PRINCIPALES ESPÈCES DE RHUMATISME MUSCULAIRE. — SCAPULODYNIE
grandes inspirations, la toux, l’éternument, en un mot, dans tous les mouvements dans lesquels la poitrine se dilate avec rapidité. Lorsque ce rhumatisme est à l’état aigu, et qu’il occupe un grand nombre de muscles de la poitrine, il détermine une très-grande anxiété. La douleur très-vive ne permettant pas des inspirations complètes, les malades se croient menacés de suffocation à chaque instant ; ils sont oppressés, ne savent quelle position prendre. Il en est qui éprouvent une sensation de resserrement très-pénible de la poitrine.
Le diagnostic différentiel de cette maladie ne doit être porté qu’entre elles, la pleurésie et la névralgie dorso-inter costale.
Ce n’est qu’au début de la pleurésie, alors qu’il n’y a pas encore d’épanchement, ou bien dans les cas très:rares de pleurésie sèche, qu’on pourrait confondre l’inflammation de la plèvre avec la pleurodynie.
Quelquefois la douleur vive (point de côté) que détermine la pleurésie, précède l’épanchement de plusieurs jours. Quelques médecins ont pensé qu’il y avait dans ce cas une pleurodynie qui se terminait par une pleurésie; c’est une erreur. La douleur, dans ces cas, dépend de l’inflammation de la plèvre, qui n’a pas encore produit d’exsudation assez considérable pour être appréciée par la percussion et par l’auscultation. Le mouvement fébrile, l’intensité du point de côté, son siège limité à un point peu étendu, la toux, mettront sur la voie du diagnostic. Les mêmes signes feront reconnaître la pleurésie sèche, et, de plus, on devra rechercher le bruit de frottement qui se produit en pareil cas.
Quant au diagnostic de la pleurodynie et de la névralgie intercostale, nous renvoyons à l’article consacré à cette dernière affection (1).
Le traitement ne diffère pas de celui des autres rhumatismes musculaires. La position du corps est peut-être plus favorable à l’apaisement des douleurs dans cette affection que dans toute autre. Gaudet (2) a cité des cas dans lesquels une position convenable, c’est-à-dire celle qui met dans le relâchement les muscles affectés, a toujours amené le plus grand soulagement. Une application d’un nombre assez considérable de sangsues ou de ventouses scarifiées fait promptement cesser les accidents d’apparence si graves mentionnés plus haut.
7° Rhumatisme musculaire de l'épaule (scapulodynie).
Le rhumatisme musculaire de l’épaule a pour siège principal le deltoïde ; on le trouve aussi dans les muscles qui viennent se fixer à tout le pourtour du scapulum. Ce rhumatisme mérite une attention particulière de la part du médecin. Il est souvent d’une grande violence; il a entraîné quelquefois la paralysie du bras, et enfin c’est celui qui se transforme le plus souvent en véritable névralgie (3). On voit, chez certains sujets, des douleurs vives occuper toutes les masses musculaires de l’épaule, gêner à un point extrême les mouvements, ne pas présenter de point douloureux circonscrit, puis gagner le plexus brachial, se circonscrire dans le nerf circonflexe, dans les points cervicaux, vers l’épitrochlée, etc., engourdir la main, présenter des élancements, etc.
(1) Voy. article Névralgie dorso-intercostale.
(2) Gaudet, Gazettépnédicalc . Paris, 12 avril 1834.
(3) Voy. Traité des névralgies, chap. III, Névralgie cervico-brachiale.
MAI.A1MKS CONSTITUTIONNELLES.
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Les degrés de la douleur dans la scapulodynie varient beaucoup. Tantôt il n’existe qu’un peu de sensibilité, qui se manifeste lorsque le sujet veut élever le bras ou le porter en arrière; tantôt la douleur est si vive, que tous les mouvements sont impossibles et que le malade ne sait quelle position prendre.
Ces derniers cas ressemblent tellement à V arthrite de l’épaule, que l’on a beaucoup de peine à les distinguer. Nous avons eu, il y a quinze années, dans notre service à l’Hôtel-Dieu annexe, un malade qui est resté longtemps dans l’hôpital, et chez lequel tout nous a porté à croire qu’il existait un rhumatisme musculaire occupant particulièrement le deltoïde. Les raisons qui nous ont fait porter ce diagnostic étaient qu’il n’y avait pas de roideur bien marquée, et que, à certaines époques, la douleur se dissipait en grande partie, pour reprendre ensuite une nouvelle intensité. Aucun des autres symptômes de l’arthrite, sans en excepter la fièvre aux époques des exacerbations les plus violentes, ne manquait dans ce cas. Nous signalons les faits de ce genre à l’attention des médecins.
Le repos absolu du membre, les émissions sanguines abondantes, la morphine par la méthode endermique, tels sont les moyens de traitement les plus utiles quand la douleur est très -violente. Dans le cas contraire, quelques ventouses scarifiées, des émollients, des bains, suffisent.
H" Rhumatisme musculaire des membres.
C'est dans le rhumatisme musculaire des membres qu’il y a le plus grand contraste entre l’état du malade pendant le repos et pendant la contraction. La contraction des muscles étant très-étendue, il en résulte une douleur relativement plus vive, tandis que les membres étant dans un repos absolu lorsque le malade est couché, la douleur disparaît complètement.
La direction de la douleur suivant le trajet connu d’un nerf, la dissémination en points douloureux, les élancements, font distinguer la névralgie du rhumatisme musculaire des membres. Quant aux douleurs chez les sujets courbaturés , aux douleurs syphilitiques, à celles qu’éprouvent les sujets atteints de colique de plomb, les symptômes concomitants suffisent pour les faire distinguer de la maladie (pii nous occupe.
Le traitement de cette espèce ne présente absolument rien qui sorte de la règle générale.
9" Rhumatisme des parois antérieure et latérale de l'abdomen.
Ce rhumatisme, signalé d’abord par Chomel, a été ensuite décrit par Genest (1 ,, et plus tard par Requin (2).
Le caractère principal de cette affection consiste dans une douleur occupant toute la paroi abdominale antérieure, et se prolongeant quelquefois vers les reins. Cette douleur, qui a les caractères décrits dans 1 article Rhumatisme en gène) al, acquiert une intensité extrême lorsque les malades veulent s asseoir. La pression
(1 , Genesi, Gazette tmicl., 1832 : llcclierclies sur quelques eus de rhumatisme des parois abdominales qui peuvent (dre cou foi. dus avec la péritonite générale.
(2) Requin, Eléments de pathologie médicale. Paris, 1843.