PRINCIPALES ESPÈCES DE RHUMATISME MUSCULAIRE
l'augmente aussi beaucoup. Lorsqu’il existe réellement une péritonite, la pression devient de plus en plus vive à mesure que l’on presse, et l’on est bientôt obligé de cesser l’exploration, bien que la pression soit exercée avec toute la paume de la main. Il n’en est pas ainsi lorsqu’il s’agit du rhumatisme abdominal : après la première sensation douloureuse, la pression est bien supportée, et l’on peut ainsi explorer les organes abdominaux. La douleur à la pression est beaucoup moins vive que la douleur occasionnée par les mouvements.
On a dit que dans le rhumatisme abdominal il n’y a ni frissons, ni vomissements, ni autres symptômes généraux remarquables. Le fait est vrai pour la grande majorité des cas; mais il ne s’applique pas à tous. Nous avons vu à l’Hôtel- Dieu une femme qui avait eu des frissons, du brisement des membres, des vomissements bilieux, de la diarrhée, et qui présentait une douleur vive de la paroi antérieure du ventre, avec chaleur de la peau, élévation et accélération du pouls, sueur, anorexie, soif, etc. C’est surtout dans les cas de ce genre que le signe différentiel dont nous venons de parler nous paraît important ; il nous a sufli, en effet, chez celte malade, pour reconnaître le rhumatisme et éloigner toute idée d’une péritonite.
C’est presque toujours chez des femmes qu’on a observé ce rhumatisme, qu’une ou deux applications de sangsues ou des ventouses, les délayants et quelques calmants font disparaître avec promptitude.
10° Rhumatisme interne , uti rhumatisme viscéral.
Si nous voyons les douleurs musculaires ayant au plus haut point le caractère rhumatismal se porter sur un nerf sous forme de névralgie bien évidente, il n’esl nullement étonnant que ces mômes douleurs se portent sur un viscère; il en résulte une de ces viscéralgies que nous décrirons dans un des volumes suivants : une gastralgie, une entéralgie, etc. On ne comprend bien la manière dont toutes ces diverses douleurs se comportent que lorsqu’on connaît leur origine commune. Plus nous avons avancé dans l’étude des faits, plus nous nous sommes assuré que toutes ces affections, qui ont pour caractère essentiel et presque unique la douleur, et qui n’occasionnent aucune altération des tissus, sont de la môme nature, et que si le praticien doit tenir grand compte de la différence du siège, qui apporte à la maladie tant de modifications importantes, il ne doit pas non plus oublier cette identité de nature, qui lui explique bien des phénomènes autrement inexplicables, et qui, dans plusieurs cas, peut être la source d’indications utiles. Nous ne devons reconnaître comme rhumatisme que les douleurs nerveuses qui ont pour siège les libres musculaires.
«. Rhumatisme de la langue. — Chez les individus qui sont très-sujets au rhumatisme musculaire, il survient parfois une douleur de la langue, qui n’est appréciable qu’au moment des contractions de cet organe, et qu’on ne peut rapporter qu’au rhumatisme musculaire. Chomel en a observé un exemple ; nous en avons également observé un. Le siège de la maladie était d’un seul côté de la langue. Nous n insistons pas sur cette affection, qui est passagère, qui n'exige aucun moyen de traitement, et qui, par conséquent, n’intéresse pas le praticien.
b. Rhumatisme du pharynx et de l Œsophage. — Le rhumatisme du pharynx et de l’œsophage a été maintes fois observé. Le malade ne s’aperçoit nullement de
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
l’existence de la douleur jusqu’au moment où il veut avaler les aliments ; mais alors, et surtout lors de la déglutition des premières bouchées, il se manifeste, soit dans le pharynx, soit dans un point limité de la hauteur de l’œsophage, une douleur très-vive qui cesse en partie lorsque le bol alimentaire a franchi le point a Hec té, mais qui se renouvelle dès que le malade recommence à manger. Celte douleur peut durer plusieurs jours; elle se dissipe d’elle-même, et d’autant plus promptement, que le malade s’abstient davantage d’aliments solides, ce qui est diflicile, la santé étant d’ailleurs parfaite. Il ne faut pas confondre ce rhumatisme avec la douleur qui est produite quelquefois dans l’œsophage par le passage d’un bol alimentaire trop volumineux ou non suffisamment mâché, et qui se dissipe d’un repas à l’autre.
c. Rhumatisme de l estomac et des intestins. — Nous parlerons ailleurs des viscér algies ; il s’agit de savoir si les muscles seuls de l’estomac et des intestins peuvent être affectés comme les muscles des lombes, par exemple; or, la réponse a cette question est impossible dans l’état de la science. Quelquefois on observe des coliques d’une médiocre intensité, sans évacuations alvines, ayant lieu dans un point limité de I abdomen, et qui paraissent résulter de la contraction de quelques fi In 'es intestinales rhumatisées, ou de leur dilatation par le passage de quelques gaz.
On a voulu donner le nom de rhumatisme de l’estomac et de l'intestin à des accidents plus ou moins graves survenus dans le cours du rhumatisme articulaire, et même de la goutte; il suffit de lire les remarques que nous ferons à ce sujet en parlant de la goutte rétrocédée : nous y renvoyons le lecteur.
d. Rhumatisme du diaphragme. — On a cité des cas dans lesquels des douleurs vives se faisaient sentir au niveau du rebord des fausses côtes, aux attaches du diaphragme, et augmentaient dans les grands efforts d’inspiration. C’est surtout chez les sujets affectés de courbature que se manifestent ces douleurs, qu’il ne faut pas confondre avec les points douloureux de la névralgie dorso-intercostale, et qui exigent quelquefois l’application de quelques sangsues.
e. Rhumatisme de l'utérus. — « Le rhumatisme, dit Wigand (1), affection propre, comme on sait, aux muscles et à leurs gaines, peut aussi atteindre la fibre contractile de l’utérus, et même s’y présenter sous sa forme la plus aiguë, signalant sa présence, là comme ailleurs, par une douleur dont l’effet est d'enchaîner la contractilité et le mouvement, par l’augmentation de la chaleur, par du gonflement. Résumés en peu de mots, les signes caractéristiques du rhumatisme de l’utérus sont les suivants : Sans qu’aucune violence ait été exercée sur cet organe, il survient un endolorissement général de la matrice, qui ne supporte pas d’être palpée. Cet état est suivi de contractions utérines assez régulières, si ce n’est qu’elles sont accompagnées, non pas seulement vers la fin, comme dans l’état naturel, mais dès leur début ou à leur milieu, d’une \ive douleur qui arrête et enchaîne le mouvement; la contraction utérine est douloureuse dès le commencement, lorsque l’organe est affecté de rhumatisme. »
Nous avons cité ce passage, quoiqu’il s’agisse d’un accident qui se montre pendant la grossesse et l’accouchement, parce que ces faits ne sont pas suffisamment connus, et méritent de l’être.
(1) Mém. sur la rhumatisme de / utérus dans ta grossesse et dans l’ accouchement (journal !' Expérience , 1839).