‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 411 sur 494 · GOÎTRE ENDÉMIQUE. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

GOÎTRE ENDÉMIQUE. — TRAITEMENT

remède plus d'une fois chaque deux mois. Les tumeurs les plus volumineuses se dissipent après deux ou trois applications (1). »

Malgré la facilité prodigieuse avec laquelle un nombre considérable de goitreux (25 000 pendant la saison froide d’une année) ont été guéris par l’emploi de la pommade préconisée par les médecins anglais au pied de l'Himalaya, et peut-être même à cause de celte facilité, il y a lieu de « se demander maintenant, grâce aux notions que nous avons sur le climat de l’Inde et sur le tempérament des Hindous, si les goitres de ce pays sont de la même nature que ceux de nos contrées. Ce doute, émis par Gosse, est partagé par Morel; mais il n’est pas moins certain que le deutoiodurc de mercure est un médicament trop précieux pour être exclu du traitement du goitre » (2), et nous devons ajouter que dans deux cas, Vingtrinier a pu obtenir la guérison par ce moyen, alors que différents traitements subis antérieurement étaient demeurés infructueux (3).

L’usage de quelques eaux a été conseillé contre le goitre. Motlard (de Saint-Jean de Maurienne) préfère les eaux de Challes à toute autre; les eaux de l’Échaillon ont aussi été recommandées. Enfin une grande confiance a été accordée par Maire ( U ) à un remède dont voici la formule:

Hyposulfite de soude 80 gram. Alcoolat ou teinture de brou

Bicarbonate de soude 20 gram. de noix vertes 20 gram

Eau distillée 1000 gram.

On fait dissoudre les sels alcalins dans l’eau distillée ; lorsque la dissolution est complète, on ajoute la teinture de brou de noix vertes.

A prendre par cuillerées à bouche, matin et soir, dans un demi-verre d’eau sucrée.

« Dans une école de 80 petites fdles, dont 58 avaient déjà des goitres assez notables, ce remède fut employé pendant un petit nombre de jours et produisit des effets admirables (5). »

Ajoutons encore, comme moyen thérapeutique, l’application d’un vésicatoire sur la tumeur; Ferras en recommandait l’usage et pensait qu’il avait de bons résultats. « Ce moyen est d’autant plus utile que sur sa surface les médicaments agissent mieux que s’ils étaient placés sur la peau non dépourvue de son épiderme (6). »

Traitement chirurgical. — Nous n'avons pas à décrire ici les procédés opératoires qui ont été conseillés ou exécutés dans quelques cas, en particulier lorsque la tumeur a pris un accroissement tel que le malade est menacé de suffocation.

Dans ces cas extrêmes l’intervention chirurgicale est devenue urgente; mais, avant d’en arriver à ce degré de gravité, les goitres ont été quelquefois attaqués avec plus ou moins de hardiesse. Rappelons seulement que l’emploi du séton , vanté déjà par Chelius et indiqué avec détails par Nièpce (7), paraît être, de tou

(1) A. Grant, Notice envoyée par Lang et lue par Gosse devant la Société médicale du canto de Genève (3 décembre 1862). — Monat, fndian Armais of medical science, 1857.

(2) A. Morel, toc. cit. , 1864, t. I, p. 332.

(3) Vingtrinier, Communication citée par A. Morel (toc. cit., p. 331).

(4) Maire, Journal de Nancy, 1858.

(5) M8f Billiet, Lettre adressée à Maire (de Rosières-aux-Saline»),

(6) A. Morel, toc. cit.., 1864, t. I, p. 334.

(7) Nièpce, toc. cit., t 11, p. 485.

