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EMPOISONNEMENT PAR LA STRYCHNINE, LA BRUCINE ET LA NOIX VOMIQUE

[Nous ne pouvons mieux faire que de donner ici le résumé des symptômes et des signes de Y empoisonnement par la strychnine, tel que l’a tracé Ambroise Tardieu (1). Les observations recueillies postérieurement par T. Gallard (2) n’ont fait que démontrer la parfaite exactitude de la description suivante :

« Le début des accidents est généralement brusque et rapide, il ne se fait pas habituellement attendre plus de dix ou vingt minutes après l’ingestion du poison. 11 survient d’abord une sensation particulière dans la tête, une angoisse, une agitation croissante, suivie bientôt de spasmes et de contractions toniques. La raideur ne tarde pas à devenir générale ; elle s’empare des muscles du tronc ; le corps est renversé en arrière, en état opisthotonos plus ou moins prononcé ; la figure est pâle, l’intelligence parfaitement nette, la parole entrecoupée. — Alors survient le trismus ; les membres sont agités de secousses de plus en plus violentes, puis se contractent comme le reste du corps; la respiration devient courte, brève, convulsive, la face se gonfle et se colore. — La mort paraît imminente; mais après un temps variable, les muscles se détendent, le calme renaît pour peu de temps, car quelques secondes suffisent pour qu’un nouvel accès plus redoutable encore se produise ; les membres se convulsent et se roidissent autant que possible ; la plante des pieds est tournée en dedans ; la respiration est de plus en plus oppressée et semble par moment complètement suspendue; les battements du cœur sont irréguliers; la peau, de pâle qu’elle était au début de l’accès, devient bleuâtre et violacée; les yeux sont saillants et fixes, convulsés dans un sens ou dans l’autre, les pupilles souvent dilatées. — Alors l’intelligence est rarement conservée.

» Il n’y a pas d’exemple que les malades aient succombé après le premier accès, et il est même rare qu’ils n’en subissent au moins quatre ou cinq. La sensibilité est parfois excitée au point que le plus léger attouchement, que le bruit même provoquent de nouvelles convulsions. La durée des accès ne dépasse guère trois à quatre minutes et la rémission est elle-même forte courte. — Dans les cas funestes, la mort survient brusquement au milieu d’un accès.

» Si la dose du poison est trop faible pour donner la mortK ou si les secours administrés sont assez efficaces pour conjurer l’issue fatale, ou voit les accès s’éloigner ou diminuer de violence, puis cesser après quelques heures, en laissant après eux un sentiment de faiblesse, de lassitude, de brisement, et parfois une raideur musculaire qui persiste plus ou moins longtemps, soit dans un membre, soit dans une autre partie du corps.

» A l’examen nécroscopique, on trouve une rigidité cadavérique insolite se manifestant promptement après la mort, avant la disparition de la chaleur animale, et persistant pendant un temps beaucoup plus long que sur les autres cadavres. Le sang est fluide ; dans le plus grand nombre de cas, le cœur est vide et plus oit moins contracté. Les centres nerveux peuvent être le siège d’altérations diverses (ramollissement inflammatoire, congestion, hémorrhagie).» (Tardieu.)

(1) A. Tardieu, Mémoire sur l’empoisonnement par la strychnine, etc. ( AnnAlcs (Chyg. publique et. de médecine légale, 1856, 2° série, t. VI, p. 371, et t. VII, p. 132.)

(2) T. Gallard, De l’empoisonnement par la strychnine (Même recueil, 2e série 1856 t. XXIII, p. 369 et t. XXIV, p. 129).

DES INTOXICATIONS

D’après le savant toxicologisle français auquel nous avons emprunté la description que l’on vient de lire, les organes digestifs n’offrent aucune lésion. Mais d’après les autopsies pratiquées par Duriau (1), il ne serait pas rare de rencontrer des lésions anatomiques de l’estomac; sans offrir un caractère spécifique et constamment le même, ces lésions sont de nature inflammatoire. Suivant T. Gallard, qui a discuté la valeur des faits avancés par Duriau, il n’y aurait pas lieu d’admettre l’inflammation de la muqueuse gastrique au nombre des lésions caractéristiques de cet empoisonnement.

Traitement. — Gallard, qui s’est livré à une minutieuse étude des divers moyens employés ou proposés pour combattre l’empoisonnement par la strychnine, est arrivé h formuler les conclusions suivantes (lilém. cité, p. 187) : « Les faits démontrent que les vomitifs sont une précieuse ressource pour évacuer la portion de poison qui n’a pas été absorbée, et il n’est pas impossible que la secousse imprimée h l’économie par l’acte même du vomissement, n’exerce une certaine influence sur l’ensemble des symptômes produits par la strychnine absorbée. Il est donc parfaitement indiqué, dans tous les cas, de débuter par un ou plusieurs vomitifs énergiques.

» Leur action sera aidée par l’ingestion d’une certaine quantité de teinture d’iode ou de tannin, dans le but de précipiter ou de dénaturer, avant même qu’elle ne soit rejetée par les vomissements, la strychnine qui peut se trouver encore dans l’estomac.

» A ces moyens fort simples devra se borner la thérapeutique, tant que des symptômes tétaniques ne se montreront pas. Mais dès que ces symptômes apparaîtront, il faudra essayer de les combattre plus directement.

» De tous les agents recommandés, ceux qui sont les plus faciles à manier, qui offrent le plus de chances de succès et le moins d’inconvénient, ce sont le chloroforme et les préparations d 'aconit. » (Gallard) (2).

Les inhalations de chloroforme ont été employées seules, dans un cas heureux, par le docteur Jervit, de Boston (3), qui a maintenu pendant quatre heures et demie son malade plongé dans le sommeil anesthésique.

Il est impossible de songer à entretenir la respiration à l’aide de la méthode Sylvester, car pendant les crises convulsives les muscles sont tétanisés, et dans leur intervalle le moindre attouchement, la moindre pression, ne feraient (pie rapprocher les convulsions.

La brucine , qui se rencontre surtout dans l’écorce du Strychnos nux vomica et les fèves de Saint-Ignace, produit, au degré d’intensité près, les mêmes phénomènes que la strychnine.

L’action des préparations de noix vomique étant beaucoup moins rapide que celle de la strychnine, c’est surtout dans les cas d’empoisonnement de ce genre qu’il y aura à compter sur l’efficacité des vomitifs et de la pompe stomacale. Lorsque

(1) Duriau, Études clinique et médico-légale sur l' empoisonnement par la strychnine ( Annales d’hygiène publique, etc., 2" série, t. XVIII, p. A28).

(2) Voyez Hanson, Boston med. andsurg. Journal, septembre 1861, et Liégeois et Hottot, Action de l’aconitine sur l’économie animale ( Journal de physiologie de l’homme et des animaux, ,j a n vier 1 8 6 2) .

(3) Voyez aussi Maunsou, Inhalation du chloroforme dans un cas d'empoisonnement pur la strychnine {Union médicale, 25 novembre 1852, t. VI, p. 56 ’i).

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