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INTOXICATION CHRONIQUE PAU LE MERCURE. — SYMPTÔMES

• On a rangé parmi ses causes les vives émotions morales. On a aussi remarqué que le tremblement mercuriel est plus fréquent l 'hiver, ce qui tient sans doute, non- > seulement à l’action du froid, mais à la nécessité où sont les ouvrière de se tenir i renfermés dans des salles closes et pleines de vapeurs mercurielles.

§ II. — Symptômes.

Dans quelques cas rares, la maladie débute d’une manière brusque; mais le plus souvent le malade ressent d’abord un peu de faiblesse, moins de sûreté dans les mouvements, et ce n’est qu’au bout d’un temps plus ou moins long que le tremblement se présente avec tous ses caractères. L'affection se déclare en premier lieu dans les membres supérieurs, puis elle attaque les membres inférieurs, les lèvres, la langue et les muscles de la face.

Le tremblement consiste en petites secousses rapides et continuelles, qui agitent principalement les membres. Si l’on fait étendre les bras en avant, ce tremblement est très-sensible aux extrémités, et si l’on fait garder pendant quelque temps cette position, on voit que les secousses vont sans cesse en augmentant : si l’on fait tenir le sujet debout, on voit les genoux trembler de la même manière. Lorsque la maladie est médiocrement intense, les symptômes se bornent là, et le malade peut encore se servir de ses bras pour les besoins ordinaires de la vie, en ayant soin toutefois de prendre quelques précautions, comme le font les personnes affectées de simples tremblements nerveux.

Lorsque l’affection est plus intense, les malades ont de la difficulté ùsaisir les objets , parce que le tremblement dévie les mains des points vers lesquels elles veulent se diriger. S’ils cherchent à porter quelque chose à leur bouche, ils ne peuvent le faire qu’à plusieurs reprises, la flexion n’ayant lieu que par secousses, et ils sont exposés à répandre le liquide contenu dans le vase qu’ils tiennent à la main. A un degré plus élevé encore, les contractions étant plus étendues et plus brusques, les malades sont exposés à se frapper le visage quand ils veulent porter leur main à leur bouche, et ils ne peuvent plus boire ni manger seuls. Des phénomènes analogues se manifestent dans les jambes suivant le degré de la maladie. En outre, les lèvres et la langue étant agitées du même tremblement à divers degrés, il y a de l 'embarras dans la parole , parfois du bredouillement. Enfin on observe quelquefois le grimacement de la fane par suite des contractions spasmodiques des muscles. Chez quelques-uns, la mastication est impossible, et, dans un nombre de cas peu considérable, la maladie peut occasionner Y insomnie, le délire , Y affaiblissement de T intelligence, Y obtusion de plusieurs sens, et même la perte de connaissance momentanée. On a vu aussi des cas dans lesquels la respiration était pénible et convulsive. Du reste, Yappétit se conserve presque toujours, bien que quelquefois la langue soit pâteuse. Quant au pouls, il a ordinairement ses caractères normaux; quelquefois il est lent et un peu fort.

La cachexie mercurielle reconnaît les mêmes causes que le tremblement mercuriel; on la remarque ordinairement à un degré plus ou moins élevé chez les personnes affectées de cette dernière maladie. Il est plus commun de voir se montrer la cachexie que le tremblement chez les personnes soumises à un traitement mercuriel exagéré.

Elle consiste dans un étal de langueur de toutes les fonctions, dans la mollesse

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DES INTOXICATIONS

des chairs , la bouffissure de la face, le gonllement, le ramollissement, la destruction des gencives, la chute des dents, la carie ou la nécrose des os maxillaires; quelques hémorrhagies par les muqueuses, une anémie particulière, {'infiltration des jambes, des palpitations, des syncopes, des troubles digestifs variés, V affaiblissement de l'intelligence, quelquefois des aberrations, et enfin, dans un certain nombre de cas, un mouvement fébrile plus ou moins marqué, avec dépression du pouls.

§ III. — Marche, durée, terminaison.

La marche de la maladie est essentiellement chronique; la durée est longue en général, même quand on soumet le malade à un traitement efficace; les récidives sont fréquentes chez les sujets qui reprennent leurs travaux, et même une première attaque prédispose aux secondes, et ainsi de suite.

Burdin (1) seul a cité des cas de terminaison par la mort; cette terminaison n’a lieu que chez les individus qui continuent leur état; elle survient, soit à la suite d’une cachexie mercurielle, soit à la suite d’une hémorrhagie cérébrale.

§ IV — Diagnostic, pronostic.