1NCERTÆ .St DIS.

les moyens chirurgicaux, celui auquel on peut recourir avec le moins d’inconvénients (Morel). Enfin, la ligature des artères thyroïdiennes supérieures et Y extirpation en masse ont été mises en pratique par Desault, Gosier, Brodie, Cooper, Mayor (de Lausanne); mais il est douteux qu’elles soient jamais préconisées comme méthode ordinaire (A. Morel), et leur emploi paraît limité aux seuls cas extrêmes (1). Quant à la ponction suivie d'injection iodée , elle doit être réservée aux cas où la tumeur est formée par un kyste, et le succès peut être complet (2).

3° GOÎTRE EXOPHTH ALMIQUE (MALADIE DE GRAVES, MALADIE DE R A SE DOW). § I. — Définition, synonymie, historique.

On désigne aujourd’hui sous le nom de goitre exophthalmigue une affection caractérisée par la saillie des globes oculaires, le développement de la glande thyroïde, des palpitations cardiaques, des battements visibles des artères, et les signes extérieurs plus ou moins prononcés de Y anémie. La constatation de ces signes réunis suffit au diagnostic, et chacun des trois premiers, perçu isolément, doit suggérer l’idée de rechercher les autres, lorsqu’ils ne sont pas tout d’abord appréciables.

L’affection qui nous occupe, entrevue par quelques ophtalmologistes (3), a été étudiée plus complètement en Angleterre et en Allemagne. On la trouve indiquée déjà par Flajani (à), par Parrv (5), Mac- Donnell (6), Pauli (7), Brueck (8); mais c’est surtout depuis les descriptions données par Basedow (9) et par Graves (10), que l’attention a été plus particulièrement attirée vers ce point. Quelques monographies et plusieurs observations ont été publiées depuis et sont duesàBegbie (11), à Hcnoch (12), à Cooper (13), à Helfft (1/t), à Lubarsch (15), à Heusinger (16), à Romberg (17), à W. Stokes (18), à Nauman (19), à Primassin (20), à

. (1) Nièpce, /oc. cit., t. II, p. 487.

(2) Arthaud (de Lyon), cité par A. Morel (toc. cit., 1864, t. I, p. 336).

(3) Siebel, bulletin général cle thérapeutique, 1846, t. XXX, p. 344 (Sur une espèce particulière d'cxophthalmos produit par f hypertrophie ou la congestion du tissu cellulo-graisseuxde l'orbite). — Desmarres, Gazette des hôpitaux, 1853, n° 1, p. 2. — Demours cite un fait du même genre observé chez une jeune lîlle de seize ans.

(4) Flajani, Collczione d’osserv. e riflessioni di chirurgia. Borna, 1800, vol. III, p. 270.

(5) H. C. Parrv, Collections from the unpuhlishcd mecl. writings, etc., p. 111. London, 1825. —Marsh, Dublin Journal of med. sc., y ol. XX, p. 471.

(6) Mac-Donnell, Dublin Journal of med. sc., vol. XXYII, p. 200.

(7) Pauli, Heidelberger Klin. Annalen , 1837, Band III, lleft n.

(8) Brueck, inV. Ammon’s Zeitschrift, Band IV, 1835.— C aspcr's Wochenschrift, 11 Juli 1840, und 29 April 1848.

(9) Basedow, Exophthabnos durch hypertrophie des Zengeicebes in der Augenhoe/e, in Caspers Wochenschrift, 28 mai 1840.

(10) Graves, Ou clinical medicine. Dublin, 1843, p. 674.

(1 1) Begbie, Monthly Journal, april 1845, case book, p. 33.

(12) Henoch, in Casper's Wochenschrift, 23 septembre 1848.

(13) Cooper, The Lancet, 26 mai 1849.

(14) HelITt. in Casper’s Wochenschrift, 1849, S. nos 29, 30, 48, 49.

(15) Lubarsch, ibicl., 1850, S. 60.

(16) Heusinger, ibid., 1851, S. 29.

(17) Romberg, Klinische Wahrnehmungcn und Beobachtungcn , 1851, S. 178.

