CANCER DE L’UTÉRUS. — CAUSES
que les filles publiques meurent presque toutes des suites du cancer utérin, on affirme un fait dont tout tend a prouver 1 inexactitude, comme on peut s en assuier en parcourant les recherches de Parent-Duchâtelet (1) et celles des auteurs qui se sont occupés des maladies vénériennes.
Nous ne faisons que mentionner, parmi ces causes, la stérilité , parce que, dans les cas où l’affection s’est produite à un âge peu avancé, elle a été la cause de la stérilité, bien plutôt qu’elle n’en a été l’effet.
Les affections morales , les passions tristes, les chagrins de longue durée, sont rangés, par tous les auteurs, parmi les causes dont il s’agit. La grande irritabilité des sujets, une sensibilité morale excessive, sont des causes qui se lient à la précédente. Maisn’a-t-on pas confondu l’irritabilité produite par la maladie elle-même avec une irritabilité préexistante qui aurait pu agir seule dans la production de la maladie?
Reste enfin Y hérédité. Mais, à ce sujet, nous n’aurions rien h dire qui ne se trouve dans l’histoire des autres cancers.
2° Causes occasionnelles. — Quelques auteurs regardent comme pouvant produire le cancer de l’utérus, les inflammations plus ou moins répétées de cet organe ; ou plutôt, dans leur manière de voir, le cancer n’est autre chose que la conséquence, le dernier terme d’une inflammation chronique qui, ayant été longtemps négligée, se termine par la dégénération du tissu utérin en tissu squirrheux et encéphaloïdc.
Suivant quelques auteurs, les fluxions périodiques qu’éprouve l’organe aux époques des règles devraient être considérées comme une des principales causes déterminantes du cancer ; mais la difficulté de la menstruation h l’époque critique n’est pas un argument aussi puissant qu’on pourrait le croire. Sans doute, si l’âge auquel se produit ce cancer différait complètement de l’âge où cette affection se montre dans les autres organes, on pourrait regarder comme presque certain que ce trouble de la menstruation a une grande influence; mais il n’en est pas ainsi, comme chacun le sait. Pour arriver à la vérité, il faudrait avoir étudié l’état de la menstruation chez un grand nombre de malades, et s’assurer par là si la fluxion périodique plus ou moins marquée chez les femmes a l’effet qu’on lui attribue. Ces considérations nous forcent à reconnaître l’existence d’une cause spécifique qui nous est entièrement inconnue dans son essence, et que quelques auteurs ont désignée sous le nom de diathcse cancéreuse .
§ III.— Symptômes.
Début . — L’étude du début doit porte? sur tous les cas, quelle que soit la forme du cancer, parce que rien ne prouve encore que cette forme influe sur la manière dont la maladie se manifeste dans les premiers temps.
Le symptôme du début qui mérite de fixer d’une manière toute spéciale l'attention du médecin, est la métrorrhagie qui, dans un certain nombre de cas, se montre sans que rien ait pu en faire craindre l’apparition; dans quelques autres, elle a été précédée d’une certaine irrégularité de la menstruation, de douleurs plus ou moins vives, et peut-être d’un écoulement particulier; enfin (et c’est là le point capital), dans aucun des cas authentiques et évidents que nous avons pu rassem-
(1) Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris } 3e édit. Paris, 1857, t. I, p. 237.
MALADIES DES FEMMES
hier, le cancer n a été précédé des longues souffrances eldes autres symptômes propres à la métrite chronique.
On voit, d après ces considérations, que la métrorrhagie, hors de la parturition, ne doit jamais être examinée trop légèrement; non pas que ce symptôme annonce toujours un état grave, car tous les jours on observe des perles utérines qui n’ont pas de conséquence fâcheuse. Voici cependant les circonstances qui feront plus particulièrement redouter l’invasion d’une affection organique. La métrorrhagie qui se manifeste au début du cancer a lieu fréquemment hors du temps où doivent apparaître les règles; elle se montre parfois après la cessation complète de la menstruation; elle est souvent abondante. Ces circonstances devront par consé-
quent être soigneusement notées quand il s’agira de fixer le début du cancer de l’utérus; et si, à la suite d’une hémorrhagie de ce genre, on voit apparaître de la pesanteur vers le rectum, des douleurs utérines, un écoulement continuel, en même temps qu’on constate un gonflement avec dureté, irrégularité, pâleur du col, on doit regarder la maladie comme confirmée.