Deux maladies seulement peuvent être confondues avec le tremblement mercuriel, c’est le tremblement nerveux et la chorée; mais ce diagnostic n’offre pas de grandes difficultés. Dans le tremblement nerveux, en effet, il n’y a aucun signe de cachexie mercurielle, et dans la chorée qui survient sur des individus jeunes, qui n’attaque souvent qu’un côté du corps, il y a des mouvements convulsifs désordonnés qui ne ressemblent pas aux petites secousses successives du tremblement mercuriel.

Pronostic. — Le pronostic n’est réellement grave que dans les cas où le malade ayant déjà eu plusieurs attaques, et présentant à un certain degré les signes de la cachexie mercurielle, ne renonce pas aux métiers dans lesquels on emploie le mercure.

§ V. — Traitement.

En première ligne, nous devons placer les sudorifiques; les auteurs qui ont étudié particulièrement cette maladie en ont, en effet, constaté l’efficacité. Ainsi on prescrira la tisane de salsepareille, de gaine, de squine, de sassafras, que l’on pourra édulcorer avec le sirop de Cuisinier. On peut encore prescrire {'acétate d’ammoniaque, à la dose de 15 à 30 grammes, dans un litre d’une des tisanes précédentes, ou bien à la dose de U à 8 grammes dans une potion. La poudre de Power remplit les mêmes indications.

On a aussi mis en usage avec succès les bains chauds et les bains de vapeur ; dans un certain nombre de cas que nous avons observés, les bains sulfureux répétés tous les jours, et unis à l'opium à dose modérée, ont procuré une guérison complète et assez rapide.

Les narcotiques et les antispasmodiques peuvent aussi venir en aide aux traitements que nous venons d’indiquer; quant au régime, il doit être tonique, et il faut, autant que possible, donner pour habitation au malade un lieu bien aéré.

Le traitement à opposer à la cachexie consiste dans un régime fortifiant, l’exercice en plein air, l’emploi des toniques et surtout des ferrugineux. Christison,

(1) Burdin, Dictionnaire des sciences médicales , Paris, 1821, t. LtV, art. Tain.

INTOXICATION SATURNINE. — CAUSES. 1007

Knud, Gusman, etc,, ont employé contre elle, avec beaucoup de succès, Yiodure de potassium à dose modérée.

ARTICLE VI

INTOXICATION SATURNINE.

[ « L’emploi journalier du plomb (1), ses applications nombreuses aux arts et h l’industrie, ses usages fréquents en thérapeutique, l’imprudence, l’incurie, l’ignorance dans lesquelles vivent tant d’individus par rapport à cet agent, à ses propriétés et à la manière dont il se comporte vis à vis de certaines substances; la multiplicité des professions dans lesquelles on rencontre ce métal, les idiosyncrasies, causent encore tous les jours, malgré les progrès de la science et les précautions prises, de graves et nombreux accidents.

Or, quand le plomb a pénétré, par une voie ou par une autre, sous une forme ou sous une autre, dans l’économie de l’homme ou des animaux, son action s’exerce sur tout l’organisme, de façons quelquefois très-diverses, et ses effets se manifestent par des symptômes non moins divers aussi. Affection vraiment protéiforme, l’affection plombique revêt les aspects les plus variés, et l’on pourrait dire avec raison, ce me semble, qu elle est plutôt un groupement de plusieurs maladies qu’une maladie unique. Fonctions de nutrition, fonctions de relation, sensibilité, intelligence, motilité, tout est modifié ou susceptible de l’être. Quant aux modifications, elles sont variables à l’infini, et se traduisent tantôt par l’exaltation de la fonction; tantôt, au contraire, par son abolition, et tantôt par des nuances intermédiaires, mais constituant toujours une perversion. » ]

Cette intoxication est produite par les divers composés dont le plomb forme l’élément principal : les oxydes, les carbonates, chromâtes, azotates, acétates de ce métal, ses alliages avec l’étain, l’antimoine, le cuivre, sont susceptibles de donner lieu, par une action continue, à des désordres parfaitement étudiés et caractérisés. L’absorption des molécules plombiques peut avoir lieu par toutes les voies, mais particulièrement par la muqueuse digestive. C’est le mélange du plomb aux aliments et aux boissons qui est le mode le plus général d’introduction de ce poison; mais on ne peut mettre en doute que les molécules de ce métal, en contact avec la peau ou en suspension dans l’air et pénétrant par les voies respiratoires, ne finissent également par saturer l’économie (2).

§ I.— Causes.

La cause la plus importante est dans la profession. Voici la liste des professions dans lesquelles les ouvriers sont plus ou moins exposés aux influences de ce métal dangereux :

Ouvriers cérusiers, ouvriers des fabriques de minium, des fabriques de litharge, peintres en bâtiments, peintres d’attributs, de voitures, doreurs sur bois, vernisseurs de métaux, fabricants de papiers peints, broyeurs de couleurs, fabricants de

(1) A. F. Vaullegeard, Considérations sur la colique de plomb, thèse de Paris, n° A6, 1865.

