HYPERTROPHIE DU COL DE L UTÉRUS. — CAUSES
(pédicule), on trouvera autour d’elle l’anneau ou le bourrelet susmentionné embrassant et étreignant plus ou moins complètement cette base. Le doigt ou au moins l’extrémité de l’hystéromètre pourra être portée en dedans du bourrelet, et de là dans la cavité de l’utérus.
Si lé polype a pris naissance dans la partie inférieure du col et se confond insensiblement avec une des lèvres, et par suite avec la portion correspondante du vagin, on sent et l’on trouve alors, du côté opposé, un demi-bourrelet et une ouverture irrégulière ou semi-lunaire par laquelle l’hystéromètre pénètre dans la cavité utérine. Il n’y a que l’hypertrophie isolée d’une des lèvres du co! qui puisse causer de l’incertitude. La couleur, la consistance, la forme et la sensibilité de la tumeur qui, en général, ne sont pas les mêmes dans les deux cas, tireront le clinicien d’embarras.
Enlin, si le polype est creux et présente vers son extrémité inférieure un orifice qui conduise dans sa cavité, on peut introduire deux stylets ou deux hystéromètres, l’un dans la cavité du polype qui est inférieure, l'autre par l’ouverture qui est située vers le pédicule du polype, dans la cavité utérine qui est placée au-dessus de la première. Jamais, dans un allongement du col, on ne trouve deux ouvertures et deux cavités (1).
[[Mentionnons encore ce cas rapporté par Simpson (fig. 20), dans lequel un polype remplissait tellement le vagin qu’il semblait moulé sur ce canal et pouvait simuler l’existence d’une hypertrophie du col utérin : le polype, qui était trèsallongé, n’avait certainement pris cette forme que depuis qu’il était tombé dans le vagin ; aussi son pédicule put-il être facilement saisi et coupé avec le polvpotome. ]
?ÛC HET.
Fig. 18. — Polype Je l’ulérus. — a, partie supérieure ; b, partie inférieure; c, place et épaisseur du pédicule. (Simpson, fig:. 12.)
§ V. — Causes.
On peut diviser les hypertrophies de l’utérus en plusieurs catégories, sous le 1 apport de 1 étiologie. L’hypertrophie du col, étudiée à part, tantôt croît lentement et semb e n être qu une anomalie , un vice de conformation par excès de nutrition (Iluguiei) ; tantôt elle croît plus rapidement à la suite d’une métrite intense (Iluguiei, Hooper), déterminée par une chute, un accouchement difficile ou artificiel. Dans ce dernier cas, Huguier pense que l’affaiblissement et la dilatation du vagin et de 1 ouvei ture vulvaire agissent comme causes adjuvantes, car le col n’étant plus maintenu ni comprimé, il s établit autour de lui, mais surtout en bas, une sorte de
(1) Huguier, mémoire cité et, plus récemment, D? Vhystérométrir et du nathétériim ? utérin, Paris, 186o.
MALADIES DES FEMMES
vide dans lequel il s’engage et se développe tout à son aise, comme on voit, dans les hernies épiploïques qui ne sont plus maintenues que par la peau affaiblie et épaissie, l’épiploon s’hvpertrophier considérablement. Quelquefois l’hypertrophie du col utérin a paru à Huguicr être la conséquence d’irritations et de métrites réitérées chez des femmes dont le vagin est court et qui ont abusé des rapports sexuels. Enfin, dans quelques cas (1), il existe à la fois, chez la malade, une hypertrophie du cœur et une hypertrophie du col utérin (portion sus-vaginale, en particulier). Dans ces cas, h la suite de la grossesse, l’état passager d’hypertrophie physiologique de l’utérus (2), au lieu de rétrocéder comme il le fait à l’état normal, avait persisté en s’accentuant de plus en plus, au niveau du col utérin. De même, on sait que, pendant la gestation, le cœur devient le siège d’une hypertrophie physiologique et passagère, que J. F. Larcher a le premier fait connaître (3), et qui peut persister anormalement, une fois passé le temps de la grossesse. Or, chez les malades du dernier groupe, l’état hypertrophique du cœur et du col utérin avait demeuré au delà de la durée physiologique et avait fini par constituer un état pathologique.
