GOUTTE. — SYMPTÔMES
malades ressentent une tension incommode dans la région des reins ; l’urine est rare et très-colorée, elle laisse déposer, par le refroidissement, un sédiment abondant qui adhère aux parois du vase, et son émission s’accompagne d’ardeur dans le canal de l’urèthre ; quelquefois on rencontre une véritable blennorrhée. Ou bien il survient une fluxion catarrhale vers certaines muqueuses, et surtout vers la conjonctive, la muqueuse bronchique. Enfin, quelque temps avant l’attaque proprement dite, la partie qui doit être affectée est le siège de roideurs, de sensibilité exagérée des jointures, il survient du gonflement des veines et un œdème parfois assez étendu (Galtier-Boissière). Souvent ce sont des phénomènes nerveux, irritabilité de caractère, engourdissement et inaptitude au travail, qui permettent de prévoir l’imminence de l’attaque. Dans quelques cas, Graves (l) a noté que les malades éprouvent un désir insurmontable de grincer les dents, provenant d’une sensation incommode d’agacement qui siège dans les dents elles-mêmes.] Dans un petit nombre de cas, on a noté, au contraire, un bien-être inaccoutumé, une augmentation de l’appétit, la tendance aux plaisirs vénériens ; mais ces cas doivent être considérés comme exceptionnels.
Enfin, chez un bon nombre de sujets, rien ne peut faire prévoir l’invasion de la goutte ; ils se couchent très-bien portants, et sont réveillés la nuit parle premier symptôme de l’accès : la douleur.
La douleur se manifeste presque toujours vers le milieu de la nuit, et éveille le malade en sursaut. Quelquefois elle s’accompagne d’un frisson qui ne tarde pas à se dissiper. Cette douleur n’acquiert pas immédiatement toute son intensité ; elle va en augmentant jusqu’au jour, puis reste à peu près stationnaire, sauf des exacerbations passagères jusqu’à la fin du jour, éprouve ensuite une exacerbation marquée, et se dissipe en très-grande partie vers le matin suivant, de sorte (pie l’accès a duré environ l’espace d’un jour et d’une nuit, pendant lesquels les symptômes généraux précédemment décrits se montrent avec une grande intensité.
Le sommeil devient alors plus calme, la transpiration s’établit, et, au réveil, le malade se trouve très-soulagé.
Les jours suivants, il survient, vers le soir, un paroxysme caractérisé par des symptômes semblables à ceux qui constituent le premier accès, mais de moins longue durée. Les journées sont plus tranquilles, sans que néanmoins les douleurs soient dissipées.
Ces accès quotidiens se reproduisent ainsi pendant un espace de temps qui varie de deux septénaires à un et même deux mois, et vont ordinairement en diminuant depuis le premier jusqu’au dernier. Ils constituent l’attaque de goutte. Lorsque l’attaque touche à sa fin, ou lorsque déjà les attaques deviennent moins violentes et que la maladie tend à passer à l'état chronique, les accès sont moins réguliers, ne reviennent pas tous les jours et sont plus longs. On a noté que plus le sujet est jeune et robuste, plus l’attaque est de courte durée. Chez les vieillards affaiblis par d’autres maladies, l’attaque peut durer plus de deux mois.
'près les premières attaques, tout rentre dans l’ordre; les symptômes locaux disparaissent complètement et la santé générale redevient excellente. Il n’en est
(I) Graves, Clinique medicale, trad. Jaccoud, t. II, p. 592.
Yam.f.ix, 5e édit.
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pas de même lorsqu’il y a eu un nombre considérable d’attaques; mais alors on peut considérer la goutte comme passée à l’état chronique.
Dans cette description, nous avons eu en vue les cas dans lesquels les symptômes locaux restent fixes dans une articulation, ce qui a lieu le plus fréquemment dans les premières attaques; il n’est pas très-rare de voir, dans le courant de l’attaque» d’autres articulations se prendre. Il est cependant peu ordinaire de \oir la goutte envahir d’autres points que les orteils des deux pieds. Il arrive quelquefois qu’en envahissant une nouvelle articulation, la goutte quitte la première affectée; mais ces cas sont fort rares. L’envahissement d’une nouvelle articulation est marqué par une recrudescence des symptômes généraux.
