‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 394 sur 494 · COLIQUE DE PLOMB. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

COLIQUE DE PLOMB. — TRAITEMENT

» Le quatrième jour, lorsque le malade est entièrement débarrassé de tous les symptômes de la colique, on peut lui faire administrer un second lavement purgatif, que l’on continue jusqu’au septième ou huitième jour. Dans les cas rares où la colique n’a pas entièrement cessé le quatrième jour, il faut encore donner une goutte d'huile de croton , qu’on peut même répéter les jours suivants, si par hasard toutes les traces de la maladie n’avaient pas disparu.

» Lorsque le malade vomit l’huile de croton, un quart d’heure ou une demiheure après son introduction, il faut la mélanger avec 30 grammes d'huile de ricin, ou l’administrer en lavements à une dose double de celle prescrite par la bouche.

» En même temps qu’on administre l’huile de croton, il est bon que le malade fasse usage d’une grande quantité de tisane. La plupart des nôtres buvaient chaque jour deux ou trois pots d'orge miellée. » (Tanquerel.)

Grisolle conseille, s’il y a des symptômes saburraux, de commencer par administrer l’ éméto- cathartique suivant :

Tartre stibié. ... 10 ou 15 centigr. | Sulfate de soude 15 grain.

On favorise l’action évacuante par des lavements purgatifs.

Tous les soirs on donne de 5 à 10 centigrammes A' opium pour procurer un peu de sommeil.

Il n’est pas rare de voir la première administration de l’huile de croton produire une amélioration des plus marquées ; mais l’expérience a prouvé qu'il ne fallait pas s’arrêter, et que le remède doit être donné au moins pendant trois jours ; et si plus tard les accidents se reproduisaient avec une certaine intensité, il ne faudrait pas hésiter à revenir à son emploi.

Telles sont les seules médications dans lesquelles on puisse avoir confiance.

Aran (1) employait le chloroforme, en applications loco dolent i, dans une potion, à la dose de 30 gouttes, et en lavements; les doses peuvent être répétées dans la journée, mais ce médicament n’est employé qu’à titre d’adjuvant. On n’a pas besoin, comme pour l’opium et la belladone, de se préoccuper des conséquences de son emploi. Les coliques sont très-promptement calmées.

Malherbe (2) remplace l’opium parla belladone , qui, outre son action sédative, possède également des propriétés légèrement laxatives. Il dit avoir obtenu de bons résultats dans vingt-neuf cas dans lesquels il a employé ce médicament de la manière suivante :

Le premier jour, extrait de belladone 5 centigrammes unis à 10 centigrammes de poudre de racine de la même plante. Si l’action du médicament est évidente, il continue à la même dose pendant trois ou quatre jours, puis diminue et cesse; dans le cas contraire, il va jusqu’à doubler et même tripler ces doses.

Les boissons chargées d'hydrogène sulfuré , proposées d’abord par Lalouette, puis par Chevallier et Rayer, sont abandonnées; la limonade sulfurique, vantée par Fonçât, pharmacien, et surtout par Gendrin (3), est un moyen reconnu infi-

(1) Aran, Bull. gén. de thérap., 15 avril 1852.

(2) Malherbe, Revue médico-chirurgicale de Paris, décembre 1850.

(3) Gendrin, Transactions médicales. Paris, 1832, t. VII. — Lettre ’à l'Académie des sciences, 15 février 1840. — Annales d’hygiène. Paris, 1841, t. XXV, p. 463 ; t. XXVI

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dèle par tous les autres expérimentateurs ; l 'alun , le mercure , le fer , le plomb , qui a été prescrit lui-même, ne méritent pas plus (le confiance. La méthode antiphlogistique a été vantée par un certain nombre de médecins; mais dans les cas où elle a paru avoir du succès, ou a mis en usage des purgatifs, et tout porte à croire que c’est à eux qu’on doit la guérison de la maladie. Dans un certain nombre de cas, Y opium et les autres narcotiques ont eu un effet plus marqué; mais aujourd’hui tout le monde reconnaît qu’il est nécessaire de les associer aux évacuants. On a encore conseillé la noix vomique , mais ce médicament est abandonné.

Sandras (1) ayant traité des sujets par le persulfure de fer a obtenu des guérisons, et regarde ce moyen comme supérieur au traitement de la Charité. Le tabac en fomentations et en lavements a été également conseillé par des médecins qui ont été sans doute trompés par quelques cas exceptionnels de guérison.

[ Briquet (2), ayant été conduit, par ses recherches, à localiser la douleur si atroce de la colique saturnine dans les muscles de l’abdomen, emploie la faradisation de la paroi abdominale; ce moyen aurait l’avantage de faire cesser très-promptement les douleurs. Mais il faut revenir parfois, à trois ou quatre reprises, à la faradisation, qui ne laisse pas que d’ètre elle-même très-douloureuse. ]

2° ARTHRALGIE SATURNINE.