Quant à l’hypertrophie générale de l’utérus, outre celle que plusieurs auteurs, Fl. Churchill en particulier, considèrent comme un mode de terminaison de certaines métrites, il en existe deux autres variétés qui paraissent plus fréquentes : la première, produite par des congestions souvent répétées, se développe le plus ordinairement à la suite de métroirhagies persistantes; l’utérus, gonflé par un alllux inaccoutumé de sang, ne peut jamais revenir à ses dimensions naturelles, et chaque recrudescence d’hémorrhagie semble ajouter à son volume (é). Dans une deuxième variété, ce n’est plus seulement le col de l’utérus, mais cet organe tout entier qui, par suite d’inflammation ou de toute autre cause, ne suit pas les phases de son évolution régressive. (Simpson (5), "West (b), El. Churchill.)
§ VI. — Pronostic.
L’affection dont il est ici question n’est grave qu’à un seul point de vue : c’est une cause de stérilité. Dupuvtren (7) et Huguier ont cité des cas où l’excision du col avait permis la fécondation.
§ VII.— Traitement.
Le traitement doit varier suivant lés cas. Chez une femme agee, souffrant peu de cette hypertrophie, on se gardera bien de tout traitement actil. S il s agit d une
(1) P. C. Huguier, mémoire cité, et depuis, Observations recueillies en 1864.
(2) Cli. Kouget, dans Journal de physiologie de lirown-Séquard, t. 1. Paii», 18 «J • — * Hélie (de Nantes), Sur la disposition des fibres musculaires de l'utérus développé pai u grossesse. Paris, 1865.
(3) J. F. Larcher, De l'hypertrophie normale du cœur pendant la grossesse et de son importance pathogénique {Archives générales de médecine , 1859, mémoire couronne par l’Institut en décembre 1862).
(h) Fl. Churchill, Traité pratique des maladies des femmes , trad. franc, par \Yielanu et Dubrisay. Paris, 1866, p. 321.
(5) Simpson, Obstetric Works, vol. I, p. 103.
(6) West, Diseuses of Women, p. 91. '
(7) F. C. Dumont, Sur l'agénésie , /'impuissance et la dysgénésie, thèse. Paris, 1 - août I H.lll.
HYPERTR0PR1E Dli COL DE 1,’üTÉRUS. — TRAITEMENT.
! j jeune femme, il convient d’agir pour remédier à la stérilité. Au début, lorsque le volume du col ne dépasse pas 2 ou 3 centimètres, si l'affection est encore à l’état inflammatoire, il faut employer quelques émissions sanguines générales ou locales ; en même temps on mettra en usage les injections émollientes et rafraîchissantes, puis astringentes et toniques. Si la maladie reste stationnaire ou fait des progrès, on devra pratiquer la cautérisation avec le nitrate d’argent, le caustique de Vienne solidifié (Filhos), le nitrate acide de mercure, le fer rouge. Les pessai res sont généralement inutiles ou dangereux.
Mais lorsque le mal résiste, et lorsque la tumeur a acquis une longueur de 5 à 7 centimètres, il faut recourir à Y amputation du col. Cette opération est indiquée lorsque les malades ne peuvent plus se livrer aux mouvements qu’exige leur profession, ou lorsqu’il survient des accidents sérieux par l’ulcération ou l’inflammation de la tumeur ou des parties environnantes.
fluguicr pratique cette opération de la manière suivante, à l’aide de Y instrument tranchant. D’abord il n’emploie pas le chloroforme à cause du peu de douleur causée par l’opération, et parce que, s’il en survenait, elle serait de nature syncopale et joindrait son action à celle du chloroforme pour déterminer la mort. L’opérateur conseille de pratiquer l’excision sur place , c’est-à-dire au fond du vagin, l’abaissement de l’utérus jusqu’à la vulve pouvant provoquer des accidents inllammatoires consécutifs. Il commence les incisions sur le col à un demi-centimètre environ au-dessous de l’insertion du vagin, afin d’ètre moins exposé à blesser ce conduit et de ne pas affaiblir cette insertion qui, si la femme devenait enceinte, serait plus disposée à se rompre pendant le passage de l’enfant, ou dans les manœuvres d’un accouchement artificiel. Le seul accident à craindre est l’hémorrhagie primitive, à laquelle il est toujours facile de remédier avec le perehlorurc de fer. « Huguier a vu pratiquer et a pratiqué lui -môme un bien grand nombre de fois celle opération, sans suites graves, et il ne pourrait pas en dire autant de la cautérisation avec le fer rouge. »
L’opération avec Yécraseur linéaire est longue, affreusement douloureuse, si l’on n’emploie pas le chloroforme. L’instrument est difficile à placer, et l’on peut pincer la vessie et ouvrir le péritoine. Cependant il serait indiqué de l’employer chez une femme anémique, ou si la base de la tumeur était volumineuse et contenait des artères dont on sentît les battements.
