GOUTTE. — HISTORIQUE
[D’après ce qui précède, on voit que Valleix, conformément aux opinions déjà émises par Chomel et Requin, n’a admis de rhumatismes viscéraux que dans les organes où existe du tissu musculaire; et, dans son opinion, ces manifestations du rhumatisme ne seraient autre chose que des névralgies siégeant dans la partie musculeuse des viscères.
Beaucoup d’auteurs modernes 11e partagent pas cette manière de voir; et l’on tend aujourd’hui à revenir à l’idée ancienne, d’après laquelle le rhumatisme pourrait produire sur les organes viscéraux des maladies autres que des névralgies musculaires, par exemple des fluxions séreuses ou séro-sanguines, comparables aux fluxions articulaires et présentant plusieurs de leurs caractères, à savoir, la soudaineté d’invasion, la mobilité, la tendance à l’envahissement, l’irrégularité de la marche, la terminaison par résolution. Tous les viscères semblent pouvoir en être le siège ; nous citerons surtout le poumon, le cerveau, la gorge, l’intestin.
Déjà Stork, Van Swieten, Stoll, Barthez, Jos. Frank avaient signalé l’existence de ces maladies, leur coexistence ou leur alternance fréquentes avec le rhumatisme articulaire. Des faits nombreux relatés de nos jours ont confirmé l'exactitude de leurs observations, et ont conduit à considérer le rhumatisme comme susceptible de produire des manifestations nombreuses et variées du côté des viscères : c’est ainsi qu’on a décrit des angines, des pneumonies, des dysenteries, etc., d’origine rhumatismale. La subordination de ces maladies au rhumatisme, dans un grand nombre de cas, a été surtout établie par les travaux de Pidoux (1 ;, Trousseau (2), Monneret (3).
Nous ne saurions entrer dans le détail de ces divers rhumatismes viscéraux; leur étude sera faite à propos des maladies de chaque organe en particulier.]
ARTICLE IV
GOUTTE
Plusieurs auteurs, à la tète desquels se place Chomel, ont avancé que la distinction qu’on avait établie entre le rhumatisme articulaire et la goutte était mal fondée, et que les deux affections sont identiques. Après avoir examiné les faits et pesé les raisons qui ont fait regarder ces deux affections comme identiques, nous pensons que cette opinion ne saurait prévaloir quand il s’agit de pathologie spéciale, et nous croyons devoir donner de la goutte une description particulière.
§ I. — Historique.
Des travaux importants ont été publiés sur la goutte, mais la plupart de ces travaux sont d’une date assez ancienne. Hippocrate en parle fréquemment dans ses ouvrages. Galien, Arétée, Cælius Aurelianus, lui ont consacré une partie de leurs traités, et ces auteurs ont distingué la goutte du rhumatisme. C’est à Sydenham qu’il faut arriver pour avoir une description complète et satisfaisante de la niait) Mdoux, Qu’est-ce que le rhumatisme? — Union médicale , 1861, t. IX et X.
(2) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, 6e édition, t. I, p. 539 et suiv. — Trousseau, ('Unique médicale de T Hôtel-Dieu, 2e édition, t. III, p. 382 et suiv. etpassim.
(3) Monneret, Cours de la Faculté. — Voy. Programme, 1862, p. 122. — Voy. aussi la thèse de Ch. Fernet, Du rhumatisme aigu et de ses diverses manifestations. Paris, 1865.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
ladic (1). Le Traité du la goutte , adressé en 1(583 à Thomas Shorl, a passé jusqu’à nos jours pour la meilleure monographie de cette affection, et dans tous les auteurs qui sont venus après on en trouve des traces. Nous citerons, après ce travail, la dissertation de Musgrave (2), dans laquelle il y a beaucoup de confusion; les travaux de Stalil, de F. Hoffmann, de Barthez; le traité de Guilbert (3), celui de Scudamore (4), celui de NV. Gairdner (5) ; puis l’ouvrage de Ghomel et Requin, qui malheureusement ne peut pas nous être bien utile, parce que ces auteurs n’ont pas tracé une description particulière de la goutte. [Dans ces dernières années, Garrod, professeur de King’s college, à Londres, a publié une monographie importante de la goutte (6) ; cet ouvrage, appuyé sur des observations nombreuses, contient en outre des recherches étendues sur la composition du sang et de l’urine dans cette affection, et une théorie sur sa nature. Nous devons signaler encore une très-bonne thèse de Galtier-Boissière (7), et les leçons récentes de Trousseau (8). ]
§ II. — Définition, synonymie, fréquence.
Quoique nous ayons établi que les différences qui existent entre le rhumatisme articulaire et la goutte sont évidentes, nous n’en reconnaissons pas moins qu’une définition très-explicite de la maladie présente quelque difficulté. Nous définirons la goutte par ses principaux caractères. C’est une maladie remarquable par sa rémittence, par ses attaques, ayant souvent une physionomie toute particulière, par des symptômes locaux plus ou moins intenses, qui affectent ordinairement les petites articulations, et surtout celles des doigts des pieds; enfin par la déformation des articulations, due principalement à un dépôt de matière concrète, à laquelle on a donné le nom de tophus. Dans la très-grande majorité des cas, la goutte reste fixe pendant toute une attaque dans les jointures primitivement envahies, ce qui n’est pas un caractère différentiel qu’il faille négliger.
Les divisions proposées pour la définition de la goutte sont très-nombreuses, et pour la plupart elles ne sont fondées que sur des circonstances secondaires, telles que la plus ou moins grande fixité et la plus ou moins grande violence des symptômes locaux, la manière dont se succèdent les accès, etc. Avec les auteurs qui ont le mieux étudié cette affection (Cullen, Scudamore, etc.), nous devons nous contenter de distinguer la goutte en aiguë et en chronique , de dire un mot des symptômes que l’on observe parfois du côté des organes internes, et de signaler quelques complications.
On a décrit la goutte sous les noms de podagra , chiragra , ischiagra , suivant les articulations affectées, on l’a aussi désignée sous ceux de morbus dominorum , et dominas morborum , qui expriment la prédilection de la maladie pour les classes
(1) De podagra et hydrope ( Opéra omnia , Genève, 1757, t. I, p. 300 et suiv.).
(2) De arthrit. symptomatica , soutenue en 1702.
(3) De la goutte et des maladies goutteuses. Paris, 1820.
(A) Scudtmore, Traité sur la nature et le traitement de la goutte et du rhumatisme , trad. Deschamps. Paris, 1820.
(5) On goût its history, ifs cause and ils cure, 2° édit. London, 1851.
(6) Garrod, The nature and treatment of goût and rheumatic goût, 2' édit. London, 1803.
(7) Galtier-Boissière, thèse inaugurale. Paris, 1 859.
<'8) Trousseau, Clinique médicale de T Hôtel-Dieu, 2e édition, 1865, t. III, p. 315.