RUPTURE DE L'UTÉRUS. — TRAITEMENT
des douleurs et à l’état de vive anxiété de la malade ; mais ces signes ne peuvent fournir une certitude complète. Si l’hémorrhagie est très-considérable, les résultats de la percussion, joints aux symptômes propres à l’hémorrhagie interne, viendront éclairer le médecin.
Lorsque La rupture est complète, il y a encore une distinction à faire : ou bien le contenu de la matrice a passé dans le péritoine, ou bien il ne s’est épanché qu’une petite quantité de liquide, le fœtus et ses annexes restant dans la cavité utérine. Dans ce dernier cas, le diagnostic est tout aussi peu certain que dans ceux où la rupture est incomplète, et c’est surtout sur l’apparition subite des accidents qu'il faut fixer son attention.
Lorsque le fœtus a passé clans la cavité utérine, le diagnostic n’est plus douteux. La région hypogastrique s’affaisse, et l’on trouve au contraire dans l’abdomen une tumeur qu’à sa forme on reconnaît pour être le fœtus. En pareil cas, le toucher rectal peut être utile.
L’affaissement de la région hypogastrique et la matité qui existe dans les flancs v servent, avec les symptômes décrits plus haut, à faire reconnaître le passage du liquide, de l’utérus dans le péritoine, par suite de la rupture de cet organe hors . de l’état de grossesse.
Le pronostic doit être considéré comme excessivement grave, et les cas de guérrison cités plus haut ne sont que d’heureuses .exceptions.
§ V. — Traitement.
Le traitement, lorsqu’il s’agit d’une rupture incomplète qui détermine une hémorrhagie intense, doit être d’abord celui qu’on oppose à toutes les hémorrhagies ^abondantes (repos, froid, etc.); puis il importe de hâter l'accouchement ; enfin il faut combattre les symptômes de péritonite dès qu’ils se manifestent.
Les mêmes moyens doivent être dirigés contre la rupture complète, soit que le I fœtus soit resté dans la cavité utérine, soit qu’il ait passé dans le péritoine ; mais ce dernier cas présente quelques particularités qu’il importe de signaler. Le passage du fœtus dans la cavité péritonéale est-il incomplet, voici comment on doit agir : « Le forceps, si la tête est restée dans l’utérus et n’est pas trop élevée ; l 'extraction par les pieds, si c’est l’extrémité pelvienne qui se présente, ou si la tête, se présentant, n’est pas accessible au forceps. Les pieds fussent-ils dans la cavité péritonéale, il ne faudrait pas craindre d’aller les chercher à travers la crevasse, pourvu qu’on procédât avec beaucoup de prudence et de douceur dans cette manœuvre, et dût-on, pour pénétrer plus facilement, agrandir la plaie de l’utérus par un dêbridement ménagé. » Le fœtus a-t-il passé en entier dans la cavité péritonéale, cette circonstance « n’exclurait pas tout à fait Y introduction de la main j i Par solution de continuité; mais il faudrait pour cela qu’elle fût large, que l’or- : gane ne fût que très-incomplètement rétracté. Les ruptures du col offrent seules ! les conditions favorables; celles du corps sont, sous ce rapport, bien différentes, et si le fœtus était complètement tombé dans le ventre, mort ou vivant, il devrait être extrait par 1 operation de la gastrotomie. » (P. Dubois) (1).
(1) P. Dubois, Dictionnaire de médecine, ait. Utérus ( Rupture de T), t. XXX, p. 329.
MALADIES DES FEMMES
ARTICLE XVIII
NÉVRALGIE DE L’UTÉRUS. — HYSTÉRALGIE § I. — Historique.
L’hystéralgie, jusqu’à présent presque complètement méconnue et qu’on prenait ordinairement pour une métrite, une dysménorrhée, etc., commence à être beaucoup mieux connue depuis que nous l’avons signalée et que nous en avons fait connaître les véritables caractères (1). C’est d’elle que se sont occupés Malgaigne (2), Beau (3) et Marrotte (4), qui ont apporté de nouvelles lumières dans son histoire. C’est contre elle aussi qu’ont élé dirigés plusieurs traitements particuliers, tels que les cautères, les vésicatoires sur les lombes, la cautérisation de cette région au fer rouge, et même l 'introduction du cautère rougi à blanc à la profondeur de 4 ou 5 centimètres , opérée avec succès par Jobert, de Lamballe (5).
[ L’existence de l’hystéralgic n’est plus contestable aujourd’hui ; il reste seulement des points obscurs dans son histoire. Chomel (6) considérait comme trèscommunes les douleurs utérines sans lésions. Scanzoni, au contraire, regarde la névralgie utérine comme rare et dit n’en avoir observé que trois exemples. Becquerel dit qu’elle se développe à propos des affections utérines les plus diverses, mais, selon Nouât, il se pourrait que cet auteur eût confondu avec l’hystéralgie toutes les douleurs inflammatoires desmétrites. Aran(7) ne paraît pas attacher une grande importance aux douleurs névralgiques, car il ne les indique que sommairement.
Nonat, au contraire (8), y insiste avec raison, et distingue d’abord l’hystéralgie en primitive et secondaire , en idiopathique et symptomatique. L’hystéralgie primitive est celle dans laquelle la douleur nerveuse débute par l’utérus pour se propager de là dans différentes régions du corps ; l’hystéralgie secondaire est celle qui se montre consécutivement à une névralgie développée sur un autre point de l’organisme; Nonat accepte donc et associe les opinions divergentes de Valleix et de Bassereau (9). Pour le premier, toute névralgie utérine avait son point de départ à la périphérie, c’est-à-dire dans une névralgie lombo-abdominale; le point douloureux de l’utérus était un des centres ou aboutissants de cette névrose. Pour Bassereau, c’est l’inverse qui aurait lieu : « Je n’ai
(1) Valleix, Traité des névralgies, et Bulletin général de thérapeutique, janvier 1847.
(2) Malgaigne, Revue médico-chirurgicale, 1848.
(3) Beau, Les névralgies lombo-abdominales considérées comme symptômes des affections de l’utérus, par Axenfeld ( Union médicale, avril 1850).
(4) Marrotte, De quelques épiphénomènes des névralgies lombo-sacrées pouvant simuler des affections idiopathiques de T utérus ( Arch . gènèr. de méd., avril et mai 1860).
(5) Jobert (de Lamballe), Gazette des hôpitaux, juin 1853.
(6) Chomel, Dictionnaire en 30 vol., art. Utérus.
(7) Aran, loc. cit., voyez pages 113, 145 et 146.
(8) Nonat, loc. cit., p. 393. ,
(9) Bassereau, Essai sur la névralgie intercostale, considérée comme symptomatique de
quelques affections viscérales, thèse. Paris, 1840, in-4.