RHUMATISME NOUEUX. — CAUSES
Angleterre, on en a fait une maladie spéciale que les auteurs ont caractérisée" par son symptôme le plus apparent, la déformation des articulations ; et c’est sous le nom de nodosité des jointures que Haygarth (1), et plus lard Adams (2), en ont tracé la description. Mais c’est surtout dans ces derniers temps que la maladie qui nous occupe a été l’objet d’études spéciales, et le rhumatisme noueux est maintenant bien connu, grâce aux travaux de Charcot (3), Trastour (U) et Vidal (5). On trouve aussi des renseignements précieux dans quelques mémoires, plus spécialement relatifs au traitement, que nous aurons occasion de citer plus loin.
§ I. — Définition, synonymie* fréquence.
On peut définir le rhumatisme noueux une forme de rhumatisme chronique présentant pour caractères spéciaux le début habituel dans les petites jointures, la tendance à la généralisation, la production plus ou moins rapide de déformations toutes particulières, la marche ordinairement chronique dès le début.
Un grand nombre de dénominations ont été employées pour désigner cette maladie, et la plupart indiquent l’idée que les auteurs se sont faite de sa nature : goutte asthénique primitive, rhumatisme goutteux, nodosité des jointures, arthrite rhumatismale, rhumatisme articulaire chronique primitif, rhumatisme noueux.
La dernière de ces dénominations est la plus usitée aujourd’hui; c’est pour ce. motif que nous l’avons adoptée. Elle a d’ailleurs l’avantage de rappeler à l’esprit, en même temps que l’origine de la maladie, un de ses phénomènes les plus caractéristiques, la nodosité des jointures.
Le rhumatisme noueux n’est pas une maladie rare, et l’on en trouve de nombreux exemples dans les hospices ; d’après Charcot et Trastour, il y aurait à la Salpêtrière environ 1 infirme sur 20 affectée de celte maladie. Ajoutons immédiatement qu’on ne l’observe guère que chez la femme.
§ n. — Causes.
Nous venons de voir que le sexe avait une influence considérable sur le développement du rhumatisme noueux, et que cette maladie avait été surtout observée chez les femmes. Cependant on peut la rencontrer aussi chez l'homme, et E. Vidal en a rapporté cinq observations; mais sa fréquence est infiniment moindre. Trastour, qui a fait quelques recherches statistiques à ce sujet, n’a pu trouver que 2 cas de rhumatisme noueux dans l’hospice de Bicètre, alors qu’il y en avait près de 50 à la Salpêtrière.
Relativement à l’âge : « Sur fil cas, dit Charcot, U malades ont été prises avant l’âge de vingt ans, 10 ont été atteintes de vingt à trente ans, 7 de trente à quarante ans, \U de quarante à soixante ans; enfin 6 seulement avaient dépassé soixante ans. D’où cette conclusion : Il y a deux périodes dans la vie où se montre principalement le début de la maladie; la première s’étend de vingt à trente ans, la seconde de quarante à soixante ans (6). »
(1) Haygarth, A clinical hisiory of the nodosiiy of the joints. Batte 1805.
(2) Adams, Cyclopedia ofanat. and phy&iol. Loudon, 1839.
(3) Charcot, thèse inaug. Paris, 1853.
(U) Trastour, thèse inaug. Paris, 1853.
(5) E. Vidal, thèse inaug. Paris, 1855.
(6) Luc. cit., p. 38.
La misère cl les mauvaises conditions hygiéniques sont des causes importantes du rhumatisme chronique à forme noueuse. C’est dans les établissements consacrés à l’indigence que presque tous les auteurs ont puisé leurs documents.
Le froid humide, surtout quand son action est prolongée, a paru une des causes les plus fréquentes ; cette influence est d’ailleurs celle qui détermine le plus grand nombre de maladies rhumatismales.
Après cette cause, l’établissement ou, au contraire, la cessation des règles, la grossesse et l'accouchement paraissent avoir le plus d’influence, tant sur le début que sur les progrès de la maladie.
La blennorrhagie, en se localisant sur une articulation, pourrait aussi, d’après Trousseau, être la cause d’appel et de généralisation du rhumatisme noueux (1).
§ III. — Symptômes.
Avant d étudier les symptômes du rhumatisme noueux, il convient d’établir quel est son siège habituel. 11 n’est aucune articulation qui ne puisse être envahie par la maladie ; mais ce sont surtout les petites jointures, celles des mains en particulier, qui en sont le siège le plus ordinaire. C’est par elles que commence le mal, cl elles sont toujours plus ou moins atteintes. Les grandes articulations, au contraire, celles des épaules, des hanches, par exemple, sont souvent tout à fait indemnes, ou ne se prennent (pic fort tard; et leurs altérations sont toujours moins marquées que celles des petites articulations (h; l’extrémité des membres supérieurs.
Les symptômes du rhumatisme noueux sont surtout des symptômes locaux ; les principaux sont : la douleur, la rougeur, le gonflement et les déformations des extrémités ou des membres.
La douleur occupe les jointures; quelquefois elle envahit en même temps le membre correspondant. La douleur articulaire est plus vive et plus superficielle dans les petites articulations que dans les grandes. Intermittente an début, et seulement intense au moment des paroxysmes de la maladie, elle devient plus tard continue, présentant des exacerbations qui reviennent sous diverses influences, et particulièrement dans les temps humides; elle peut disparaître à une période avancée de la maladie, quand les déformations sont produites et demeurent stationnaires. Elle s’étend au delà de la sphère des articulations et occupe les extrémités osseuses. Les muscles et les tissus voisins sont aussi douloureux; ils sont le siège d’engourdissements, de crampes, de contractions spasmodiques très-pénibles, revenant surtout au moment des exacerbations; ces contractions paraissent jouer un rôle considérable dans la production des déformations articulaires. Quelquefois, et surtout dans le début de la maladie, on a observé des douleurs qui suivaient le trajet des nerfs, du nerf sciatique, par exemple.
Au niveau des articulations qui ne sont recouvertes que par une mince épaisseur de parties molles, on peut constater de la rougeur; celle-ci est diffuse, peu intense, érythémateuse, occupant surtout les parties saillantes de la jointure; elle n’existe tpie dans le moment dos paroxysmes douloureux , et disparaît pendant les rémissions.
( 1) Trousseau, Clinique médicale de l' Hôtel-Dieu, 2e édit. Paris, 1865, t. III, p. 375