‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 59 sur 494 · TUBERCULES DE L’UTÉRUS · texte numérisé non relu

TUBERCULES DE L’UTÉRUS

§ I. — Historique.

[L’existence des tubercules de l’utérus paraît avoir été méconnue pendant assez longtemps; et c’est seulement, en 1831, qu’un travail d’ensemble a été publié sur le sujet, par Reynaud (1), qui, ne trouvant dans Andral (2) qu’une simple indication sur la possibilité du fait, rapporte à Louis (3) la première observation qui ait

(1) Reynaud, De l’affection tuberculeuse clc f utérus (Archives générales de médecine, août 18.31, lru série, t. XXVI, p. 486;.

(2) G. Andral, Précis d’anatomie pathologique, t. Il, 2e partie, p. 691. Paris, 1829.

(■I) Cli. A. Louis, Recherches (tncdumico-palhulugiques sur ta phthisie . Paris, 1823, nxx,; observation, p. 405.

MALADIES DES FEMMES

été publiée. Cependant J. F. Larcher (1), Guersent père, G. Blache (2) el L. Scnn (3) avaient déjà observé plusieurs fois et décrit avec quelques détails la tuberculisation de l’utérus; et si, dans les ouvrages de Bayle, de Laennec, on ne trouve pas de renseignements sur cette intéressante question, c’est que chez les adultes, qu’ils ont surtout observés, les tubercules de l’utérus sont infiniment plus rares que dans l’enfance, sans être précisément très-fréquents à cet âge (à). Depuis la publication du travail de Reynaud, Boivin et Dugès (5), Scanzoni (6), et plus récemment Aran (7), Bernutz et Goupil (8), Siredev (9), Tyler Smith (10), Nouât (11), Crocq (12), Tomlinson (13), relvet (14), Cornil (15), J. Cruveilhier(lC), Namias (17), llokitansky (18), Viallet (19), ont publié des faits relatifs à la localisation utérine de la diathèse tuberculeuse. Citons encore les travaux de Dittrich (20), de NVilh. Geil (21), de Kiwisch (22), de Paulsen (23), et surtout la thèse récente de P. Brouardel qui, reprenant la question au point où l’avait laissée Reynaud, s’est attaché à rassembler tous les faits publiés depuis cette époque (24).

(1) .1. F. Larcher, Histoire des tubercules sous le rapport de leur origine, de leur structure dans les différents organes ou tissus d’organes, etc. (Mémoire manuscrit adressé à l’Academie de médecine pour le concours ouvert en 1825 et couronné dans la séance du 28 août 1827). — Voyez aussi les nombreuses citations empruntées à ce mémoire par .1. Dezeimeris, dans son Aperçu des découvertes faites en anatomie pathologiguc durant les trente années gui viennent de s’écouler , etc. (. Archives gén. de méd., lre série, t. XX, p. 31 7, Paris, année 1829).

(2) G. Blache. Lettre sur l’affection tuberculeuse de l’utérus ( Arch . gén. de méd., lru série, l. XXVII, p. 282, Paris, année 1831).

(3) L. Senn (de Genève), Mémoire sur l’état tuberculeux des organes génitaux de la femme , avant la puberté , et sur quelgues altérations pathologiques que l'on g rencontre à cette époque (cité par G. Blache, loc. cit.).

(4) G. Blache, loc. cit.

(5) Boivin et Dugès, Traité des maladies de l’utérus. Paris, 1833, t. I, p. 305.

(6) De Scanzoni, Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme. Paris, \858, p. 235.

(7) Aran, Leçons cliniques sur les maladies de l’utérus. Paris, 1858, pages 103, 167 et 199.

(8) Bernutz et E. Goupil, Clinique médicale sur les maladies des femmes. Paris, 1860-1862.

(9) Siredey, De la fréquence des altérations des annexes de l’utérus dans les affections dites utérines, thèse inaugurale. Paris, 1860.

(10) Tyler Smith, London Journal, lévrier 1852.

(11) îs'onat, Traité pratique des maladies de l'utérus. Paris, 1860, p. 373.

(12) Crocq, Archives générales de médecine. Paris, 1800, 5° série, t. XVI, p. 215.

(13) Tomlinson, Obstétrical Transactions, 1864, vol.V,p. 174.

(14) Pelvel, Bulletins de la Société anatomique, 1863, p. 285.

(15) V. Cornil, observation communiquée à P. Brouardel (thèse inaugurale. Paris, 1865,

page 44). , .

(16) J. Cruveilhier, Traité d'anatomie pathologique générale. Paris, 1862, t. l\,p. 6/4.

