‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 399 sur 494 · PELLAGRE. — CAUSES · texte numérisé non relu

PELLAGRE. — CAUSES

années du xviiL’ siècle; elle est postérieure partout à l’introduction de la culture du maïs et à la substitution de cette céréale aux céréales indigènes comme principal aliment des classes rurales; enfin, ni les conditions de l’air, ni l’état du sol, ni la nature des eaux, ni les habitations, ni la malpropreté, ni les professions, n’ont une influence directe sur son développement, et si l’on peut attribuer un rôle secondaire, comme causes prédisposantes et adjuvantes, aux conditions particulières de la vie rurale, aux fatigues, au travail excessif, à la misère, c’est seulement à cause de l’affaiblissement vital inhérent à une vie d’épuisement et de réparation insuffisante.

L’apparition de l’éruption cutanée dans la pellagre, son siège, son étendue, et jusqu’à un certain point son intensité, sont déterminés et gouvernés pour ainsi dire par l’insolation. L’action directe du grand moteur du monde physique semble mettre en activité, d’une manière spéciale, tous les éléments morbides de la pellagre, provoque ainsi des vertiges, des spasmes rachidiens et une apparition brusque des phénomènes nerveux; mais il montre en même temps ce syllogisme de Strambio comme l’expression péremptoire de l’observation clinique :

« Si un pellagreux évite le soleil, il échappe à l’altération cutanée, mais non aux progrès de la pellagre. Donc l’insolation n’est pas la cause de la maladie. »

Ainsi la pellagre ne peut pas être appelée rigoureusement un mal de misère ; elle serait plutôt un mal de mauvaise nourriture, mais d’une nourriture spéciale ayant pour base le maïs altéré consommé dans des conditions déterminées.

La théorie de Marzari, qui attribuait les mauvais effets du maïs à l’absence de gluten dans cette céréale, a pris de nos jours une forme nouvelle dans l’ouvrage de Lussana et Frua (1). La genèse de la pellagre, suivant ces auteurs, serait l’effet d'une insuffisance de réparation nervéo-musculaire ou protéinique. Le majs récolté dans les pays à pellagre fournirait une alimentation abondamment respiratoire, mais insuffisamment plastique, et de ce désaccord longtemps continu, aggravé par les conditions épuisantes du travail rural, naîtrait la maladie. Théophile Roussel démontre que cette théorie, avec ses formes nouvelles, satisfait mal aux conditions du problème à résoudre, et qu’on est forcé, par l’analyse des faits et phénomènes pathologiques, de chercher une altération dans la matière alibile du maïs, pour expliquer les effets délétères de ce grain.

Les grains de nos céréales indigènes employés à l’alimentation des masses peuvent donner lieu à des maladies populaires ( raphanie , mal de la crampe, convulsion céréale, maladie du fourmillement ou Kriebelkrankheit ). Ces maladies, fréquentes autrefois, sont actuellement rares en Europe, par suite de diverses améliorations, et ont entièrement disparu de certaines contrées où la pellagre s’est introduite à la suite du maïs. Elles ont eu leur principal domaine dans les pays froids ou humides, où les récoltes sont plus facilement compromises; c’est, en général, dans les années de disette, après des intempéries, qu’on les a vues prendre les proportions d’épidémies terribles, comme celles dont Linné a écrit l’histoire. Parmi les réformes et les procédés d’économie domestique opposés à la pellagre, le plus efficace et le plus important a consisté dans la dessiccation artificielle des grains destinés à l’alimentation. Fort rare dans les pays d’où le maïs est originaire,

(1) Lussena et Fraa, Salin P’Hayra, 185G, ouvrage couronné par L’Institut lombard.

DES INTOXICATIONS

quoiqu'elle n’y soit pas inconnue, la pellagre n’est devenue un fait notable en Europe que dans des contrées qui avoisinent au nord la limite naturelle de culture de la belle graminée américaine, c’est-à-dire là où le développement et la maturation de son grain sont plus souvent incomplets. Quoique dans certains pays la répétition presque annuelle de ses atteintes lui donne davantage les apparences d’une endémie, elle offre partout des inégalités qui n’ont pas d’autre règle que l’état des récoltes; on la voit ainsi, après les années d’intempéries, s’exaspérer, se multiplier et faire parfois au printemps des explosions soudaines, comme une sorte d’épidémie; puis, une série d’années meilleures survenant, elle paraît s’effacer ou se réduire aux proportions d’une maladie sporadique.

L’examen comparatif des phénomènes pathologiques achève de démontrer la parenté de la pellagre et des maladies sporadiques, épidémiques ou endémiques, liées à l’action des céréales indigènes altérées. Th. lloussel a cité des cas où la pellagre a été prise pour une épidémie de convulsion céréale, et où la distinction n’aurait pu se faire sûrement que par la connaissance de la cause.

L’ergotisme est caractérisé par les gangrènes, de même que le produit fungique qui lui donne naissance l’est par ses formes tranchées; toutes les maladies populaires qui proviennent de l’action alimentaire des céréales altérées se caractérisent essentiellement par des accidents nerveux de nature spasmodique, suivis d’un affaiblissement qui se rapproche plus ou moins de la paralysie. Ces maladies, que Th. Roussel propose de réunir en un groupe nosologique naturel sous le nom de maladies céréales , ont été placées dans la classe des névroses; elles ont leurs affinités les plus vraies avec les intoxications. Ce sont des maladies toxiques que le mode particulier de leur cause permet d’appeler des intoxications alimentaires.

Il reste à déterminer quel est, dans le maïs altéré, le principe morbifique qui produit la pellagre. Ce que la science possède aujourd’hui de mieux établi sur ce point appartient au docteur Ealardini, de Brescia; mais le parasite dont Balardini nous a révélé l’existence, le verdei'ame, est-il vraiment la cause spécifique en laquelle se résume toute l’étiologie de la pellagre? Ne serait-il pas lui-même un simple effet d’une altération plus cachée, d’une réaction chimique inconnue dans ces liquides organiques des grains mal mûris que l’abbé Rozier appelait 1 eau de végétation ?

§ III. — Symptômes, marche, durée, terminaison, pronostic.

La détermination des symptômes, de la marche, des terminaisons et du pronostic de la pellagre se trouve éclairée d’un jour tout nouveau par la démonstration de ce fait que l’essence et l’unité de cette maladie consistent dans une atteinte toxique ou plus généralement dans une succession d'atteintes toxiques produites par l’alimentation avec le maïs altéré.

Cette intoxication alimentaire peut n’avoir lieu qu’une fois dans la vie d’un individu. Dans ces cas, la pellagre, sa cause manquant, ne peut plus se reproduire. Mais, en fait, les conditions de milieu, favorables au développement de la cause toxique et à son action efficace, sont telles, qu’elles amènent des retours presque réguliers et souvent annuels de la pellagre, lui donnant les apparences de maladie sporadique si les intoxications sont rares, d’épidémie quand elles de-

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