‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 12 sur 369 · FIÈVRE ÉPHÉMÈRE · texte numérisé non relu

FIÈVRE ÉPHÉMÈRE

ARTICLE PREMIER

fièvre éphémère ( courbature ).

La fièvre éphémère, ou courbature, a été connue de tous les temps. C’est une affection commune, très-légère, qui n’exige pas de moyens thérapeutiques énergiques, et qui ne demande qu’une très-courte description. J. Lavasse (1) a fait de la fièvre éphémère et de la fièvre synoque le sujet d’un mémoire intéressant qui nous - sera utile pour la description suivante.

On donne le nom de fièvre éphémère à une maladie caractérisée par un mouvement fébrile survenant brusquement, et disparaissant au bout de vingt-quatre ou de trente-six heures, rarement au bout de trois jours. Dans ce dernier cas, on lui donne le nom de fièvre éphémère prolongée.

§ Et. — Causes.

Celte affection attaque principalement les enfants et les jeunes gens ; elle se manifeste dans toutes les saisons, mais surtout au printemps.

Les causes déterminantes les plus manifestes sont, suivant les observations de J. Davasse, qui confirment sous ce rapport ce que nous apprend l’observation journalière : les exercices violents et inaccoutumés , les écarts de régime , les vives émotions , les plaisii's immodérés , les brusques variations de température., l’exposition au mauvais temps , ou bien au contraire à un soleil ardent. U reste à faire un travail rigoureux pour nous apprendre le degré précis d’influence de ces diverses causes.

§ III. — Symptômes.

Dans quelques cas le début est marqué par un léger malaise, un peu de céphalalgie et de lassitude, et quelques horripilations. Plus ordinairement la maladie débute brusquement par ses symptômes caractéristiques, qui sont les suivants :

Il y a un sentiment de fatigue et de prostration qui va rapidement croissant. Lu brisement plus ou moins marqué se fait sentir dans les lombes et dans les membres. Les mouvements sont douloureux. La pression sur les diverses parties du corps développe une douleur contusive.

On observe rarement un frisson marqué, mais presque toujours il v a une assez grande sensibilité au froid.

Du < ôté des voies digestives , on trouve la perte de l appétit, une soif rarement intense. La langue est souple, humide, couverte d’un enduit blanchâtre ou jau-

nàiH. Le venti c est indolent, les selles sont naturelles, ou bien il v a une constipation légère.

La céphalalgie peisiste et est parfois considérable. On note toujours la pesanteur e tète. La face îeste naturelle, sans hébétude. Les malades sont portés au som-

(t) Des fièvres éphémères et sijnoque simple, thèse. Paris, 1847.

FIÈVRES

meii. Dans les cas les plus intenses, et surtout chez les enfants, il survient des rêvasseries, et même quelquefois un peu de délire la nuit.

La peau présente une chaleur assez marquée, mais sans âcrcté.

Le pouls est fréquent, plein, fort et régulier.

Cet état persiste pendant un temps qui varie de douze à trente-six heures, et dans quelques cas il se prolonge pendant deux ou trois jours. Plus ordinairement après un sommeil profond, les malades se trouvent guéris, sans convalescence. Quelquefois néanmoins il reste un léger sentiment de fatigue.

A la fin de la maladie, on voit survenir fréquemment soit une moiteur marquée, soit une sueur assez abondante ; quelquefois c’est une épistaxis ; et ordinairement on voit apparaître au pourtour des lèvres un herpès remarqué par le vulgaire, qui dit que la fièvre so?kt. Cet herpès peut se montrer également au pourtour de la vulve, de l’anus et du prépuce. On a regardé ces symptômes comme des a-ises. Cette opinion peut se soutenir quant aux deux premiers; mais relativement à l’herpès, on ne peut guère voir dans son apparition qu’une conséquence pure et simple de la maladie.

§ IV.— Marche, durée, terminaison de la maladie.

Dans la description précédente, nous avons indiqué la marche et la durée de la maladie; quant à la terminaison, elle est constamment heureuse. Cette affection peut se montrer très-fréquemment chez le même individu.

§ V. — Traitement.

Le traitement est des plus simples : quelques boissons acidulés ; un léger laxatif, s’il y a de la constipation ; tenir les malades au lit, dans un lieu tranquille et à une température douce; faire observer la diète : tels sont les seuls moyens thérapeutiques à mettre en usage. Dans les cas un peu intenses, on peut donner quelques calmants ou quelques antispasmodiques.

ARTICLE IL

fièvre simple continue ( synoque ).

L’étude de cette fièvre a été un peu négligée dans ces vingt dernières années ; toutefois il ne faut pas croire, comme le pense J. Davasse, que c’est parce que son existence était méconnue de tout le monde. La cause on est uniquement dans la bénignité très-grande de la maladie, qui a fait que ceux mêmes qui avaient fixé leur attention sur elle se bornaient à la signaler comme ne devant pas être confondue avec la fièvre typhoïde; mais il est très-vrai qu’un assez grand nombre de médecins prenaient la fièvre simple continue pour une fièvre typhoïde légère, ce qui avait un très-grand inconvénient pour la thérapeutique, car les cas de ce genre, se glissant dans les statistiques, en faussaient nécessairement les résultats. Sous ce rapport, J. Davasse a rendu un vrai service à la science en insistant sur ces faits trop superficiellement observés, et en traçant une bonne description de la maladie.

fièvre simple continue.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

La fièvre simple continue est une affection qui ne présente aucune lésion locale i îppréciable, et est uniquement caractérisée par les symptômes qui constituent d’état fébrile.