Après la colique de plomb, I’arthralgie saturnine est la plus fréquente de toutes les affections qui sont dues à l’intoxication causée par ce métal. Jusqu’à Tanquerel, on s’était contenté de signaler des douleurs plus ou moins vives dans différentes parties du corps chez les sujets soumis à l’influence du plomb.

§ I.— Définition, synonymie, fréquence.

L ' arthralgie saturnine est caractérisée par des douleurs des membres sans trajet déterminé, diminuées par la pression, augmentées par les mouvements, et offrant des exacerbations plus ou moins marquées.

Ces douleurs avaient été désignées par Sauvages sous le nom de rhumatisme métallique.

En général, les ouvriers les plus exposés à la colique de plomb sont aussi les plus sujets à l’arthralgie saturnine. Il faut seulement noter que les ouvriers des fabriques de minium sont beaucoup plus sujets à V arthralgie qu'à la colique. La plus ou moins grande violence de la colique de plomb n’a pas de rapport direct avec le développement de l’arthralgie.

§ m. — Symptômes.

Prodromes. — Outre les signes d’intoxication générale, le malade éprouve ordinairement, pendant quelques jours, un engourdissement et une lassitude variables dans les membres qui doivent être affectés. Cet état est d’abord passager, existant le matin et se dissipant dans la journée. Il devient peu à peu plus intense

(2) Sandras, Bulletin de l’Académie de médecine, t. XII, p. 632.

(3) Briquet, Études sur la colique de plomb ( Arch . gén. de méd., 4858).

ARTHRAI.GIF. SATURNINE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON. 1019

cl de plus longue durée; dans quelques cas, les douleurs débutent brusquement ; dans le plus grand nombre, le début de l’affection a Heu la nuit.

Symptômes. — La douleur est le principal symptôme de cette affection ; le siège de cette douleur peut être dans presque toutes les parties du corps, mais elle se montre ainsi qu’il suit dans l’ordre de fréquence : membres inférieurs, lombes, thorax, dos et tète. Il n’est pas rare de voir plusieurs de ces points, et notamment les membres inférieurs et les membres supérieurs, être affectés h la fois.

Dans les membres, la douleur a son siège principal dans le sens de la flexion, ses limites sont très-variables; et, ainsi que nous l’avons dit plus haut, elle ne suit pas un trajet fixe comme la névralgie.

Cette douleur a, du reste, tous les caractères de l’élancement névralgique : dilaccrante, brûlante, poignante, etc. Elle a, en général, des paroxysmes très-marqués, pendant lesquels les malades sont souvent en proie à une très-vive agitation. Dans un certain nombre de cas, elle ne consiste, au contraire, que dans un simple malaise.

Après les accès, les malades n’ont plus qu’un sentiment de brisement ou de constriction des parties affectées.

Ces accès sont plus ou moins rapprochés, quelquefois très-fréquents ; un^ mouvement, une sensation de froid, peuvent les provoquer; ils ont lieu ordinairement la nuit.

Il est ordinaire de voir la douleur diminuée par la pression. Cependant il faut dire que la pression n’a pas été exercée avec tout le soin possible, et il ne faut pas oublier ce fait, que les douleurs du ventre, dans la colique de plomb, sont souvent apaisées par une pression large, et augmentées par une pression exercée avec l’extrémité des doigts. N’en serait-il pas de même dans l’arthralgie? Nous regrettons de n’avoir pas encore fait cette expérience; ce qu’il y a de certain, c’est que, dans quelques cas, la pression exaspère la douleur.

Des crampes, des spasmes, la rigidité des muscles des parties affectées, accompagnent la douleur, principalement au moment des accès.

Du reste, il n’y a rien d’apparent à la peau, et le malade est sans fièvre.

Les diverses fonctions des organes voisins des parties occupées par la douleur sont plus ou moins troublées : ainsi, dans la douleur de la poitrine, la respiration est gênée; dans celle de la face, la sécrétion des fosses nasales se supprime, etc.

La douleur se porte souvent d’un point dans un autre; quelquefois elle en occupe un grand nombre à la fois.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

La marche de la maladie est, en général, très-irrégulière; quelquefois les symptômes se dissipent brusquement; plus souvent ils diminuent progressivement. Dans un certain nombre de cas, la marche de la maladie est chronique.

Les rechutes et les récidives sont fréquentes et longtemps à craindre.