Chez quelques sujets, les symptômes locaux se manifestent primitivement non aux pieds, mais aux doigts de la main, et même dans quelques autres points. Sydenham donnait à cette variété le nom de goutte irrégulière.
Lorsque les symptômes locaux sont intenses et la fièvre vive, la goutte est désignée sous le nom de goutte inflammatoire ou goutte chaude; dans les cas, au contraire, où les symptômes locaux sont faibles et où il y a peu de fièvre, on donne à l’affection le nom de goutte froide on de goutte oedémateuse , parce que le gonfieriient et l’empâtement ne sont accompagnés ni de chaleur, ni de rougeur, ni même de douleur vive.
L’attaque ne se présente pas toujours telle que nous venons de la décrire. Il y a une variation qu’il était facile de supposer dans les différents symptômes et dans leur durée, suivant les cas. Ainsi, chez certains sujets, les exacerbations sont moins marquées; chez d’autres, elles sont moins régulières, reviennent à des intervalles un peu plus ou un peu moins grands, durent moins longtemps. Les symptômes généraux diffèrent aussi notablement d’intensité chez les différents sujets. Ils sont très-considérables et se produisent tous ensemble chez quelques-uns, tandis que chez d’autres ils sont faibles et peu nombreux. Ils sont en rapport avec la violence de la douleur et l’intensité du mouvement fébrile
Tant que la goutte se manifeste ainsi par des attaques bien caractérisées qui laissent ensuite le malade dans un état de santé satisfaisant, on peut la regaulei comme une goutte aiguë. Mais ces attaques vont en se rapprochant de plus en plus ; il reste à leur suite des désordres locaux; souvent la santé ne se rétablit qu’incomplétement dans leurs intervalles. La goutte est alors passée a 1 état chronique, et cet état mérite une description particulière.
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petit nombre de jointures où les altérations sont permanentes et vont sans cesse en augmentant, si la maladie n’est pas ralentie dans sa marche. Dans quelques-uns, nn plus grand nombre de jointures sont généralement affectées, et non en même temps : tantôt le malade souffre des orteils d’un pied, tantôt de ceux du côté opposé, tantôt des mains, etc. Dans ce dernier cas, la maladie, ne se reproduisant pas aussi souvent dans les articulations affectées, n’y laisse ordinairement pas de traces aussi profondes. A la première on a donné le nom de goutte chronique fixe; à la seconde celui de goutte chronique mobile , vague , anormale, ou encore celui d 'irrégulière, car on a trouvé l’irrégularité aussi bien dans la mobilité des symptômes locaux que dans leur siège et dans d’autres circonstances accessoires.
La douleur n’est jamais aussi grande dans la goutte chronique que dans la goutte aiguë, bien qu’à des intervalles variés elle reprenne un certain degré d’intensité ; mais elle est beaucoup plus continue; de telle sorte qu’il est très-rare qu’elle se dissipe complètement; que, dans les cas où il en est ainsi, cette amélioration ne dure pas longtemps, et que toujours il reste une gêne assez grande des articulations malades, conséquence nécessaire des altérations dont nous parlerons plus loin.
Le siège de cette douleur est ordinairement le même qu’elle occupait dans les attaques de goutte aiguë. Il n’est pas rare de voir la goutte, en devenant chronique, affecter de nouvelles articulations sans cesser d’occuper les anciennes : ainsi envahir les mains, les coudes et les genoux, et, des petites articulations, son siège habituel, passer aux grandes, qu’affecte particulièrement le rhumatisme. Ceux qui pensent que la goutte et le rhumatisme articulaire sont des affections identiques se sont appuyés sur les faits de ce genre qui présentent, en effet, de grands rapports avec celte dernière affection.
Tophus. — Le gonflement devient persistant et présente quelques particularités importantes. Il est beaucoup plus irrégulier que dans la goutte arguë, ce qui résulte de la formation de concrétions tophacées qui se montrent autour des articulations, et qui gênent beaucoup les mouvements. Il en résulte des tumeurs dures, irrégulières, bosselées, situées immédiatement sous la peau, qu’on ne peut pas faire glisser sur elles, et pénétrant jusqu’aux ligaments articulaires, où elles sont fixées. Dans d’autres circonstances, elles occupent les bourses muqueuses et les gaines des tendons, et paraissent généralement plus profondes, à moins qu’elles ne soient très-volumineuses. On conçoit combien ces tumeurs doivent rendre la pression douloureuse, et surtout la pression exercée par la chaussure; aussi les goutteux qui offrent de semblables altérations marchent-ils avec la plus grande difficulté, et sont obligés de mettre des chaussures particulières, ou de couper leurs chaussures ordinaires, de manière que la partie tuméfiée ne supporte aucune pression.