On l’a décrite sous un grand nombre de dénominations, qui pour la plupart, ainsi que nous venons de le voir, ne se rapportent pas à im état morbide bien déterminé. Les principales de ces dénominations sont les suivantes : synoque ( sinochus ) non putride, synoque simple, synocha, fièvre aiguë simple, fièvre hebdomadaire, fièvre inflammatoire simple, continue, dépuratoire, continente, fièvre angio- 'énique , fièvre gastrique , gastro-céphalique , etc. La dénomination de fièvre simple continue , qu’employait Boerhaave, me paraît la plus convenable.

Cette affection n’est pas rare : on en trouve des exemples plus fréquents dans la pratique ordinaire que dans les hôpitaux; non que les classes qui remplissent les (hôpitaux en soient exemptes, mais parce que l’affection étant très-légère, elle il 'oblige pas à entrer à l’hôpital.

§ II. — Causes.

Les causes sont à peu près les mêmes que celles de la fièvre éphémère. Ainsi on observe le plus souvent cette maladie chez les enfants et les jeunes adultes (l’une bonne constitution, quoiqu’on n’en soit pas complètement exempt dans d’autres conditions. Elle se montre principalement au printemps, mais elle n’est pas très-rare en été et en automne. On la voit apparaître après les grandes fatigues, les excès, la suppression d’un flux habituel, un brusque refroidissement; aarfois elle survient sans cause appréciable

On a décrit une fièvre simple épidémique. Il n’est pas bien certain qu’elle puisse ‘voir ce caractère. J. Davasse a cité à ce sujet une relation de Slork qui n’est )as tout à fait convaincante.

L’étiologie de la fièvre simple continue, comme celle de la fièvre éphémère, a çrand besoin de recherches plus précises que celles qu’on a faites jusqu’à présent.

§ EU. — Symptômes.

Les symptômes de celle maladie, fort bien décrits par J. Davasse, ressemblent tcaucoup à ceux d’une fièvre éphémère; ils ont seulement un peu plus d’intensité t plus de persistance, et en outre il en survient quelques-uns qui ne se trouvent •as dans la fièvre éphémère, et qui méritent d’être mentionnés.

Dans le plus grand nombre des cas, la fièvre continue simple, comme la fièvre phémère, débute sans prodromes : elle surprend les sujets dans le meilleur étal de anté; quelquefois néanmoins les symptômes caractéristiques de la maladie sont récédés dun état de malaise vague, de. lassitude et d’anorexie. Cet étal incertain st de courte durée.

Le début le plus fréquent de cette affection est rarement marqué par un frisson rononcé; plus souvent il y a simplement quelques légers frissonnements erratiues , une certaine sensibilité au froid ; mais plus souvent encore la maladie coin-

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inonce par la céphalalgie, l’abattement et la chaleur. Quand la maladie est confirmée, on observe les symptômes suivants.

Symptômes de la maladie con firmée. — La céphalalgie en est un des principaux : les malades s’en plaignent beaucoup, et elle va croissant les deux ou trois premiers jours. Elle occupe toute la tête, mais principalement la partie antérieure. La prostration est notable, mais beaucoup moins que dans la fièvre typhoïde. On observe le brisement des membres et des lombes, comme dans la fièvre éphémère. Il n’v a pas d'hébétude , ni de lenteur marquée dans les mouvements. Lorsqu’on interroge les malades, ils répondent promptement et avec justesse : leur intelligence est nette; seulement ils sont portés au sommeil pendant la journée, tandis que la nuit il y a parfois un peu A' agitation avec quelques rêvasseries , mais rarement de l’insomnie, et plus rarement encore un léger délire.

Du côté des voies digestives, on observe une anorexie complète; la bouche est pâteuse, souvent amère; la soif un peu augmentée; la langue est souple, humide, couverte d’un enduit blanc jaunâtre, parfois un peu rouge à la pointe. Des vomissements alimentaires d’abord, puis bilieux, ont lieu dans quelques cas au début; un peu plus souvent on les voit survenir au bout de deux ou trois jours. Le ventre est presque toujours à l’état normal; quelquefois on trouve un peu de gargouillement sous la pression dans l’une ou l’autre fosse iliaque, sans douleur. Il existe généralement une constipation peu opiniâtre; parfois les malades rendent des selles rares et décolorées : plus rarement il y a quelques selles liquides. Les douleurs épigastriques et le météorisme, qu’on a quelquefois observés, sont des symptômes qui se montrent avec une faible intensité.

Les urines sont rouges et foncées; vers la fin de la maladie, on y trouve ordinairement un énéorème qui tend à gagner le fond du vase.

La chaleur de la peau devient de plus en plus élevée; elle est ordinairement halitueuse , parfois sèche, mais sans âcreté. Assez fréquemment on voit apparaître sur la peau, des taches qui méritent une mention particulière ; Forget les avait remarquées, et J. Davasse a insisté sur leur description.

Ce sont des taches bleuâtres, ardoisées, peu foncées, en général arrondies, sans saillie, d’un demi-centimètre à un centimètre de diamètre; se touchant rarement ; ne disparaissant pas par la pression; occupant principalement le ventre et la partie supérieure des cuisses, et durant un septénaire environ.

Ces taches bleues appartiennent-elles uniquement à la fièvre simple continue ? C’est ce que j’examinerai plus loin (1).

La face offre parfois une légère coloration jaunâtre, un aspect bilieux.

Enfin le pouls est plein, fort, vibrant, mais sans dureté et très-régulier; il s’élève jusqu’à 90, 100 et 110 pulsations.

lelle est la description de la fièvre simple continue. Nous l’avons empruntée en grande partie a J. Davasse, qui a le mieux étudié la maladie; mais nous ne dissimulons pas que des recherches plus étendues et une bonne statistique lui donneraient une précision beaucoup plus grande.

(1) Voy. article Fièvre typhoïde, diagnostic.

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