(17) G. Namias, Sul/a tubcrculosi dell’ utero e clcgli organi ad esso attenent (1er mémoire, in vol. VII delle Memorie ded' istituto stesso ; 2e mémoire, in vol. X, id. Yenezia, 1858 e 1861).

(18) llokitansky, Pathologische Anatomie, t. III, p. 549.

(19) Viallet, Bulletins de la Société anatomique, 1849, p. 89.

(20) Dittrich, Mémoires de l’Institut de Prague.

(21) Wdh. Geil, Sur la tuberculisation des organes génitaux de la femme. Erlangen, 1851 , et dans Schmidt’s Jahrbücher, 1852, p. 324, n° 258.

(22) Kiwisch, Klinische Vortrüge. Prag, 1849, vol. I, p. 240.

(23) Paulsen, Sur la tuberculisation de l’utérus (Hospital' s Middelelser, Bd. 5; II, 4 et Schmidt’s Jahrbücher, 1853, t. LXXX).

(94) P. Brouardel, De la tuberculisation des organes génitaux rlc la femme (these inau-

TUBERCULES DE l.’üTÉRUS. — SYMPTÔMES.

§ H. — Causes.

La tuberculisation de l’utérus est moins rare qu’on ne l’avait supposé pendant longtemps. Namias a pu en réunir 12 cas chez 100 phthisiques; Diltrich, 1 sur ô0; Brouardel, enfin, en groupant les faits épars, est arrivé au nombre de 5(5.

S’il semble résulter d’un certain groupe de faits, que les femmes soient plus exposées à cette affection pendant la période d’activité de l’utérus, d’un autre côté, on en a observé des exemples chez des femmes âgées, et selon G. Blache, qui „ s’appuie sur les faits observés par Guersentpèreet par L. Senn, « la coïncidence des tubercules de l’utérus avec la phthisie pulmonaire, sans être précisément très-fréquente dans l’enfance, est loin d’être aussi rare, à cet âge, que chez les adultes ».

Outre la coexistence de la phthisie pulmonaire, on doit noter encore, parmi les circonstances propres à éclairer l’étiologie, l’existence de certaines lésions osseuses graves, et le dépôt de matière tuberculeuse dans les articulations (J. Cruveilhier) et dans d’autres organes.

Les inflammations des organes contenus dans le petit bassin, surtout chez les femmes prédisposées, viennent déterminer la localisation du produit tuberculeux dans l’utérus ou dans ses annexes. Les avortements, les grossesses répétées, ont : paru agir dans ce sens, et c’est alors, le plus souvent, la surface d’implantation du placenta qui est le siège du dépôt tuberculeux (Rokitansky, Namias, V. Cornil).

La diathèse, qui exerce une influence si marquée sur les fonctions de l’utérus, en . dehors de toute localisation tuberculeuse dans l’organe, domine nécessairement les i causes que nous venons de signaler (Aran).

§ III. — Symptômes.

Le plus ordinairement, la tuberculisation de l’utérus est méconnue au lit des : malades; non-seulement parce que, chez les phthisiques, l’attention est détournée [ par des troubles graves de l’économie qui trahissent la lésion d’appareils indis - 1 pensables à l’entretien de la vie; mais encore, par l’analogie même qui existe entre 1 les signes locaux ou généraux de beaucoup d’affections utérines plus communes i que la tuberculisation. Au début, on ne constate guère que les signes de la métrite i chronique, sensation douloureuse plus ou moins vive dans le bassin, dans les reins, les aines, besoin d’uriner, etc. , et surtout cette leucorrhée abondante, assez commune chez les phthisiques, et que P. Brouardel regarde comme le prélude de l’évolution tuberculeuse dans l’utérus. Les douleurs n’irradient point comme dans les névralgies ou les dysménorrhées, et, si le péritoine est pris, elles deviennent très-vives.

Les troubles de la menstruation (l’aménorrhée en particulier) s’observent si fréquemment dans les diverses autres formes de la tuberculisation, que rarement ils ont quelque valeur dans l’affection qui nous occupe (Tvler Smith, Kiwisch, Boivin). Les écoulements qui se font au dehors sont tantôt transparents, tantôt opaques, d’un blanc jaunâtre, ou verdâtres. Leur odeur , désagréable, rappelle quelquefois celle du cancer (Tyler Smith, Pelvet).

Enfin, Y entérite glaireuse , décrite par Nouât, est due peut-être à la propagai tion de l’inflammation du voisinage.

! gui’ale. Paris, 1865). — Voyez aussi dans Fl. Churchill ( Truité pratique des maladies des femmes), l’article composé par Wieland, article auquel nous avons fait ici de fréquentsempruuts ((/oc. cil., p. 439 et suivantes).

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