatiques, comme pour danser, nager, sauter; rarement des crampes; vomissements, selles et mictions involontaires, quelquefois rétention d’urine ; à la fois respiration accélérée, pouls très- fréquent, lipothymie, paralysie incomplète, perte de connaissance ou coma profond. Le coma alterne quelquefois avec du délire ou des rémissions plus ou moins complètes. La terminaison fatale n’est pas habituelle, même après l’ingestion de fortes doses d’alcaloïde, telles que 9 milligrammes et même 9 décigrammes d’atropine (Béhier, Roux). La mort su nient de cinq à vingt-six heures après, à la suite de phénomènes comateux. La convalescence est plus longue qu’après l’empoisonnement par l’opium ; quoique ordinairement franche, elle peut s’accompagner de vertiges, de troubles visuels parfois assez opiniâtres. »
Traitement. — « Le traitement de l’empoisonnement belladoné ou atropique repose sur une triple série d’indications :
» 1° Évacuer d’abord la substance toxique à l’aide des émétiques ou de la pompe stomacale.
» 2° Neutraliser chimiquement l’agent toxique en le rendant insoluble. Cette indication est remplie par l’administration de décoctions astringentes ou bien par une solution d’iodure de potassium ioduré. Ce dernier antidote, proposé d’abord par Bouchardat, a été employé avec succès par Riogo et Roux (de Brignolles).
» 3° Combattre les effets organiques secondaires. Affusions, fomentations froides sur la tête, bains de pieds, bains entiers, lavements purgatifs, etc., pour combattre le narcotisme; boisson acidulée, vin et spiritueux, camphre et ammoniacaux, puis diurétiques pour favoriser l’élimination de l’alcaloïde absorbé (Hirtz) (1). »
L’étude de l’antagonisme reconnu depuis longtemps déjà entre la belladone et l’opium, et reprise de nos jours par B. Bell, Graves, Lie, Norin et autres, a conduit les médecins à se servir de l’opium et de ses préparations comme antidotes de l’empoisonnement belladoné.
Dans un cas d’empoisonnement par l’atropine, Béhier (2) fit prendre, avec succès, à son malade dix gouttes à la fois de laudanum de dix en dix minutes.
Comme le dit avec raison M. Hirtz, les faits relatifs au traitement de cet empoisonnement, uniquement fondé sur l’antagonisme de ces deux solutions, sont encore trop peu nombreux pour dispenser le médecin de recourir aux autres moyens recommandés par l’expérience, et pour le rendre très-prudent sur l’emploi exagéré d’un poison opposé à l’autre. Le travail récent de Camus (3) tendrait à prouver que l’emploi simultané des préparations belladonées et opiacées, à dose toxique, a la mort pour effet ordinaire.
B. Datura, jnsqniame. — Les symptômes de l'empoisonnement par ces deux plantes ou leurs préparations présentent la plus grande analogie avec ceux de l’empoisonnement atropique. Le docteur Kuborn a récemment publié dans les Annales de la Société médico-chirurgicale de Liège, quatre observations d’empoisonnement par le datura. Le café noir, pris de demi -heure en demi-heure, à la dose d’une demi-tasse, a paru contribuer, pour beaucoup, au rétablissement des malades. Dans trois cas d’empoisonnement par la jusquiame, le docteur Danielli s est félicité d’avoir administré, concurremment, les alcooliques et le laudanum.
(1) Hirtz, bouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Belladone.
(2) Béhier, Union médicale, 1863, n° 85 ; Bulletin de thérapeutique, t. LVII, p. 39.
(3) Camus, Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1865, p. 398.
DES INTOXICATIONS
C. Le taimc donne lieu à l'ensemble des mômes phénomènes, mais l’empoisonnement par cette substance amène plus de troubles du côté de l’appareil digestif; c’est également aux excitants qu’il faudrait avoir recours.]
20“ — EMPOISONNEMENT i'Alt LES CYANIQUES (ACIDE PRUSSIQUE, HUILE ESSENTIELLE DEMANDES AMÈRES, CYANURE DE POTASSIUM, ETC.).
[Lorsque l’acide cyanhydrique est concentré, la mort est presque instantanée; il n’y a que quelques inspirations brusques et des convulsions. Dans ces cas, le médecin ne peut être d’aucun secours.
Dans le cas où le poison est dilué ou engagé dans une combinaison qui tempère son énergie, on observe ce qui suit :
§ I. — Signes.
Vertiges, gêne de la respiration, bâillements ; bientôt après, perle de connaissance, de mouvement et de sensibilité; pupilles dilatées, respiration sterloreuse; mâchoires serrées, écume sanguinolente à la bouche; pouls petit, fréquent, peau froide, coma ; parfois convulsions violentes.
§ II. — Traitement.
a. Dans le cas d' empoisonnement par l'acide prussique médicinal , les larges affusions d’eau froide sur la tête et la colonne vertébrale ont jusqu’à présent paru être le moyen le plus efficace. Ou a également préconisé les inspirations ammoniacales; mais, à moins qu’on ne soit appelé à secourir le malade immédiatement ou que la dose du poison ne soit très-minime, il n’y a guère à compter sur cette ressource. L’administration des contre-poisons ne peut non plus être d’une grande utilité. Le poison est trop rapidement introduit dans la circulation pour qu’un antidote, administré par la voie de l’estomac, arrive à temps pour le neutraliser. Si le malade peut encore avaler, on peut essayer de vider la cavité digestive à l’aide de l’émétique. On essayera également le contre-poison de Smith, à condition qu’il aura ôté préparé à l’avance et conservé d’après la recommandation de Larroque, d’ajouter au mélange des deux sulfates de fer une dissolution de sucre et de le renfermer dans des vases bien bouchés.
^ Sucre
Sulfate ferreux.
Sulfate ferrique
60 gram.
55 gram.
98 gram.
Eau 250 gram.
Carbonate de soude cristallisé 260 gram.
Ce mélange est inoffensif ; il peut, jusqu’à un certain point, neutraliser l’acide prussique dans l’estomac et empêcher son absorption. Mais le plus souvent le médecin n’arrive que trop tard près du patient pour que ce moyen, ou tout autre de ce genre, puisse être administré : le pouvoir d’avaler n’existe plus.
b. Dans le cas d’ empoisonnement par le cyanure de potassium, l huile essentielle d’amandes amères , l’eau de laurier-cerise , si le malade n’est pas dans l’état de collapsus, la pompe stomacale pourra être introduite utilement ; il faudra en faire usage jusqu’à ce que le liquide injecté dans l’estomac revienne privé de toute odeur d’amande amère. La solution de sulfate de fer pourra, dans ces cas, avoir quelque chance d’agir, mais il ne faut pas manquer de recourir avant tout et concurremment aux affusions froides.]