‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 381 sur 494 · ALCOOLISME CHRONIQUE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ALCOOLISME CHRONIQUE. — SYMPTÔMES

Cet étal dure, en général, quelques jours; l’agitation s’apaise et est remplacée par un épuisement graduel, qui se termine par un sommeil profond et prolongé, accompagné de sueur, de ralentissement du pouls, etc. Au réveil, les malades sont i calmes, mais courbaturés, brisés; ils n’ont pas mémoire de ce qui s’est passé I pendant leur folie passagère ; ils ont la langue embarrassée, la bouche pâteuse,

, amère, humide, une soif vive; le tremblement a cessé, mais il faut un repos assez long pour la réparation des forces.

Le delirium tremens présente des variétés. On a depuis longtemps admis un delirium tremens chronique, lequel, selon plusieurs auteurs, et Delasiauve en particulier, devrait plutôt rentrer dans la folie ou manie alcoolique. Le même auteur a décrit une forme grave ou suraiguë du delirium tremens.

Ce qui distingue surtout la forme suraiguë, c’est la prodigieuse activité nerveuse. Le malade n’a ni paix ni trêve; aucune partie du corps n’est exempte d’agitation : les membres tremblent; vultueuse, rouge, violacée même, la face grimace par le frémissement prononcé de ses muscles; les yeux roulent dans leurs orbites; la peau, chaude et brûlante, s’humecte d’une sueur profuse, visqueuse, exhalant parfois une odeur alcoolique. La langue peut conserver sa fraîcheur naturelle; elle est plus souvent desséchée sur ses bords, à sa surface, et couverte, de même que les lèvres, de croûtes fuligineuses. Communément la soif est vive, inextinguible; la respiration plus ou moins gênée; l’altération des traits indique une prostration profonde. Quant au pouls, tantôt accéléré et déprimé, d’autres fois il contraste par son rhythme presque normal avec l’ensemble des symptômes. L’esprit, de son côté, est assailli par des hallucinations, notamment de la vue, dont la rapide succession occasionne une mobilité incessante...

Il est difficile d’assigner une durée exacte à l’œnomanie suraiguë; plusieurs de nos malades ont été emportés rapidement, sans que nous ayons pu obtenir de renseignements sur la date de l’invasion des symptômes. Chez ceux, en petit nombre, qui ont guéri, le retour à la liberté morale a oscillé entre huit et quinze jours. Cette variation se retrouve dans les faits rapportés par les auteurs, et on le conçoit : elle dépend à la fois de la quantité des boissons ingérées, de leur nature, de l’impressionnabilité et de l’état physique et morale des sujets. » (Delasiauve.)

La mort peut être la conséquence du delirium tremens , contrairement à l’opinion de AVare et de Calmcil, "qui avancent qu’il meurt à peine I malade sur 20. Des relevés publiés en 1 8/i2 par le docteur Bongard établissent que sur UU1 cas de delirium observés à Copenhague, Paris et Bruxelles, il y eut 85 morts, ce qui donne presque un cinquième de mortalité (Grisolle, p. 58). En 5 ans, de 1838 a 1853, 237 malades atteints de delirium ont été reçus à l’hôpital européen de Bombay, 51 cas ont été mortels (17, 8 0/0 des cas admis). La tendance qu’ont en général les malades a continuer les excès de boissons rend le délire des ivrognes sujet à récidives; aussi peut-on compter jusqu’à quatre et cinq accès chez les mêmes individus. Il ne faudrait pas induire de là que la cessation de l’habitude alcoolique puisse préserver nécessairement de ces récidives; quelques observateurs ont pu constater l’apparition de ces accidents chez des personnes devenues sobres; Le Roy de iUéricourt 1 a constaté plusieurs fois chez des condamnés qui étaient depuis plusieurs années au bagne; Lancereaux a vérifié l’exactitude de ce fait chez une femme qui, deux fois, avait mis lin a des habitudes d’absinthe.

des intoxications.

2° Lypémanie alcoolique. — « Dans cette forme, les hallucinations constituent le fond de la maladie; elles sont le symptôme dominant d’où rayonnent les autres troubles de la pensée; souvent même elles existent seules, sans autres désordres.

Les hallucinations portent le plus souvent sur l’ouïe et la vue simultanément, souvent encore sur l’ouïe seule.

Très-variées quant à leur sujet, ces hallucinations présentent un caractère commun qui les rapproche et qui par sa constance devient presque pathognomonique. Elles sont dénaturé triste, dépressive... Le délire des sensations passant dans la pensée avec ce caractère, l’hallucination devient l’origine de conceptions délirantes qui revêtent naturellement les mêmes traits de tristesse et de mélancolie... Une conséquence fréquente de ce genre d’hallucinations, c’est le suicide. » (A. Fournier.)

Les divers troubles du système nerveux, énumérés ci-dessus, pourront coïncider avec les désordres intellectuels, tandis que les autres fondions jouissent de leur intégrité.

Cette scène a une durée généralement assez courte. Elle ne résiste guère au delà de quelques semaines; mais elle peut se prolonger plusieurs mois.

« Les troubles intellectuels que nous venons de parcourir sont des états passagers que les malades peuvent traverser une ou même plusieurs fois pour revenir à la raison. De plus, ce ne sont pas des étapes nécessaires de l’alcoolisme. Bon nombre de sujets arrivent au dernier terme de l’intoxication sans passer par ces crises aiguës intermédiaires. Il se produit alors, sans secousse, soit une débilité intellectuelle progressive qui aboutit par une pente irrésistible à l’abrutissement, soit les troubles propres à la péri -encéphalite chronique diffuse. D’autres fois encore, d’après Morel, il se fait une invasion soudaine de la démence, avec prostration des forces, anéantissement général et mort rapide. La période terminale de l’alcoolisme chronique peut se présenter sous deux aspects différents: démence et paralysie générale.

Dans ce cas, la paralysie générale se rapproche assez de la paralysie générale progressive, quoique parfois le diagnostic soit difficile à établir. Les signes différentiels ont été très-bien étudiés par Magnus Huss, Lasègue et J. Falret; A. Fournier les a résumés dans un tableau synoptique très-net (voy. ouvrage cité).

La paralysie générale n’en constitue pas moins une des formes terminales de l’alcoolisme. Citons encore parmi les accidents ultimes que cette intoxication chronique détermine du côté des centres nerveux : les congestions cérébrales, les hémorrhagies de la pulpe nerveuse, les hémorrhagies méningées, le ramollissement à forme chronique, Y encéphalite aiguë .

§ II. — Lésions anatomiques.

Appareil digestif. — Chez un bon nombre de buveurs, la muqueuse linguale présente une coloration roitge anormale; elle est fendillée, dépourvue d’épithélium; ses papilles sont volumineuses, hypertrophiées. La muqueuse pharyngée devient le siège d’une modification analogue. L 'estomac conserve rarement ses dimensions normales; la cavité de cet organe se dilate; ses parois, non indurées, sont plutôt amincies; tantôt, au contraire, et en général plus tardivement, cette même cavité

Page 1