DÉVIATIONS UTÉRINES. — LÉSIONS ANATOMIQUES
peut se faire, en effet, que, la vieillesse arrivant, il s’atrophie et devienne léger, au point que sa position soit indifférente; mais il ne faut pas toujours compter sur celte terminaison, même à un âge avancé, car nous avons vu des femmes de soixante ans avoir encore des symptômes évidents de déviation, soit que des tumeurs situées dans les parois de 1 organe aient entretenu une tuméfaction conskleiablc,
- soit ([ue, par le fait seul de la déviation, un état de phlegmasie chronique avec gonflement ait persisté malgré la cessation des menstrues.
On a cité des cas où la déviation s’est terminée par la mort, sans qu’on pût attribuer cette terminaison à aucune autre maladie; mais les faits de ce genre sont excessivement rares, et sous ce rapport le pronostic doit être favorab'e. En revanche, à moins de circonstances tout exceptionnelles, on peut dire que la maladie livrée à elle-même n’a aucune tendance à se terminer par la guérison. Les malades, en pareil cas, sont vouées à de longues souffrances; un traitement efficace peut
- seul les en délivrer.
§ V.- Lésions anatomiques.
Dans les autopsies, on trouve, suivant Rokitansky et Virchow (1), des renversements en avant, beaucoup plus fréquemment qu’en arrière.
Suivant ces auteurs, auxquels il faut joindre Mayer (2), Sommer (3) et plu—
• sieurs autres, ce sont aussi principalement les flexions qu’on rencontrerait sur le v vivant, comme sur le cadavre.
Le ramollissement de l’utérus, dans le point de la flexion, a été signalé par I Kiwisch, Virchow, Sommer, Depaul, et nous en avons cité plusieurs exemples ('i).
Lorsqu’il n’y a qu’une simple version, la paroi la plus déclive est habituellement i engorgée et plus ou moins épaissie.
Le col de l’utérus est le plus souvent volumineux, et présente des érosions, des granulations qui occupent un plus ou moins grand espace autour de son orifice, et
• qui pénètrent dans son intérieur. Chez les femmes qui ont eu des enfants, l’orifice externe est béant, principalement dans les flexions. Quant à l’orifice interne, il est parfois étroit, mais bien moins fréquemment que ne l’ont avancé Kiwisch et Virchow. Car, dans pn sque tous les cas, chez les femmes qui avaient eu des enfants, la coarctation de l’orifice interne n’est pas due, en général, à la déviation ellemême. L’orifice externe peut également être dans un état considérable de coarctation ; mais celle disposition est surtout occasionnée par des cautérisations profondes et multipliées, à la suite desquelles s’est formé un tissu modulaire dont la rétraction a bridé l’orifice. (Voy. les art. Aménorrhée et Hydrométrie.)
Dans les cas compliqués, on trouve des tumeurs fibreuses dans l’épaisseur des Parois de l’organe, quelquefois des polypes, ou des productions de nature cancéreuse.
A 1 extérieur de l’organe, on voit quelquefois des adhérences plus ou moins
(1) Verhandlungen der Gesellschafi für Geburtshalfe , in Berlin, 1851.
(2) Mayer, Erfahrungen üher dus neue von Kiwisch er/undene Instrument, etc., in Verhandlungen der Geselhtchaft, etc., in Berlin, 1851.
(3) Sommer, Beitrüge zur Lehre der lnfractionen und Flexionen der Gcbtirmutler. Giessen, 1850.
(h) Yalleix, Leçons cliniques.
MALADIES DES FEMMES
intimes de l’utérus avec les parties voisines, et qui résultent de péritonites partielles (1).
Enfin, les tissus voisins peuvent présenter des traces d'inflammation chronique, de l’induration, des tumeurs, des relâchements, etc.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
1° Toucher vaginal. — On ne peut se dispenser de l’employer, car il fournit des indications extrêmement utiles. Nous le pratiquons d’abord la femme étant debout, parce que, dans cette position, on apprécie mieux le degré de la déviation. D’ailleurs, les premiers symptômes se produisent surtout quand elle est debout, et il est important de connaître au juste quelle est alors la direction de l’utérus, cette direction pouvant n’être plus la même si la malade est couchée* Le doigt indicateur avec lequel on pratique le toucher doit suivre l’axe du vagin pour arriver jusqu’au col, et nous ne saurions trop recommander d’aller doucement, graduellement, sans chercher à arriver d’emblée sur le col, et surtout de bien éviter de repousser trop fortement les parties et d’occasionner de la douleur.
Si le doigt indicateur ne pouvait atteindre le col, il serait bon d’introduire en même temps le médius, qui, ayant 1 centimètre environ de plus en longueur, permettrait d’explorer à une plus grande profondeur.
Certains auteurs ont conseillé de chercher à pénétrer plus avant, en faisant prendre au coude un point d’appui sur la hanche et sur le genou. Mais c’est alors surtout que l’on doit aller avec beaucoup de lenteur et de ménagement. Il ne faut surtout jamais se préoccuper exclusivement du soin de rencontrer le col, mais bien au contraire, cherchera se rendre compte de tout ce qui se présente sous le doigt.
Le toucher permet de constater l’étal du col, son volume, sa consistance, sa température, sa conformation extérieure; de reconnaître s’il y a des granulations ou des ulcérations ; si l’ouverture est régulière ou non. Enfin le doigt ne sera pas retiré du vagin sans avoir imprimé des mouvements au col, afin de faire basculer Lutérus pour savoir s’il se meut facilement, si les tissus qui l’environnent sont souples, s’il n’a pas contracté d’adhérences anormales avec les parties voisines, s’il ne se plie pas quand on veut le déplacer, s’il n’est pas plus lourd qu’il ne devrait l’être.
Il est également très-important de chercher à saisir avec l’autre main le fond de l’organe à travers la paroi abdominale, pendant que le doigt introduit dans le vagin, soulève le col, ce qui aide à apprécier le volume de l’utérus et aussi sa direction.
2° Toucher rectal. — Quant au toucher rectal, pour l’antéversion et l’antéflexion il ne nous apprend que péü de chose, et pour la rétroversion et la rétroflexion s’il est quelquefois utile, il peut souvent aussi être négligé sans inconvénient.
Le doigt, introduit dans le rectum quand l’utérus occupe sa position normale, ne sent rien de différent de ce qu’on rencontre en arrière du col par le toucher vaginal ; seulement comme il peut atteindre plus haut, il peut suivre également un peu plus haut la direction de l’organe.
3° Examen à l'aide du spéculum. — On ne négligera pas l’emploi du spéculum comme moyen de diagnostic dans les cas de déviations de l’utérus, et l’on em-
(l ) Virchow, loc. cil. — Voyez au -si : lîernutz et Goupil, Clinique des maladies des femmes, t. II. Paris, 1860.