‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 111 sur 369 · RHUMATISME NOUEUX. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

RHUMATISME NOUEUX. — SYMPTÔMES

Le r/on flement reconnaît deux ordres de causes très-distinctes : dans les premiers temps, il est mollasse, œdémateux , produit par la fluxion séreuse des parties molles périarticulaires, et quelquefois aussi par un épanchement séreux peu abondant dans la synoviale ; le gonflement s’accompagne alors de rougeur et de chaleur. IPIus tard, il est permanent, et reconnaît pour cause la saillie des têtes osseuses t tuméfiées, élargies, déformées par des ostéophytes, et en même temps l’hypertro- ! plue des tissus fibreux et des couches celluleuses qui entourent l’articulation.

Les déformations constituent un des symptômes les plus communs et en même (temps les plus fâcheux de la maladie. Elles sont surtout prononcées aux extrémités ides membres, et sont beaucoup moindres, en général, à mesure qu’on se rapproche (de leur racine. Celles des mains et des doigts, les plus prononcées de toutes, {peuvent, malgré leur bizarrerie apparente, être rapportées à deux types princiipaux, qui ont été parfaitement établis par Charcot et Trastour. Dans le preimier, type de flexion, on trouve : flexion de la phalangette sur la phalangine, (extension delà phalangine sur la phalange, flexion de la phalange sur les métacaripiens, flexion des métacarpiens et du carpe sur l’avant-bras. Dans le deuxième, i type d’extension, les déviations sont précisément inverses, c’est-à-dire, qu’il y a (extension de la phalangette sur la phalangine, flexion des phalangines sur les phalanges, extension des phalanges sur les métacarpiens. Suivant la judicieuse remar- I (que de Trastour, on voit qu’il y a dans ces deux types une opposition constante (entre l’attitude de la deuxième phalange et celle de la première et de la troisième. Les déformations produisent une succession curieuse de saillies et de dépressions ; au niveau des articulations digitales. Ajoutons tout de suite que le type de flexion i est beaucoup plus fréquent que le type d’extension.

Outre ces deux types, Vidal en admet un troisième dans lequel il y a rigidité du doigt; la phalange, la phalangine et la phalangette sont sur le même axe, im- ( i mobiles l’une sur l’autre; le doigt ainsi rigide est fléchi sur le métacarpien corres- ] I pondant. Les gonflements qu’il présente au niveau des articulations, lui donnent un I (aspect moniliforme singulier, et chaque jointure ressemble, comme on l’a dit, à i lune silique.

En même temps que les déformations dont nous venons de parler, il en est une (que l’on rencontre presque toujours associée aux précédentes, c’est la déviation en (masse de tous les doigts vers le bord cubital de la main; la déviation vers le bord i radial est exceptionnelle. Ces divers déplacements des segments de la main les uns i'Sur les autres, sont quelquefois assez accusés pour qu’il y ait subluxations des pha- I langes ou du carpe; il en résulte des saillies osseuses considérables, qui, jointes aux déformations qui résultent de la tuméfaction des os et de la présence des uostéophytes, achèvent de rendre la main tout à fait difforme.

Les autres articulations présentent aussi des déformations : le coude, gonflé et élargi, est fléchi sur le bras; la cuisse et la jambe sont ordinairement aussi dans la i flexion. Le cou-de-pied est quelquefois ankylosé. Le pied présente, dans un assez grand nombre de cas, des déviations analogues à celles de la main : mais ces dévia- ; lions y sont toujours beaucoup moins développées : le gros orteil se porte habituellement en dehors, en passant au-dessus ou au-dessous des autres orteils et I'arti- Yalleix, 5e édit. j 9 1

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

culation métatarso-phalangienne fait sur le bord interne du pied une saillie considérable.

A quoi sont dues les déviations et les subluxations dont nous venons de parler? Un certain nombre de causes doivent être prises en considération et semblent avoir leur part dans ces phénomènes complexes. Il faut placer en première ligne l’action musculaire. Nous avons déjà signalé les douleurs et les contractions spasmodiques dont les muscles sont le siège pendant les exacerbations du rhumatisme ; il s’y joint plps tard des rétractions toniques que l'on apprécie facilement lorsqu’on cherche à redresser les articulations déviées : on sent alors la résistance élastique propre aux muscles» et ceux-ci sont tendus et soulèvent la peau. Cette action musculaire peut rendre compte à elle seule des déviations osseuses (Charcot) : cependant il faut y joindre, comme causes accessoires, la rétraction des tissus fibreux périartieukires produite par l’inllammation rhumatismale et par la position des articulations, le jvoids des membres et les pressions exercées sur eux par les corps environnants, la nécessité pour les malades de choisir une position dans laquelle les articulations soient aussi fixes que ]>ossible (Trastour).

La peau qui recouvre les articulations malades semble altérée dans sa texture; elle est blanche, couleur de cire, ordinairement moite et couverte d’une sueur visqueuse. Dans le troisième type de déformation de la main, décrit par E. Vidal sous le nom de forme atrophique, la peau est, d’après cet auteur, lisse, tendue comme un gant, amincie, collée sur les os; les plis ont disparu; la tension, l’inextensibilité et l’adhérence aux tissus sous-jacents sont si marquées, qu’on ne peut pincer les parties molles; l’ongle se continue sans ligne de démarcation avec l’épiderme, et les stries profondes qu’on voit à sa surface, jointes à sa friabilité, témoi» gnent qu’il a subi l'influence morbide (1).

Ou conçoit, après l’exposé que nous venons de faire des symptômes locaux, que les troubles fonctionnels sont très développés et souvent même portés jusqu’à l’abolition des fonctions; quand les membres supérieurs, par exemple, sont atteints en totalité par la maladie, leurs mouvements peuvent être plus ou moins complète ment annihilés ; et, s’il en est de même des membres inférieurs, les malheureux malades sont condamnés à une immobilité absolue.

Cet état d’impotence exerce, dans quelques cas, un fâcheux retentissement sur la santé générale : aussi les individus atteints de rhumatisme noueux sont-ils souvent pâles, anémiques; les fonctions digestives languissent. En outre, contraints de garder toujours la même position dans leur lit, ils sont exposés aux eschares du sacrum et des autres parties comprimées, et ces accidents présentent chez eux une grande gravité. Néanmoins, il convient de dire qu’il n’en est pas toujours ainsi; il n’est même pas rare de voir les rhumatisants conserver les apparences d’une assez bonne santé, et même un certain embonpoint.

Les symptômes généraux sont très-peu développés dans le rhumatisme noueux. Le plus ordinairement, il n’y a pas de fièvre, même au début de la maladie : ou bien elle apparaît dans les moments d’acuité relative, et, même dans ces cas, elle est peu développée. Les fonctions générales ne sont pas troublées, ou leur alan-

(1) E. Vidal, toc. cit., p. 25.

Page 1