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GOITRE EXOPHTHALMIOUE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE, ETC

un abaissement notable? C’est ce qui n’a pas été constaté (1). Observe-t-on d’ailleurs l’exophthalmie chez les goitreux, alors même que la tumeur du cou a acquis des dimensions énormes? Une paralysie des muscles droits ne saurait également pas cire invoquée, puisque les yeux se meuvent, en général, dans tous les sens, avec une grande facilité. » (Charcot. )

L’insuffisance de ces explications physiologiques a paru plusieurs fois se reproduire jusque dans les résultats fournis par les examens nécroscopiques. C’est ainsi que, dans plusieurs cas, le globe de l’œil n’ayant présenté aucune altération notable, soit dans son volume, soit dans sa texture, on a rejeté l’hypothèse de 17»/drophthalmie proposée par Stokes. Cependant, AVithuisen et Nauman ont noté des dépôts de pigment autour de la pupille du nerf optique, mais rien encore qui paraisse avoir dû produire l’exophthalmie.

Dans plusieurs cas, le tissu cellulo-graisseux qui remplit le fond de l’orbite formait une masse sensiblement plus volumineuse que dans l’état normal (Basedovv, Heusinger, Kœben, Trousseau). Chez un sujet, observé par Richet et affecté d’un œdème général, ce dernier ayant disparu, l’œdème du tissu cellulograisseux avait persisté seul. L’accumulation de la graisse pourrait, à la rigueur, être considérée comme ayant produit l’exophthalmie dans de semblables cas; mais une pareille lésion n’exisle apparemment pas chez les malades dont le globe de l'œil est réductible sous l’influence d’une légère pression, ainsi qu’on en a vu d’assez nombreux exemples (Romberg, Taylor) ; elle n’existait évidemment pas dans les cas où la saillie des yeux a rapidement et complètement disparu après la cessation des palpitations cardiaques.

E. Follin a trouvé, pendant la vie et à l’aide de l’examen ophthalmoscopique, une vascularité plus grande de la choroïde; Romberg a vu l’artère ophthalmique allongée, dilatée; Fano a constaté dans un cas l’existence d’une vascularité veineuse considérable de l’orbite, à ce point que, en pressant le globe oculaire, il voyait des veines volumineuses soulever en masse la paupière supérieure; mais il n’est pas certain que la congestion des veines orbitaires et la dilatation de l’artère ophthahnique aient eu une grande part dans la production du phénomène exophthalmie. Cependant, « si l’on remarque que la saillie du globe oculaire peut, dans un grand nombre de cas, se manifester avec rapidité dans un paroxysme et disparaître ensuite », Trousseau pense « qu’on est conduit à attribuer cette saillie à une congestion violente et active ». Ainsi pourraient s’expliquer l’apparition et la disparition facile de l’exorbitis. Mais, si les congestions répétées deviennent hypertrophiques, c’est-à-dire si l’habitude congestive exalte la nutrition du tissu cellulo-adipeux de l’orbite, ce tissu cellulaire augmente peu à peu de volume, et, en refoulant graduellement le globe de l’œil, il crée une exophthalmie désormais définitive.

Etat des voies digestives, des parties annexes et de quelques autres organes.

— On a rencontré, dans quelques cas, diverses altérations viscérales; on a trouvé le foie et la rate gorgés de sang, augmentés de volume, et même atteints de la cirrhose hypertrophique (Trousseau). Le rein a présenté aussi des altérations

(1) Aroyez sur ce sujet, les recherches de Claude Bernard (Mém. de la Société de biologie, 1853, t. V, p. 77, et Leçons sur la physiologie et la pathologie dusystème nerveux , Paris, 1859, t. II). — Brown-Séquard, Gazette médicale de Paris, 1854, n° 2, p. 22 et passim,

— Waller, Comptes rendus de l’Acad. des sciences, 28 févr, 1853.

INf.ERTÆ SED1S.

graves, telles que les dégénérescences graisseuse et amyloïde , et tous les caractères de la maladie de Bright (Trousseau). Enfin, on a noté encore Y atrophie de la glande mammaire (Corlieu).

On peut, assurément, se demander si ces diverses lésions sont des manifestations directes de la maladie, ou si elles sont tout simplement des affections purement accidentelles ; mais, dans les cas de goitre exophlhalmique avec lésions organiques du cœur, il paraît naturel de rapportera ces dernières la plupart des congestions passives qui se rencontrent dans les organes parenchymateux.

Etiologie et physiologie pathologique. — On a cherché à rattacher le goitre exophthalmique à diverses autres affections, telles que la scrofule, l’hystérie, la chlorose, l’anémie. Comme la chlorose, comme l’hystérie, la maladie de Graves s’accompagne, en effet, de congestions locales qui paraissent avoir leur cause prochaine dans une modification de l’appareil vaso-moteur; et Graves se demande même si le sentiment de suffocation éprouvé par les hystériques (sentiment qu’on a comparé à une boule qui remonte vers la gorge, à une grille qui étreint la base du cou) n’est pas dû à une congestion soudaine de la glande thyroïde qui, d’ailleurs, aurait été constatée, lors des attaques hystériques, par plusieurs médecins dont il appréciait toute la valeur scientifique. Cette congestion, dans l’hystérie comme dans le goitre exophthalmique, serait même, selon Trousseau, sous la dépendance des paroxysmes nerveux agissant sur le centre circulatoire ou sur quelqu’une des portions périphériques du système vasculaire. « La turgescence de la thyroïde, qui augmente ou diminue avec l’accélération ou la diminution des battements cardiaques, la saillie des veux, l’éclat du regard, qui se montrent surtout pendant les paroxysmes, la chaleur et la moiteur de la peau, les troubles intellectuels, sont autant de phénomènes qui viennent témoigner bien haut en faveur du molimen congestif. »

Ce mouvement congestif paraît se produire sous l’influence d’une névrose, et la plupart des auteurs considèrent aujourd’hui la maladie de Graves comme étant précisément cette névrose (1); « névrose congestive, et, déplus, véritable entité morbide, parce qu’elle présente des phénomènes spéciaux : palpitations cardiaques, congestions de la glande thyroïde et des globes oculaires. C’est une espèce pathologique de la grande classe des névroses à marche paroxystique. Elle doit être nettement séparée des autres exophthalmies consécutives aux maladies organiques du cœur, et ne saurait être confondue avec le goitre proprement dit, de cause accidentelle ou de cause endémique » (Trousseau). Les émotions profondes paraissent exercer sur la production du goitre exophthalmique, une influence qui revient au grand sympathique pour les troubles fonctionnels propres à la maladie et pour les lésions de structure consécutives. On sait, en effet, « que la paralysie ou la faiblesse du système nerveux vaso-moteur détermine le relâchement des parois vasculaires, la stase du sang, et par suite la congestion ». Or, Trousseau pense que quelque chose d’analogue a lieu dans la maladie de Graves, et que les troubles fonctionnels qui s’observent alors (hypérémies avec toutes leurs conséquences), « dérivent soit d’un état congestionnel passager du grand sympathique, soit même d’une lésion de structure permanente du système nerveux ganglionnaire (2); con-

(1) Névrose Ikyro-exophthalmigue , de Corlieu.

(2) Prédominance de l’élément conjonctif, diminution de l’élément nerveux ( Peler, Lancereaux ).

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