On comprend combien doit être grande la dèfoimnation des articles qui résulte de semblables tumeurs; l’articulation saillante, les doigts déviés, pressés par leurs extrémités les uns contre les autres, donnent aux parties un aspect tout particulier.
Quelquefois ces concrétions tophacées finissent, en pressant continuellement sur les tissus, par les ulcérer; la peau s’enflamme et se détruit à leur niveau, et de là des plaies de longue durée, à la suite desquelles est évacuée la matière concrète qui constitue la tumeur. D’autres fois, au contraire, elles opèrent la destruction des surfaces articulaires,
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Mais ces productions morbides ne sont pas les seules causes de la déformation des articles. Le gonflement des extrémités articulaires, Y atrophie des parties situées au delà, l’immobilité des petites articulations, dans lesquelles aucun mouvement ne saurait se passer sans retentir douloureusement dans l’articulation malade, donnent lieu à des changements de forme très-notables. Les doigts sont atrophiés, renversés les uns sur les autres; leurs mouvements sont faibles, c’est ce qu’on remarque surtout aux mains. Non-seulement les malades, lorsque ces lésions sont considérables, ne serrent plus les objets que très-faiblement, mais encore ils les prennent avec difficulté, et deviennent très-maladroits.
Le gonflement occupe également les grandes articulations lorsque la maladie les envahit, et ces parties ne sont pas exemptes de concrétions tophacées.
Quant à la rougeur et à la chaleur , elles ne sont pas habituelles dans la goutte chronique, et ne se manifestent que dans certains retours à l’acuité, qui ont lieu de loin en loin, ou bien lorsque les concrétions tophacées, en irritant les tissus, \ déterminent une inflammation plus ou moins vive.
Tels sont les symptômes locaux, qui présentent nécessairement des variétés et des nuances qu’il est très-facile de concevoir.
Les symptômes généraux sont variables. Durant les exacerbations de plus ou moins longue durée qui surviennent dans la goutte chronique, on remarque une diminution plus ou moins marquée de Y appétit , qui quelquefois, au contraire, présente une assez grande vivacité. En môme temps on constate l’existence d’un sentiment de plénitude à l’épigastre, de rapports, de borborygmes, en un mot de svmplômes dépendants d’un développement surabondant de gaz. Dans d’autres cas, il y a des symptômes d 'embarras gastrique; quelquefois des douleurs gastrointestinales qu’on peut rapporter à une gastro-entéralgie. La constipation est l’état ordinaire des goutteux; elle augmente ordinairement pendant les attaques : il est rare de noter la diarrhée.
Nous n’avons que des renseignements très-insuffisants sur l’état des voies respiratoires et des voies circulatoires; on a beaucoup parlé de la dyspnée , de la toux , de l 'oppression, des douleurs pectorales des goutteux; mais à quoi sont dus ces symptômes? L’obésité de quelques malades ne suffit-elle pas pour en expliquer quelques-uns? Un certain degré de catarrhe pulmonaire ne rend-il pas compte des autres? Et enfin une complication du côté de l’organe central de la circulation n’est-elle pas le plus souvent la source des phénomènes morbides que présente cette fonction?
Du côté du système nerveux , on a signalé l’insomnie, l’inquiétude, l’irritabilité. On a cité des exemples de tentative de suicide pour échapper aux angoisses des
attaques; mais ces cas sont extrêmement rares.
Nous mentionnerons les étourdissements, les bourdonnements d’oreille, la céphalalgie, parce que ces symptômes ne sont pas constants. Les crampes appartiennent plus particulièrement à l’affection qui nous occupe, ainsi que les spasmes des
divers organes.
Il faut aussi faire mention de Ycedèrne qui survient aux extrémités, mais qui paraît être sous la dépendance d’une complication du côté du cœur, bien plutôt
uu’une conséquence de la goutte.
Nous signalerons également la sécheresse de la peau pendant 1 attaque, la sup-