Si l’on abandonne la maladie à elle-même, elle peut se perpétuer; bien traitée, elle n’a ordinairement qu’une durée de trois à six jours. Il est fréquent de voir la paralysie succéder à l’arthralgie saturnine.

DLS INTOXICATIONS.

' • § V.- Diagnostic, pronostic.

Il est évident que la maladie ne saurait être confondue qu’avec une névralgie. Ce qui distingue ces deux affections, c’est que, dans l’arthralgie, la douleur ne suit pas de trajet déterminé, et qu’il n’y a pas de points douloureux circonscrits. Nous ne parlons pas de la douleur à la pression; car, dans quelques cas, elle existe dans cette maladie comme dans les névralgies.

§ VI. — Traitement.

Les bains sulfureux donnés tous les jours, pendant sept ou huit jours ou plus, si le cas l’exige, sont, d’après l’expérience, un des moyens auxquels on doit avoir le plus de confiance.

Il résulte des expériences de Guillot et Nlclsens (1) que Viodure de potassium a une très-grande edicacité contre l’intoxication saturnine. Nous avons plusieurs fois employé ce sel à la dose de 2 grammes par jour chez des sujets affaiblis, cachectiques, éprouvant des douleurs dans plusieurs parties du corps, et ce traitement a toujours été suivi promptement des meilleurs effets.

3° PARALYSIE SATURNINE.

Il est rare que cette paralysie se déclare primitivement; presque toujours elle se montre après la colique et l’arthralgie. Une sensation de froid, d’engourdissement, de la difficulté dans les mouvements, annoncent pendant un temps variable la paralysie.

§ I. — Symptômes.

« La paralysie est rarement générale et complète; mais le plus souvent elle esL bornée à un système de muscles; elle peut même être circonscrite à un seul muscle ou à un seul de ses faisceaux. Les membres supérieurs sont cinq ou six fois plus souvent atteints que les inférieurs; il n’est pas rare que les quatre membres soient simultanément affectés : presque toujours la paralysie est bornée aux muscles extenseurs ; elle s’étend fréquemment aussi aux muscles qui concourent à l’articulation de la voix. Ainsi les malades qui peuvent encore se tenir debout, tremblent sur leurs jambes; leurs mouvements sont incertains: leurs jambes et leurs cuisses sont fléchies à cause de la paralysie des muscles de la partie antérieure (muscles extenseurs) ; les membres supérieurs sont pendants le long du tronc, si la paralysie est complète; mais, le plus souvent, celle-ci n’atteint guère que les muscles extenseurs du poiynet et des doigts. Ces parties sont alors fléchies ; les malades ne peuvent plus saisir aucun objet, tandis qu’ils conservent les mouvements de l’épaule et du bras.

» Chez ces individus, les lèvres sont ordinairement tremblantes; la langue semble se mouvoir difficilement, la parole est embarrassée, il y a parfois du bégayement ; si la paralysie porte sur quelques muscles du larynx , il peut y avoir aphonie, mais cet accident est rare. Il en est de même de la paralysie des muscles intercostaux qui, lorsqu’elle existe, amène bientôt la mort par asphyxie. La sensibilité est presque toujours intacte dans les membres paralysés; mais chez un vingtième

(1) Voy. Bulletin général de thérapeutique, mars 1819.

PARALYSIE SATURNINE. — TRAITEMENT.

des malades environ, les parties privées de mouvement sont également insensibles. Cette insensibilité peut n’atteinclre que la peau , ou frapper en meme temps- les parties profondes.

„ Lorsque la paralysie est devenue complète et persiste depuis longtemps, les muscles finissent par s’atrophier. Si la paralysie n’affecte qu’un système de muscles, ceux-ci sont les seuls qui s’atrophient; ce qui fait un contraste fort remarquable avec les reliefs que forment les muscles des mêmes parties qui ne sont pas paralysés. Ceux-ci alors, en imprimant à une certaine région du corps comme au poignet, par exemple, un état de flexion forcée, et en les tiraillant, déterminent le déplacement et la saillie des tendons et même des os du carpe. Lorsque la paralysie saturnine est très-étendue, la nutrition générale languit, les malades s’affaiblissent, s’étiolent , les digestions se dérangent , les membres s’infiltrent, des eschares se développent sur les parties qui supportent la pression du corps pendant le décubitus; enfin la mort survient dans le marasme. -(Grisolle.)

Cette paralysie est une de celles où les muscles ne se contractent pas sous l'influence de l’excitation électrique, ainsi que l’a démontré Duchenne (de Boulogne); ce qui n’empêche pas, ainsi qu’on le verra plus loin, l’électricité d’agir comme moyen curatif.