1° Cancer non ulcéré. — C’est, dans l'immense majorité des cas, pendant la première période de la maladie que le cancer se présente sans ulcération. Il est bien rare, en effet, qu’on voie celte affection amener la mort, sans qu’il sc soit produit des ulcères plus ou moins profonds, qui souvent détruisent non-seulement l’utérus, mais encore les organes voisins. Presque toujours, lorsqu’on a eu l’occasion d’examiner anatomiquement le cancer non ulcéré de l’utérus, les malades avaient été emportées par une maladie intercurrente qui avait été d’autant plus grave, qu’elle les avait trouvées dans un étal de dépérissement plus marqué. On a décrit plusieurs formes de cancer non ulcéré; mais il suffira d’indiquer les particularités qu’elles présentent lorsque nous décrirons l'exploration de l’organe par le toucher et à l’aide du spéculum.
La douleur est un des phénomènes les plus importants du cancer de l’utérus; mais c’est surtout lorsque le cancer s’est ramolli et s’est ulcéré qu’elle se produit. Il n’est pas très-rare, en effet, de voir des femmes, ayant eu les symptômes du début, et présentant un engorgement squirrheux évident, ne pas éprouver de douleurs réelles. Mais il en est très-peu qui ne ressentent pas dans le bassin un sentiment continuel de plénitude , et vers le périnée une pesanteur incommode qui revient principalement lorsqu’elles marchent et lorsqu’elles sont assises. Parfois même les véritables douleurs se manifestent dès les premiers temps, et consistent alors en des tiraillements dans les lombes et les aines, en des élancements dans les mêmes parties, dans l’hypogastre et parfois dans les cuisses. La douleur peut être très-fortement exaspérée par la pression: ce que l’on constate en touchant par le vagin pour le col, par le rectum pour le corps de l’utérus, et de plus en palpant l’hypogaslrc pour ce dernier point.
Par le toucher , on reconnaît un gonflement plus ou moins considérable de la totalité de l’organe ou seulement d’une de ses parties.
A l’aide du toucher vaginal } on constate Y état du col , qui, fréquemment, est seul affecté, surtout à l’époque de la maladie dont nous nous occupons. Cette partie est dure , volumineuse , présente ordinairement des bosselures irrégulières, séparées par des enfoncements facilement sentis par le doigt ; il en résulte une plus ou moins grande déformation de l’organe, dont un des points ou plusieurs à la fois
CAiVCER DF, L’UTÉRUS. — SYMPTÔMES.
sont lrè8-volumineux, tandis que les autres paraissent déprimés et comme atrophiés. On constate, en outre, des déviations fréquentes du col, qui est porté ordinairement en arrière, et quelquefois en avant.
Le toucher vaginal, sur lequel il est nécessaire d’insister, parce qu d n’est pas très-rare de trouver des malades qui ne veulent pas se soumettre à l’examen à l’aide du spéculum et au toucher rectal, fait encore reconnaître si le corps de l’utérus est affecté. En portant profondément le doigt au fond du cul-de-sac du vagin, et en soulevant l’organe, on trouve celui-ci plus dur et plus lourd , ou bien, par la combinaison de ce moyen avec le palper hypogastrique, on obtient une mesure approximative du développement de l’utérus. Lorsque ce développement est considérable, on atteint facilement le fond de l’organe en pressant sur l’iiypogastre, et de légers mouvements imprimés à cette partie se font sentir immédiatement sur le doigt qui soulève le col. L’utérus est souvent, lorsqu’il a acquis un assez grand volume, comme enclavé dans le petit bassin, de manière qu’il est impossible de lui imprimer ces mouvements qu’on fait si facilement exécuter à un utérus sain. C’est encore par le toucher et la palpation hypogastrique combinés qu’on constate avec précision l’existence de cette immobilité, à laquelle contribuent parfois des adhérences résultant de péritonites partielles.