(2) E. Gintrac, Pathologie interne, 1853, t. Il, p. 109.

cartes d’Allemagne, ceinturonniers, potiers, faïenciers, verriers, ouvriers dos mines de plomb, affineurs, plombiers, fondeurs de cuivre, fondeurs de bronze, fondeurs de caractères d’imprimerie, imprimeurs, fabricant de plomb de chasse’ lapidaires, tailleurs de cristaux, ouvriers des manufactures de glaces, ouvriers des fabriques de nitrate, de chromate, d’acétate de plomb (1 j.

I oui ètic complet, disait A. Pardieu, dans un de ses cours, il faudrait énumérer plus de soixante professions.

Dans 1 énumération que nous venons de faire, les ouvriers de ces industries sont, de toute nécessité, appelés à être -eu contact avec des composés du plomb. J1 est une autre profession que nous devons ajouter, bien qu’elle n’expose, le plus ordinairement, (pie d’une manière indirecte à l’intoxication saturnine, c’est celle de marin. En cllet, qu on adopte ou non l’identité de la colique nerveuse et de la colique saturnine , il faut reconnaître, comme l’a prouvé A. Lefèvre (2), par ses belles et patientes recherches, que la quantité de plomb ou de ses composés qui se trouve a bord des navires de guerre et particulièrement des navires à vapeur est considérable. En outre, les conditions dans lesquelles vit l’homme de mer viennent multiplier les chances d’introduction du plomb dans l’économie, et favoriser le développement des accidents qui caractérisent sa présence.

Les boissons , les aliments, servent surtout de véhicule au poison. A différentes époques, les populations de certaines contrées, de certaines villes, ont offert, sous forme épidémique, de nombreux cas de coliques en tout semblables à la colique saturnine ( coliques de Normandie, du Poitou, du Devonshire, de Madrid). On a accusé tour à tour la mauvaise qualité des boissons fermentées, l’abus des boissons glacées, des fruits acides et les variations de température. Mais une enquête minutieuse prouve que l’on a toujours pu reconnaître, comme cause de ces sortes d 'épidémies, la présence du plomb introduit frauduleusement ou accidentellement dans les boissons, et que les influences climatériques n’agissent que d’une manière indirecte ou adjuvante. Ces prétendues entités morbides sont donc venues, avec les progrès de la chimie, se confondre dans l’histoire de l’intoxication saturnine.

Parmi les circonstances si variées et si nombreuses qui introduisent les composés saturnins dans l’alimentation, signalons l’adultération des boissons fermentées parl’addition de litharge, le séjour ou le passage de l’eau ou de toute autre boisson dans des conduits ou des réservoirs de plomb ou recouverts d’un alliage contenant une forte proportion de ce métal, l’usage de vaisselle d’étain à un titre inférieur, de boîtes de conserves de fer étarné, de poteries recouvertes d’un vernis plombifère, etc. C’est ainsi qu’à bord des bâtiments, et des bâtiments de la marine française en particulier, avant que l’attention de l’administration n’ait été appelée par les travaux de A. Lefèvre, les cuisines distillatoires, la vaisselle d’étain servant

(1) [Voyez les articles consacrés à toutes ces induslries par Max. Yernois, dans son Traité d’ hygiène industrielle et ddministrative (Paris, 1860). Outre les lois organiques qui servent de base à la salubrité publique, on y trouvera les détails les plus essentiels à connaître des opérations relatives à l’exercice de ces industries ; un résumé des causes d’insalubrité et d’incommodité ; les prescriptions légales à ordonner, ou les mesures préventives à imposer ; enfin une élude complète des dangers et des inconvénients que présentent ces industries, et la jurisprudence habituelle et légale de leur exercice.]

(2) Lefèvre, Recherches sur les causes de la colique sèche observée sur les navires de guerre français, particulièrement, dans les régions équatoriales . Paris, 1859.

MALADIES DÉTERMINÉES PAU LÏNTOXICATiON SATURNINE.

aux malades, ont notablement multiplié les cas de colle colique dont la nature divise encore, au point de vue de l’étiologie, les médecins de la marine.

Les applications dans un but thérapeutique des composés saturnins, non-seulement à l’intérieur, mais aussi sous forme de topiques, tels que lotions, injections, pommades, emplâtres, etc., les cosmétiques et particulièrement les fards peuvent donner lieu à l’empoisonnement chronique que nous étudions.