Nous ajouterons, pour terminer cette description, que la paralysie du sentiment , que nous venons de voir se montrer avec la paralysie du mouvement, peut quelquefois exister seule. Elle a été décrite par Tanqucrcl, sous le nom d 'anesthésie saturnine. Elle est complète ou incomplète, et occupe une plus ou moins grande étendue du corps. Son siège de prédilection est aux membres. Il résulte des recherches de Beau que l’anesthésie est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croyait. Il est rare, en effet, clc trouver un sujet sous l’influence du plomb qui n’ait la sensibilité de la peau, surtout aux bras, plus ou moins affaiblie. L 'amaurose peut aussi sc montrer isolée avant ou après d’autres accidents saturnins.

§ II. — Marche, durée, terminaison.

La paralysie se produitplus ou moins rapidement; mais ordinairement sa marche est lente, et sa durée est ensuite illimitée. Par un traitement actif, on obtient, dans un certain nombre de cas seulement, une guérison complète ou incomplète.

§ III. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic ne présente pas de difficultés; car, en supposant qu’on n’ait pas de renseignements, la forme de la paralysie la distingue de loutes les autres.

Le pronostic est grave, car souvent la paralysie est incurable; souvent aussi on n’obtient qu’une guérison incomplète, sans que l’on puisse ordinairement dire d’avance quel sera le résultat du traitement.

§ IV. — Traitement.

La méthode évacuante est inutile. On a employé avec quelque succès les frictions excitantes sur les membres malades, ainsi que les bains de mer , les bains sulfureux et les bains ferrugineux ; mais ces moyens sont bien souvent infidèles. Il en est de même des sinapismes, des vésicatoires , de la pommade stibiée sur les parties paralysées.

DES INTOXICATIONS

L électricité, et en particulier le galvanisme, ont procuré un certain nombre de guérisons dans des cas très-graves et, en général, on en obtient de bons eiïets, alors même que la guérison n’est pas complètement obtenue.

La noix vomique a été administrée par Fouquier avec des succès remarquables. Aujourd’hui on administre la strychnine de la manière suivante :

On commence par en donner sept ou huit milligrammes pendant deux ou trois jours; puis on en donne un centigramme, et l’on augmente graduellement la dose jusqu’à ce que le malade en prenne cinq, six ou sept centigrammes par jour. Lorsqu’on arrive à ces dernières doses, il faut surveiller attentivement les effets du remède, qni pourrait causer des accidents. Il est rarement nécessaire de les dépasser. La strychnine s’administre en pilules ou dans une potion. On peut encore la faire absorber par la méthode endermique.

Ces trois moyens réunis, les bains sulfureux, l’électricité et la strychnine, constituent la médication qui procure le plus de guérisons.

U° ACCIDENTS CÉRÉBRAUX SATURNINS.

Les accidents cérébraux saturnins avaient passé inaperçus ou avaient été attribués à d’autres causes qu’à l’intoxication saturnine jusqu’à ces trente dernières années; alors on commença à publier quelques observations qui prouvèrent que les symptômes cérébraux étaient véritablement le résultat de l’empoisonnement par le plomb; et enlin, en 1836, Grisolle (1) a pu, à l’aide d’un certain nombre de faits bien observés, donner l’histoire des principales formes qu'affectent les accidents cérébraux saturnins. Aussi est-ce à cet auteur que nous devons emprunter les principaux détails de cet article.

§ I. — Symptômes et marche.

Les formes dont il s’agit sont au nombre de trois: 1° forme délirante, T forme convulsive, 3° forme comateuse.

Début, prodromes. — Dans un certain nombre de cas, la maladie survient tout à coup et d’une manière foudroyante, revêtant tantôt une forme, tantôt une autre. Bien plus souvent les choses se passent autrement : chez des individus dont la plupart viennent d’être en proie à la colique de plomb, et dont quelques-uns éprouvent encore les symptômes de cette colique, il survient les symptômes suivants: céphalalgie frontale ou sincipitale ; vertiges, sommeil agité ou somnolence, hébétude du regard, accélération du pouls; inquiétude ou tristesse, parfois amaurose; engourdissement, fourmillements ou douleurs dans les membres.

1 0 Forme délirante. — Cette forme se remarque chez un quart des individus affectés d’accidents cérébraux. Le délire consiste quelquefois en une simple divagation ; plus souvent c’est un délire furieux avec vociférations, injures, coups donnés aux personnes qui approchent les malades, et parfois illusions et hallucinations. Dans un certain nombre de cas, entre les paroxysmes, les malades recouvrent en partie leur raison.

Le délire est continu, mais avec des exacerbations ordinairement très-violentes et irrégulières ; pendant ces paroxysmes, la raison est toujours complètement perdue.

(1) Grisolle, Journal hebdomadaire, t. IV.

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