GOÎTRE EXOPHTHALMIQUE. — DESCRIPTION DES SYMPTÔMES
(Stokcs, Graves, Emile Vidai) (1); elle est, en effet, le siège de battements pins ou moins énergiques et d’un frémissement souvent fort remarquable. Il est difficile de décider si ces battements, si ce frémissement, si enfin le bruit rude, parfois musical, qu'on y perçoit à l’aide de l’auscultation, lui appartiennent en propre (Stokes, Trousseau), ou s’ils lui sont tout simplement communiqués par les artères carotides (Romberg). Quoi qu’il en soit, l’hypertrophie du corps thyroïde, qui peut porter jusque sur le pont même de cet organe, se fait d’ordinaire progressivement : « elle arrive d’abord, pour ainsi dire, à l’insu des malades, et une circonstance fortuite leur dévoile seulement cet état pathologique. Bientôt, et cela parallèlement avec la marche de la maladie générale, la tumeur thyroïdienne augmente de plus en plus; quelquefois il y a des périodes d’arrêt, mais alors la tumeur est devenue, dans certains cas, assez volumineuse pour donner lieu à des modifications très-notables de la voix et de la respiration. Les malades éprouvent une gène marquée de la respiration, surtout dans le décubitus dorsal ; la trachée se trouve comprimée, soit par le poids seul de la tumeur, soit par son envahissement hypertrophique, qui peut alors circonscrire le tube aérifère et l’étreindre dans un anneau, comme cela a lieu dans les cas de goitre suffocant. Cependant il est des cas où l’hypertrophie se développe d’une façon presque soudaine; enfin, à l’hypertrophie la plus manifeste a succédé, dans un cas, l’atrophie de la glande qui était devenue le siège d’une véritable cirrhose (Trousseau).
« Les modifications de la voix, dans le goitre exophthalmique, peuvent être dues aux modifications de la respiration ou à la compression de l’un ou des deux nerfs laryngés récurrents; alors les malades ont de la faiblesse ou de la raucité de la voix (2). »
Exo/ihthalmie. — « L’exophthalmie se montre habituellement pendant les dernières phases de la maladie ; quelquefois, au contraire, elle se montre pour ainsi dire dès le début. Parfois à peine appréciable, elle peut être, dans certains cas, tellement prononcée, que l’occlusion des paupières devient impossible. Elle affecte généralement les deux yeux à un égal degré. Elle ne s’accompagne le plus souvent d’aucun trouble de la vision, d’aucune modification de la conjonctive, de l’orifice pupillaire, des membranes de l’œil ou de ses humeurs. Elle peut persister pendant des années entières sans provoquer l’ophlhalmie (Stokes). Cependant, les malades peuvent devenir presbytes ou myopes; souvent Lœil conserve une grande puissance d’adaptation. Trousseau a vu un malade qui pouvait lire à des distances très-variées, en môme temps que le globe oculaire et la pupille éprouvaient certaines modifications: ainsi, il y avait strabisme convergent et dilatation pupillaire lorsque l’objet était placé près des yeux, tandis que les globes oculaires reprenaient leur axe normal et les pupilles se contractaient lorsque l’objet était éloigné. On voyait, suivant les différentes positions données à l’objet, qu’il y avait effort pour l’adaptation, et quelques larmes venaient augmenter le brillant des yeux, puis tombaient sur la paupière inférieure. »
Withuisen (3), ayant pratiqué l’examen ophthalmoscopique dans un cas de cachexie exophthalmique, est arrivé à ce résultat, que « les membranes de l’œil,
(1) Émile Vidal, cité par A. Trousseau, loc. cil., p. 461.
(2) A. Trousseau, loc. cil., p. 461.
(3) Wilhuiseu, cité par A. Trousseau, /oc, ci7.,p. 459, 460.
1NCERTÆ SE OIS.
dans celle maladie, peuveni présenter une injection vive et des modifications de nutrition caractérisées par des dépôts de pigment et de matière jaunâtre sur la membrane rétinienne. »
Qu’elle existe seule ou qu’elle s’accompagne d’autres modifications dans l’appareil de la vision, l’exophthalmie ne produit aucune gène, aucune douleur, du moins dans les cas de moyenne intensité; et n’était qu’elle leur donne une physionomie très-singulière, qui exprime l’anxiété ou la terreur (physionomie bientôt remarquée par les personnes qui les entourent), les malades en ignoreraient pendant longtemps l’existence. Mais l’exophthalmie fait peu à peu des progrès, au point que, « dans quelques cas, les malades craignent la chute de leurs yeux, il leur semble que ces organes vont sortir de leurs orbites ; ils éprouvent de la peine à fermer complètement les paupières, et pendant le sommeil le globe oculaire reste souvent en partie découvert. Une jeune malade de Clermont offrait une propulsion telle des globes oculaires qu’il y eut luxation de l’un d’eux et qu’il fallut le replacer avec les doigts dans la cavité orbitaire » (Pain).
Ajoutons que l’exophthalmos se prononce surtout sous l’influence des émotions morales ou aux époques menstruelles.
Symptômes secondaires. — En même temps qu’on observe les principaux symptômes que nous venons de rappeler, il n’y a pas généralement d’indices de fièvre, et les fonctions de nutrition continuent à s’exercer pendant un temps souvent fort long, sans éprouver d’atteinte sérieuse. Quant à la température du corps, qui, dans quelques cas, a paru rester normale (Charcot), elle a, dans d'autres, été trouvée plus élevée (au thermomètre) et les malades eux-mêmes se plaignaient d’une augmentation de caloricité (Basedow). Teissier (de Lyon) a constaté une élévation de 1 à 2 degrés centigrades au-dessus du chiffre normal, qui est de 35 à 36 degrés. Ces modifications dans la température se montrent pendant les paroxysmes et s’accompagnent de l’accélération du pouls. Chez une malade observée par Trousseau, le pouls était habituellement à 120, la peau toujours chaude et sèche. Dans les moments d’exacerbation, le pouls montait rapidement à lôO et 150; la sensation de chaleur devenait intolérable, et la malade rejetait loin d’elle les couvertures. Cette malade présentait en outre l’existence de la tache cérébrale :
« si l’on irritait légèrement l’épiderme, au bout de deux secondes, tout au plus, on voyait apparaître une belle tache rouge qui persistait près d’une minute. Tl y aurait là une asthénie très-prononcée de l 'appareil nerveux vaso-moteur , asthénie qui déterminerait la dilatation facile, rapide et persistante des capillaires, sous l’influence de l’irritation la plus légère, absolument comme il arrive dans la fièvre cérébrale et dans quelques cas de dothiénentérie à forme nerveuse. »
Mais, en dehors de ces troubles, qui se manifestent plus particulièrement dans les paroxysmes, les malades en présentent quelques autres encore. « Quelquefois l’appétit est moindre, bizarre ; d’autres fois, au contraire, la faim est difficile à satisfaire; la digestion est active, et cependant l’amaigrissement continue de faire
des progrès. Les malades perdent leur embonpoint et leurs couleurs. Quelquesuns sont sujets à des flux intestinaux qui viennent encore ajouter aux causes de dépérissement. Mais lorsque la maladie semble rétrocéder, la diarrhée diminue, s’arrête, les malades utilisent l’appétit féroce qu’ils ont conservé, et ils reprennent les apparences de la santé ; s'ils sont encore dans la période de la vie où la crois-