Le sexe , l 'âge, n’ont qu’une influence indirecte sur sa fréquence : <• Si l’on rencontre la colique plus souvent chez les hommes, c’est qu’ils exercent les professions plombiqucs plus que les femmes. Celles-ci ne sont cependant pas exemptes : les polisseuses de caractères d’imprimerie, les coloristes, les peintres h la gouache qui portent leurs pinceaux à la bouche, les ouvrières occupées à l’émaillage, à la contre-oxydation du fer pour les crochets suspenseurs des fils télégraphiques ; celles qui trempent les fils de soie dans une solution d’acétate de plomb et les portent à la bouche avec leurs doigts, ou manient les soies grèges, de Chine, par exemple, mélangées d’uni' notable quantité de plomb destiné h augmenter leyr poids; celles qui s’occupent au blanchissage des dentelles dites de Bruxelles, à la fabrication des images religieuses découpées en dentelles, sont aussi sujettes h l’intoxication saturnine que les hommes. On l'observe à l’âge adulte surtout, parce que cet âge est celui où l’ouvrier exerce sa profession. » (Vaullegeard. )

La saison chaude , \qs climat s intertropicaux, touteslescausesenlin qui soumettent les sujets à une haute température, ont une influence très-marquée sur la production des accidents saturnins. C’est pendant la saison chaude et dans les pays chauds que l’on boit davantage et que l’on fait le plus usage des boissons fermentées, telles que le cidre, la bière, qui peuvent être clarifiées avec des sels de plomb, ou de bières économiques que l’on renferme dans des poteries vernissées, ou de boissons acidulés telles que les limonades. Les hautes températures, d’une part, favorisent l’absorption et, de l’autre, exposent, lors des variations nychthémérales, à des suppressions de transpiration et, par suite, à la suspension de l’élimination de tout poison qui aura pu être absorbé. Enfin, c’est sous les tropiques, c’est parmi les hommes que leur profession expose à de hautes températures que l’on rencontre particulièrement Y anémie poussée à un très-haut degré. L'appauvrissement du sang, soit primitif, soit consécutif à des maladies antérieures, telles que la cachexie paludéenne, la dysenterie, par exemple, ou à des excès de toute nature, joue un rôle très-important dans le développement, la marche et l’intensité des accidents de l’intoxication saturnine. On comprend ainsi comment, en présence de cas de colique, offrant tous les caractères de la colique saturnine, se produisant, sous forme épidémique, à bord des navires naviguant dans les mers des contrées chaudes du globe, on ait pu, en l’absence de la constatation du composé plombique, soutenir l’existence d’une entéralgie spéciale ( colique végétale , colique sèche, colique des chauffeurs, des marins, colique de Surinam, etc.) qui reconnaîtrait pour cause les variations de température, le miasme palustre ou même un miasme nautique provenant des cales des navires.

MALADIES DÉTERMINÉES PAR L’iNTOXICATION SATURNINE.

« Cette intoxication se dénote par une modification remarquable qu’elle imprime à l’organisme, et par des effets spéciaux, c’est-à-dire par des maladies déterminées qu’elle suscite.

Vali.uix, 5e edit.

1010 DES INTOXICATIONS

» Les changements qui surviennent dans l’ensemble de l’organisation sont les suivants :

» 1° Un liséré gris ardoisé se montre au collet des dents; la membrane gingivale prend une teinte livide brunâtre, plombée, qui peut s’étendre sur divers points de la muqueuse buccale. Les gencives s’amincissent, semblent s’atrophier, les dents se déchaussent.

» Le goût se déprave. Lne saveur styptique sucrée ou fétide se fait sentir. L’haleine est alors imprégnée d'une odeur désagréable, que les malades distinguent eux-mêmes.

» 2° La peau présente, surtout à la face, une coloration un peu jaunâtre, sale, terreuse; aux conjonctives, cette teinte est mêlée d’une nuance bleuâtre. Cette altération de la couleur de la peau a reçu le nom d'ictère saturnin.

» 3" L’individu chez lequel ces phénomènes ont lieu maigrit, s’affaiblit; son pouls se ralentit et tombe parfois h 55, 50 et même A5 pulsations par minute.

» Ces modifications générales, constituant une sorte de diathèse saturnine, président ou accompagnent des états morbides plus marqués, mieux caractérisés, lesquels consistent en :

» 1° Des coliques ou douleurs abdominales intenses, avec constipation, crampes, etc.;

» 2° Des douleurs vives dans les membres, le tronc ou la tête;

» 3° La paralysie du mouvement, qui affecte surtout les membres supérieurs;

» Zj° L’anesthésie et la paralysie du sentiment, affectant surtout les organes des sens, celui de la vue, en particulier;

» 5° Des lésions profondes des fonctions encéphaliques se produisant sous les formes délirante, comateuse ou convulsive. » (E. Gintrac, p. 102.)]

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