(18) W. Stokes, Diseases of the Heurt, p. 278. Dublin, 1853 ; et Traité des maladies du caur et de l’aorte, traduction française par Senac. Paris, 1864, p. 279 et suiv

(19) Nauman, Deutsch Klmik, 1853, p. 24.

(20) Primassin, Org. /'. d. Gesammt. Hci/k., Bd II, H. 3.

COÎTRE EXOPHTHALMIQUE. — DESCRIPTION DES SYMPTÔMES. 1077

Schoch (1), à Koeben (2), à R. Taylor (3), à Syme (A), et chez nous, à Charcot (5), dans le travail duquel ont été résumés tous les travaux publiés antérieurement sur le même sujet. Plus récemment encore P. Fischer (6), Aran (7), Hervieux, Gros (8), Tcissier (9) , A. Corlieu (10), et plus particulièrement A. Trousseau (Tl), ont donné à cette étude une extension qu’elle n’avait pas eue chez nous jusque-là, en même temps qu’ils ont essayé de présenter une explication de la maladie, envisagée sous différents points de vue.

Le goitre exophthalmique est encore désigné sous des noms différents par plusieurs auteurs : Cachexie exophthalmique , cachexie tyroïdienne , maladie de Basedow, maladie de Graves , Ancemie protrusion ofthe eye-balls (Taylor), etc.

§ II. — Description des symptômes, marche et terminaison.

Dans la plupart des cas, ce sont les palpitations artérielles et cardiaques qui ouvrent la scène. Les malades ont offert, depuis quelque temps déjà, certaines bizarreries du caractère et une étrangeté du regard qui n’avaient point échappé aux personnes qui les entourent; mais les palpitations sont les premiers phénomènes qui, ordinairement, engagent les malades eux-mêmes à venir consulter un médecin ; et c’est alors surtout qu’il est important de ne pas se laisser aller à confondre les phénomènes observés, avec ceux qu’on pourrait rattacher à l’anémie, à la chlorose, ou à l’établissement difficile ou au dérangement d’une fonction telle que la menstruation. L’erreur sera facilement évitée toutes les fois qu’on aura pu découvrir l’apparition simultanée ou prochainement successive des divers symptômes sur lesquels nous allons insister; mais il est des cas frustes, dans lesquels le goitre et l’exoplnhalmie existent à un état tellement rudimentaire que l’affection peut être aisément méconnue.

Palpitations artérielles et cardiaques. — » Les battements du cœur sont violents, ils soulèvent fortement la paroi thoracique le plus souvent amaigrie, amènent bientôt de la voussure de la région cardiaque; et le choc du cœur sur la poitrine est tellement considérable, qu’il peut quelquefois être entendu à distance. Ges battements redoublant de fréquence et de force lors des émotions morales ou de toute

(1) Schoch, De exophthalmo uc struma cum cor dix affectione, dissert, inaug., 1854. Berlin, bei Schade.

(2) Koeben, idem , 1855. Berlin, bei Schlesinger.

(3) U. Taylor, Med. Unies and Gaz., 24 mai 1856.

(4) Syme, Monthly Journal of med. science , vol. \, p. 488.

(5) Charcot, Mémoire sur une affection caractérisée par des palpitations du cœur et des artères, la tuméfaction de la glande thyroïde et une double exophthalmie ( Mémoires de la Société de biologie, 2e série, t. III, année 1856, p. 43-56).

(6) P. Fischer, De l’exophthalmos cachectique (Archives génér. de médecine, 1859, 1. 11, p. 521, 652).

(7) Aran, De la nature et du traitement de V affection connue sous le nom de goitre exophthalmique [Bulletin de l’Académie de médecine, 1860, t. XXVI).

(8) Gros, Bulletin gén. de thérapeutique, 1862, et Note sur le goitre exophthalmique, lue

à la Société de médecine de Paris ( Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurqie, 9 décembre 1864). *

(9) leissier (de Lyon), Gazette médicale de Lyon, 16 janvier 1863.

