‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 45 sur 494 · DESCRIPTION ANATOMIQUE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION ANATOMIQUE

muqueuse utérine enlevés peut-être sur des fongosités qui n’ont pas cédé a l’abrasion. D’ailleurs, Lebert convient que la muqueuse ri est pas dans son état normal. Or, il résulte des recherches de Ch. Robin qu’il s’agit d’une hypertrophie de la muqueuse utérine, avec adjonction d’éléments nouveaux (produits fibro-plastiques).

§ I. — Description anatomique.

« Les lambeaux enlevés au moyen de la curette utérine présentent, à cause même de la forme de l’instrument, l’aspect de bandelettes longues de 3 à 5 centimètres sur 5 à 6 millimètres de largeur. Les deux faces, libre et adhérente, sont circonscrites par des bords taillés en biseau, aux dépens de la dernière. La face libre est lisse, recouverte par l’épithélium; on y aperçoit un lacis vasculaire, généralement lin, de couleur rouge, quelquefois violacé; la face adhérente est hérissée de petites villosités très-fines, dues à l’action de la curette; elle est un peu veloutée, d’un blanc grisâtre ou rosé, très-peu vasculaire. L’épaisseur du lambeau enlevé est de 1 millimètre à 2 millimètres 1/2; on peut trouver diverses épaisseurs sur le même fragment; la vascularisation pénètre jusqu’à 1 millimètre et 1/2 ou 2 millimètres.

» Jusqu’ici la description se rapporte très-exactement à celle de la muqueuse observée pendant l’écoulement menstruel ; mais il est extrêmement rare que l’on rencontre la muqueuse simplement dans cet état; on trouve, en outre, de petites granulations saillantes, soulevant légèrement la muqueuse, d’autres fois formant de petites saillies hémisphériques ou même sphériques, et un peu pédiculées, ressemblant assez bien à de petits grains de groseille, opaques ou transparents, et, dans ce dernier cas, jaunâtres comme de petits polypes vésiculaires, ou rosés, rouges même. Sous la muqueuse, on trouve quelquefois de petits caillots sanguins, comme apoplectiques, mais beaucoup plus souvent de petites masses à surface spongieuse, violacées, semblables à du tissu placentaire, contenant dans leur intérieur une sorte de noyau central, mal limité, plus dur, que l’on sent bien surtout en les pressant entre le pouce et l’index.

» Les petits grains, un peu pédiculés, forment une saillie très-prononcée sous la muqueuse. Dans certains cas, ils ne sont rattachés à la muqueuse que par un petit pédicule mince, et ressemblent alors tout à fait aux polypes vésiculaires que l’on extrait souvent des fosses nasales. Ces polypes sont implantés alors sur la muqueuse vascularisée décrite plus haut.

» Enfin, on rencontre sur la muqueuse vascularisée, de petits grains, comme des têtes d’épingle, qui se trouvent sous la face libre de la muqueuse, et lui donnent un aspect chagriné. Quelquefois ils atteignent la grosseur d’une graine de chènevis ou même d’un petit pois, et ressemblent alors à l’état décrit plus haut, si ce n’est que, dans ce dernier cas, ils sont plus abondants et plus régulièrement disséminés. (Jes granulations sont assez consistantes et présentent à la coupe une couleur blanchâtre; elles ressemblent parfaitement à de petits grains glandulaires.

» Les fongosités de l’utérus peuvent aussi s’observer dans la cavité du col; quelques médecins Vnême admettent qu’on les y rencontre fréquemment, tandis qu’elles sont très-rares dans la cavité du corps ou ne s’y rencontrent jamais, et pourtant elles sont extrêmement rares dans la cavité du col exclusivement... Quelques obser vateurs, et notamment Alph. Robert et Richet, ont pensé que les fongosités se Valleix, 5e éüit. - y 11

MALADIES DES FEMMES

développent peut-être de préférence sur les points de la cavité utérine qui ont été le siège de l’implantation du placenta pendant la grossesse. Il est difficile de se rendre un compte exact de celte opinion. » (Rouycr. )

Ici nous devons faire remarquer que le plus grand nombre des descriptions anatomiques ont été données d’après les fragments retirés de l’utérus à l’aide de la curette de Récamier, et que c’est l’absence d’examen direct qui a pu faire élever des doutes sur la nature, le siège et môme l’existence des fongosités intra-utérines. Mais il semble que le doute n’est plus permis depuis que l’on a donné des observations recueillies sur le cadavre (Richet (1), A. Néla ton, Robert, Léon Ferrier) (21. Dans un cas, sur la partie postérieure de la cavité utérine, au niveau des trompes, il existait une masse fongueuse, pulpeuse, rougeâtre, framboisée, sans forme déterminée; cette masse se laissait facilement enlever avec les doigts; dans un autre càs, h la partie postérieure et sur la ligne médiane de la face interne du corps de l’utérus, on voyait une végétation d’une forme aplatie, d’une couleur rosée, d’une consistance molle, s’insérant sur la muqueuse par un pédicule étalé.

Mais C’est surtout à Goldschinidt que nous devons le plus grand nombre de descriptions de fongosités observées sur le cadavre ; les dessins joints à sa thèse ne peuvent laisser de doule sur la réalité de l’affection. Le fait suivant nous paraît suffire comme description générale. Chez une femme âgée de soixante-deux ans, morte de métro-péritonite, on trouva une tumeur fongueuse jaunâtre, très-vasculaire, d’un rouge vif en quelques points, insérée par une large base sur toute l’étendue du fond et sur une partie de la surface postérieure de la cavité utérine, et présentant les caractères suivants : production fongueuse molle, se laissant assez facilement entamer par l’ongle, divisée en deux lobes inégaux qui offrent à leurs extrémités libres un certain nombre de lobules moulés les uns sur les autres et aplatis sur les côtés, lobules d’un rouge brun, qui ont été le siège d’hémorrhagies abondantes et presque continues vers la fin de la vie ; accumulation de matières fétides entre la tumeur et la cavité utérine. Les autres descriptions, tracées par Goldschinidt, d’après des pièces recueillies par Kœberlé et par Stolz, diffèrent peu de la précédente.

Quant 'a la nature intime de ces productions, les auteurs s’accordent pour les attribuer à une hypertrophie delà muqueuse utérine, avec addition de produits fibro-plastiqucs. Nous renvoyons, pour les détails de cette description, aux observations microscopiques de Ch. Robin (3), Lebert (ô), Léon Ferrier (5), Rouyer, Goldschinidt, etc.

§ II. — Causes.

Age, — On ne trouve point de fongosités avant la puberté ; les malades les plus jeunes sont comprises entre vingt et vingt-cinq ans; à dater de cet âge, les fongosités apparaissent â toutes les éjioques de la vie, et elles survivent à 1 âge critique.

(1) Richet, Bulletin de la Société de chirurgie , 26 janvier 1855, t. V, p. 257.

(2) Léon Ferrier, Des fongosités utérines , des kystes de la muqueuse du corps de la matrice et des polypes fibreux de l'utérus, thèse. Paris, 20 mai 1854.

(3) Ch. Robin, Mémoire pour servir à l’histoire anatomique et physique de la muqueuse utérine {Arch.gén. de méd.,

(û) Ph. N. Juteau, De l’hémorrhagie utérine essentielle , thèse. Paris, 5 août i»ou.

(5) Ferrier, Des fongosités utérines , etc., thèse. Paris, 1854. Cette dissertation est accompagnée de fort belles planches.

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