Le toucher rectal fait plus facilement reconnaître l’état du corps de l’utérus, qui est dur, ordinairement bosselé, difficile à soulever, et qui comprime plus ou moins le. rectum.
Par la palpation hypogastrique on peut, comme nous l’avons dit plus haut, atteindre le corps de l’utérus lorsqu’il est développé, et, dans certains cas, rien n’est plus facile.
Le même mode d’exploration sert à établir que le corps est sain, pendant que le col est affecté; mais la percussion de l’hypogastre donne des résultats plus précis encore.
Lorsque le corps de l’utérus est sain, l’hypogastre a partout sa sonorité normale, et la percussion n’est pas douloureuse. Lorsqu’il est affecté, on trouve immédiatement, au-dessus du pubis, une, matité qui se porte plus ou moins haut le long de la ligne médiane, et qui se termine par une ligne courbe à convexité supérieure, au delà de laquelle se fait entendre le son intestinal. La percussion est ordinairement très-douloureuse lorsque le corps de la matrice est profondément affecté, et surtout lorsqu’il y a des lésions superficielles ; ce n’est donc qu’avec beaucoup de ménagements qu’on doit employer ce moyen d’exploration, qui sert aussi, comme on le voit, à faire apprécier le degré de sensibilité de l’organe. Lorsque les annexes de l’utérus sont atteintes par le cancer, la ligne de la matité est irrégulière et se porte vers les fosses iliaques.
L 'examen à l’aide du spéculum est du plus grand secours, et c’est pourquoi il faut beaucoup insister auprès des malades pour qu’elles s’y soumettent. Il ne sert, il est vrai, qu’à faire reconnaître l’état du col ; mais comme il est excessivement rare que le cancer soit borné au corps de l’utérus; que, dans l’immense majorité des cas, cette maladie commence par le col ; que souvent elle reste bornée à cette partie de l’organe, ou du moins pénètre peu au delà ; qu’il en est surtout ainsi au début de la maladie, et lorsque le cancer n’est pas ulcéré, cas dont il s’agit ici, on peut dire que, de tous les moyens d’exploration, le spéculum est encore le plus Valceix, 5e édit. V — 12
MALADIES DES FEMMES
précis. Marjolin a admis quatre formes primitives principales du cancer utérin, que l’on peut reconnaître à l’aide du spéculum, et l’on peut s’assurer tous les jours que sa description est exacte.
Première forme. — Petites tumeurs dures, circonscrites, arrondies, du volume d’un pois h celui d’une noisette, rouges ou de couleur fauve, sillonnées par des vaisseaux superficiels, plus ou moins longtemps indolentes, puis ordinairement douloureuses au toucher, et tendant à s’agrandir. Quelquefois ces tumeurs se développent primitivement à la jonction du col et du vagin (fig. 21).
de volume et dilatation de l’orifice. Pâleur blafarde du col, qui ne présente pas de granulations, comme dans l’inflammation de la muqueuse (fig. 22).
Fig. 21 . — Tuméfaction squirrheuse de la lèvro postérieure du museau de tanche à la suite d'un avortement. — a, fond de l’utérus; 6, disposition palmée des fibres utérines pendant la grossesse ; c, trompes ; d, ovaires; Lièvre postérieure; ff, tumeur hydatiforme. (Boivin et Dugès, Atlas, pl. XXIII, fig. 45.)
Deuxième forme. — Engorgement dur, inégal, bosselé. Quelquefois diminution
Fig. 22, — Museau de tanche squirrheux. — Orifice largement ouvert, bords minces, durs, découpés.
(Boivin et Dugès, Atlas, pl. XXIII, fig. -.)