(10) A. Corlieu, Du goitre exophthalmique ou névrose thyro-exophthalmigue, mémoire lu a la Société de médecine pratique de Paris, séance du 6 août 1863. Paris, 1863.

(11) A. Trousseau, Clinique médicale de /'Hôtel-Dieu de Paris, t. II, p. 458, 2e édition Paris, 1865.

INCERTÆ SEDIS.

cause (l’effort, les malades ne peuvent faire aucun exercice soutenu. Les claquements valvulaires sont exagérés et accompagnés ordinairement d’un bruit de souffle doux au premier temps, qui se prolonge sur le trajet des gros vaisseaux ; les battements carotidiens sont plus forts qu’à l’état normal, et ont leur part, ainsi que les veines jugulaires, dans les bruits perçus au niveau delà tumeur tyroïdienne. » (Trousseau). Les battements les plus violents et les plus précipités du cœur et des artères peuvent persister sans relâche pendant des mois, des années même ; mais, en général, ils présentent une succession d’exacerbations et de rémissions, de durée variable, pendant lesquelles les autres symptômes se modifient dans le même sens. Tous les auteurs ont remarqué, en effet, que, pendant les accès, la tumeur du cou et la saillie des yeux prennent un développement insolite, qu’elles sont moins prononcées, au contraire, dans les moments de calme. Le pouls radial, pendant les exacerbations, est presque toujours remarquablement accéléré. Ainsi on compte habituellement 1)5, 120, 130 pulsations à la minute (Romberg, Charcot) ; mais, presque toujours faibles, elles ne correspondent guère que par leur fréquence aux pulsations carotidiennes, alors même que ces dernières sont très-violentes (Stokes). L’aorte abdominale peut être, comme les artères du cou, affectée de battements énergiques (Charcot). Les artères qui rampent à la surface de la thyroïde paraissent quelquefois nombreuses, volumineuses, et elles battent avec force. Il est des cas où les pulsations artérielles sont tellement fortes qu’elles semblent prédominer sur les pulsations cardiaques (Charcot). Les principaux troncs artériels sont le siège d’un frémissement cataire ; l’auscultation pratiquée sur le trajet de ces vaisseaux y fait constater l’existence d’un souille rude, continu, avec redoublements (Charcot).

Tantôt la matité de la région précordiale ne s’étend pas au delà de ses limites normales; d’autres fois, au contraire, on a observé tous les signes qui indiquent l’existence d’une augmentation de volume du cœur. Il faut du reste se défier attentivement de l'augmentation seulement apparente de la matité. « En effet, dans la région cardiaque, il y a deux sortes de matités : l’une absolue, qui est à peu près de A à 5 centimètres carrés à l’état physiologique; l’autre variété est la matité relative, c’est-à-dire celle qui circonscrit la matité absolue, et qui peut varier à l’infini, suivant les rapports du cœur avec le poumon, suivant la gêne de la circulation, suivant le plus ou moins d’épaisseur et de densité des parois thoraciques. La matité relative peut mesurer 10, 12, 13 centimètres dans le sens transversal, et 8, 10, 12 centimètres dans le sens vertical. La matité relative peut être facilement constatée dans la maladie de Graves, parce que les malades ont souvent les parois thoraciques très-minces; mais, c’est seulement de la matité réelle, absolue, qu’il faut tenir compte ici pour établir s’il y a ou non augmentation de volume du cœur (Trousseau).

La constatation de ce dernier fait est des plus importantes; et cependant les auteurs ne sont pas d’accord sur son existence. Nous reviendrons plus loin sur cette question, en traitant de la physiologie pathologique.

Tumeur thyroïdienne. — La tumeur thyroïdienne est lisse, molle, plus ou moins volumineuse. Elle n’atteint habituellement pas des dimensions excessives; il est des cas où elle est formée presque exclusivement aux dépens de l’un des deux lobes, principalement du lobe droit. On I a vue alors simuler un anévrysme

Page 1