Terminons en ajoutant que Chassaignac a adopté le traitement de Huguier, et qu’il a réussi dans les six cas où il l’a mis en usage. Mayer, en Allemagne, a pratiqué une fois cette opération. Joignant ces cas à ceux qui lui sont propres, Huguier dit avoir un total de vingt et une opérées, sans qu’un des accidents graves qu’on a signalés comme pouvant être la suite de celte opération se soit manifesté.
Cependant, Dcpaul (1) a cherché à établir que les moyens médicaux convenablement employés, et que les cautérisations surtout, suffisent à peu près à tous les cas ; que, dès lors, il ne convient pas de généraliser l’amputation de cette portion de l’utérus même dans les conditions qui ont été posées par Huguier; enfin que, malgré les observations rapportées par lui et tirées de sa pratique, cette opération
(1) Depaul, Discussion sur l’allongement hypertrophique , etc. ( Bulletin de C Académie de médecine, séance du 5 avril 1859, t. XXI V, 1858-1859, p, G72, 727 à 771).
doit être considérée comme une des plus graves de la chirurgie, et qu’elle a déjà coûté la vie à plusieurs malades.
Nous n’avons pas la prétention d’élucider ce point en litige , mais il nous semble que Huguier ne s’est jamais hâté d’opérer avant d’avoir essayé les moyens propres à amener la résolution du mal ; et que, malgré l’opinion contraire de Depaul, les accidents peuvent être assez sérieux pour que les malades réclament à tout prix une opération chirurgicale.]
ARTICLE XIII
CANCER DE L’üTÉRUS.
§ I. — Synonymie, fréquence.
On prouve celle maladie désignée, dans les auteurs, sous les noms de ulcus uteri, scirrhus ou schirrus utcri , uteri degencratio ; ulcère de l’utérus , ulcération cancéreuse , sgmrrhe , cancer de la matrice ; engorgement squirrheux , cancéreux de la matrice.
La grande fréquence du cancer de l’utérus est bien connue de tout le monde. MmB Boivin et A. Dugès, faisant leurs recherches sur plus de 700 cas de cancer chez la femme, ont trouvé Û09 fois le cancer de l’utérus, c’est-à-dire dans plus de la moitié des cas. On peut dire, d’une manière générale, que celte localisation du cancer est celle qu'on observe le plus souvent.
§ II.— Causes.
1° Causes prédisposantes. Age. — C’est presque toujours vers la (in de la grande période de la menstruation, ou peu de temps après la cessation complète des règles, que se manifeste le cancer utérin. Aussi est-ce de quarante à cinquante ans que les femmes en présentent le plus grand nombre d’exemples. Il n’est cependant pas rare de voir des femmes qui ont passé ce dernier âge être atteintes de cette affection ; on l’a même observée jusqu’à soixante et quinze et quatre-vingts ans, mais ces cas sont exceptionnels.
Après la période de quarante à cinquante ans, celles qui fournissent le plus grand nombre d’exemples de cancer sont, suivant Lever (1), d’abord celle de trente à quarante ans, puis celle de vingt à trente ans. Dans les cas rassemblés par A. Dugès et madame Boivin, il n’en a pas été ainsi, car la période de vingt à trente ans a fourni plus de cas que celle de trente à quarante ans.
Parmi les causes prédisposantes, on a rangé des influences bien opposées. Ainsi on a dit que les excès de coït, les jouissances précoces , les couches nombreuses, l’ avortement, les accouchements laborieux, prédisposent au cancer utérin, et d’un autre côté on a affirmé que le célibat, une continence trop rigoureuse, peuvent placer les femmes dans la même prédisposition.
On a encore placé, parmi ces causes, les affections syphilitiques. Mais rien ne prouve que le virus vénérien puisse donner naissance au cancer. Lorsqu'on dit
(1) Lever, Statistical notices of one hundred and ttUenty cases of Carcinoma uteri ( Médico-chirurgical Transactions, London, 1839, t. XXII, p. 267).