GOÎTRE EXOPHTHALMIQUE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE, ETC
Le plus souvent les valvules auriculo-ventriculaires ou sigmoïdes étaient tout à fait saines et parfaitement suffisantes; l’endocarde ne présentait pas d’altération. Il semblerait, d’après cela, qu’une augmentation de volume du cœur avec dilatation des cavités ventriculaires, le plus souvent sans altération notable des valvules, dût être considérée comme un caractère indispensable de la maladie.
» Mais, en supposant même que cette lésion fût rencontrée chez tous les individus qui succombent, il n’en serait pas moins naturel de croire qu’elle n’est qu’un phénomène de seconde date et qu’elle n’est pas le point de départ des troubles qu’a présentés dès l’origine l’organe central de la circulation. Il existe en effet un certain nombre de cas où le cœur, examiné avec soin à diverses époques de la maladie, n’a jamais présenté les signes d’une augmentation de volume ou d’une lésion organique quelconque (Charcot, Trousseau). On a vu, en outre, la matité anormale, constatée à la région précordiale, lors des exacerbations, disparaître à l’époque des rémissions ou lors de la guérison définitive (Romberg). Enfin, on a pu voir la dilatation du cœur naître, pour ainsi dire, et se développer à mesure que les palpitations cardiaques et artérielles devenaient de plus en plus intenses et permanentes.
-• Ce sont là des faits cliniques qui ne sauraient guère se concilier avec l’idée d’une altération organique primitive et considérée comme cause de tous les accidents. Les troubles du cœur sont donc, suivant toute apparence, au moins au début, l’expression d’une lésion purement fonctionnelle dont le point de départ peut être cherché, sans doute, dans une affection du système nerveux. » (Charcot. )
La question qui a trait à l’existence de l’augmentation de volume du cœur dans les cas de maladie de Graves n’est pas considérée de la même manière par tous les auteurs. Stokes, par exemple, dans la description qu’il donne de la cachexie exophthalmique fait une description spéciale pour la cachexie avec altération organique du cœur; mais, ne voyant dans la maladie qu’une névrose cardiaque, il fait de tous les phénomènes morbides une conséquence de cette névrose. Selon Trousseau, le goitre exophthalmique n’est pas nécessairement accompagné de dilatation des cavités ou d’altération des valvules du cœur; mais la division de Stokes doit être cependant conservée, car « le goitre exophthalmique ne saurait exclure la coïncidence de semblables lésions, et pourrait peut-être avoir une part déterminante dans leur production ». Quant au fait d’augmentation de volume du cœur existant dans tous les cas de goitre exophthalmique, ce fait soutenu par Aran (1) a été l’occasion de discussions et d’interprétations diverses. Les faits observés par Trousseau, L. Legros, Teissier (de Lyon) et quelques autres médecins, ne paraissent pas en faveur de l’opinion d’Aran, puisque la violence des battements du cœur et des gros vaisseaux peut exister sans qu’il y ait nécessairement hypertrophie cardiaque, et qu’on observe ces battements énergiques dans les cas de chlorose et d’hystérie. Les caractères du pouls radial n’étaient ceux, ni de l’hypertrophie, ni de la dilatation passive ; la matité précordiale absolue n’était pas non plus augmentée. Mais s’il n’y a pas hypertrophie active du cœur, Trousseau pense qu’il peut y avoir quelquefois dilatation des cavités : « Pendant les paroxysmes, lorsque le cœur est fatigué de son excès d’action, il y aurait distension des parois, surtout
(I) Aran, Rud. de l’Académie impériale de méd. Paris, I8C0, t. XXVI, p. 122 et suiv.
INCERTÆ SEDI.
de 1 oreillette du cœur droit; et alors la percussion pourrait démontrer une matité plus étendue, mais cela passagèrement », ce qui expliquerait les différences qu’on rencontre dans le résultat des examens publiés par Aranot par la plupart des autres observateurs, entre autres, par Praël (de Berlin).
«La maladie de Graves, selon Trousseau, n’est donc pas nécessairement accompagnée de maladie organique du cœur, telle est la règle ; mais elle peut se montrer chez des sujets ultérieurement affectés de lésion cardiaque; les antécédents du malade et les signes propres aux lésions organiques permettront d’établir la part qui revient à chacune des maladies sur l’état du cœur (1). La maladie de Graves n’amène pas nécessairement l’hypertrophie cardiaque , et cependant elle peut déterminer une modification analogue alors à l’hypertrophie normale du cœur observée pendant la grossesse (J. F. Larcher) ; hypertrophie qui pourrait être passagère et disparaître quelques semaines ou quelques mois après la guérison de la maladie, ou qui pourrait devenir définitive (dans certains cas assez rares jusqu’ici), lorsque la maladie exophthalmique aura eu une longue durée. Selon Beau lui-même, si, dans la maladie de Graves, il y a hypertrophie du cœur, cette lésion est curable (2). »
Corps thyroïde. — On a trouvé dans cet organe les caractères de l’hypertrophie des acini en même temps qu’un développement considérable des vaisseaux. Les artères thyroïdiennes augmentent de diamètre, deviennent flexueuses; leurs extrémités et leurs branches prennent un grand développement, leurs anastomoses semblent se multiplier (Basedow, Stokes, Hirsch). <> Ce développement exagéré du système artériel rappelle la dilatation vasculaire, à laquelle on donne le nom d’anévrysme cirsoïde, et rend parfaitement compte des bruits de souille perçus au niveau de la tumeur, et du mouvement d’expansion éprouvé pendant la vie par la main qui saisit le corps thyroïde. Le soulèvement en masse noté dans la description de la tumeur est dû à la diastole des artères carotides, et le mouvement d’expansion à la dilatation des branches et des rameaux des artères thyroïdiennes.
» Le système veineux de la tumeur est aussi très-développé (Marsh), de grosses veines la sillonnent à sa surface et dans son épaisseur (Henoch). Lorsque la maladie marche vers la guérison, la tumeur devient moins élastique, plus dure; alors l’anatomie pathologique a montré une diminution du système vasculaire et une augmentation du tissu conjonctif, devenu fibreux; on observe aussi de petits kystes sanguins qui ont pu subir diverses métamorphoses (Trousseau). » Kœben a trouvé même les cellules thyroïdiennes remplies de matière gélatineuse.
Exophthalmie. — Avant de résumer les détails fournis par l’examen nécroscopique, nous devons rappeler qu’on a cherché à rattacher l’exophthalmie a une affection du grand sympathique cervical comprimé ou excité par la tumeur thyroïdienne (Kœben).
« Mais, pour que cette opinion fût plausible, il faudrait que la tumeur précédât constamment l’exophlhalmie ; or, le contraire se voit quelquefois ; ne faudrait-il pas en outre que la pupille fût dilatée, que la température de la face éprouvât
(1) Chez les sujets qui, outre la maladie de Graves, ont en même temps des lésions organiques du cœur, il faut tenir compte de l’influence de ces dernières sur les complications qui peuvent survenir.
(2) A. Trousseau, /or. ci /., p. 464, 465.