‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 133 sur 369 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

1 Dega (1), ont publié des mémoires où la nature syphilitique de l’affection est déi montrée. Le mal de la baie de Saint-Paul (Canada), appelé en 1770 mal anglais, qui en 1785 avait atteint 5800 personnes, fut comparé par Swediaurà la vérole du XVe siècle; une semblable épidémie fut observée aux îles Moluques en 1718.

Sous le nom de pian, yaivs, frambœsia, on a décrit des éruptions, des fongosités observées sur les nègres d’Afrique, soit dans leur pays d’origine, soit aux colonies. Cette maladie, qui a de grandes analogies avec la syphilis, paraît avoir existé dans la race nègre depuis une époque très -reculée ; Sydenham et Astruc pensaient qu’elle était de beaucoup antérieure à l’apparition de la syphilis en Europe. Ainsi la syphilis a pu porter différents noms et même affecter des formes variées suivant I les lieux et les races, et si elle a pu être méconnue dans les temps modernes, 4 plus forte raison s’explique-t-on comment au moyen âge et dans l’antiquité, elle a été le plus souvent confondue avec d’autres maladies et incomplètement décrite.

Époque moderne. — Les écrivains du x\ie siècle, Fracastor, Jean de Yigo, Pierre Mayrand, Massa, décrivirent successivement les symptômes les plus frappants de la vérole, sans en indiquer la succession nécessaire. La terreur inspirée par cette maladie qui subitement avait fait un si grand nombre de victimes et s’était étendue sur toute l’Europe, engendra d’abord une opinion fort exagérée sur la puissance et sur la facilité de sa transmission. On crut qu’elle se propageait par le souffle, et le cardinal AVoIscy atteint de syphilis, à ce que l’on croyait, fut mis en jugement pour avoir parlé à l’oreille du roi Henri VIII. La médecine ne peut appliquer l\ une maladie nouvelle que les théories régnantes ; il ne faut donc pas s’étonner que tant d’hypothèses erronées aient été émises sur la nature delà syphilis. Le premier auteur qui ait nettement défini la syphilis et qui en ait donné une description exacte est Fernel (2), lequel la décrit en ces termes, après l’avoir comparée au virus rabique : « Effieiens ejus causa venenata est atque perniciosa labes, quæ, in qua- » cumque corporis parte primum insederit, eam contaminât. Qui vcnereo complexu » jungitur cum inquinata, a pudendis luem contraint; qui effusiore osculo salivam » cxceperit, ab ore. Nutrix a qua pollutus infans lacsujit, a mammis; infans ore et » faucibus, si nutrix infecta. Obstetrix quæ infectæ parturienti opem tulisset, a manu » quæ tandem excidit. » Il décrit ainsi le processus morbide : « Cuicumqûe parti- » culæ lues primum insederit, illic inhærens pustulam excitât, intérim et ulcusculum » inde longius prorepens radices figit ; sensimque partium continuatione adaucta, » interiora subit, et ad extremum (in medicamentum adhibueris) furore corpus *> universum vastat atque depopulatur. »

Il indique la nécessité de rechercher le point de départ ou l’accident initial de la maladie : « etenim quoniam non nisi attactu contrahi potest necesse est labes aliqua »> in ea primum parte comparuerit, per quant insertum est virus. » Il admet l’unité du virus, et reconnaît à la maladie trois périodes ou degrés. On ne peut s’empêcher d’admirer la précision des idées de Fernel sur la vérole. 11 a connu cette maladie et l’a décrite mieux qu’on ne l’avait fait avant lui et que ne l’ont fait depuis la plupart des syphilographes. H ne lui a manqué pour dire le dernier mot sur celte question que la méthode expérimentale. C’est avec raison qu’un syphilographe de

(1) Dega, Archives générales de médecine.

(2) Fernel, De luis venereœ eurafione, 1557.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

nos jours, Langlebert (1), dit du livre de Fernel : « On ne sait ce qu’on doit le plus admirer, ou du profond génie de son auteur, ou de l’étonnante ressemblance qu’on y saisit malgré soi, entre la doctrine du médecin de Henri II, et quelques-uns des principes découverts, il y a vingt ans, par l’école de l’hôpital du Midi. » C’est là une coïncidence qui montre du moins quelles intermittences subissent les découvertes dans les sciences d’observation, et combien un seul homme peut être en avance sur ses contemporains et même sur ceux qui le suivent. Fallope, en 1564 (2), décrivait plus exactement qu’on ne l’avait encore fait les éruptions syphilitiques. lin 1728 Boerhaave reprenait les idées de Fernel et leur restituait l’autorité qu’elles n’auraient jamais dû perdre. Astruc (3) publia ensuite un livre remarquable par l’érudition et soutint l’origine américaine de la vérole. Van Swieten, en 1743, continuait l’œuvre de Fernel et celle de Boerhaave. En 1758, Sanchez accumulait les preuves pour démontrer que la syphilis n’avait point été importée d’Amérique (4).

L’année 1786 est une date mémorable dans l’histoire de la syphilis; c’est là que commence, avec John limiter (5), la méthode expérimentale. Ce grand médecin, dont le nom a été attaché à l’une des manifestations les plus importantes de la syphilis (chancre huntérien), pratiqua l’inoculation. Il se soumit lui-même à cette épreuve. Il reconnut le chancre comme accident initial, et c’est avec le pus du chancre qu’il pratiquait l’inoculation. Il professait que le virus entré par absorption dans l’organisme y produisait l’ infection , puis la disposition, et enfin V action ou manifestation syphilitique. C’est à cette époque que l’on distingue la blennorrhagie de la syphilis. Swediaur, qui a créé le mot de blennorrhagie, pratiqua l’inoculation et distingua les écoulements blennorrhagiques des écoulements inflammatoires (6). Ilunter, égaré par une expérience trompeuse, avait cru à la possibilité de la transmission de la syphilis par la blennorrhagie. Balfour, en 1767, puis Tode, en 1774, enfin B. Bell (1793) (7), démontrèrent l’existence séparée des deux virus blennorrhagique et syphilitique. Bell avait pratiqué et encouragé les inoculations. Cependant il n’avait pu élucider la question des gonorrhées rares qui engendrent la syphilis (chancres de l’urèthre). Hernandez, en 1812, publia un essai sur la non-identité des virus gonorrhéique et syphilitique (8). Ce travail avait pour base de nombreuses inoculations pratiquées sur la chiourme à Toulon. Carmichael, en 1814, prétendit démontrer quatre formes spéciales de syphilis (9). La doctrine de Broussais, sur l’irritation, réagit sur la doctrine des syphilographes de la pre-

(1) Langlebert, Traité théorique et pratique des maladies vénériennes. Paris, 1804.

(2) Fallope, De morbo gallico. Padoue, 1564.

(3) Astruc, De morbis venereis, 1736; traduit en français par A. F. Jault.

(4) Sanchez, Dissertation sur l’origine de la maladie vénérienne, dans laquelle on prouve qu'elle n’a point été apportée d’Amérique, etc. Paris, 1758.

(5) Hunier, A treatise on the vencreal disease. London, 1786, in-4° souvent réimprimé. Voyez Traité de la maladie vénérienne, édition française de Richelot avec notes de lticord. Paris, 1843; 3e édition, 1859.

(6) Swediaur, Observations sur les maladies vénériennes, traduction. Paris, 1785.

(7) B. Bell, Traité de la gonorrhée virulente ou de la maladie vénérienne, traduit de l’anglais par Bosquillon. Paris, an X.

(8) Hernandez, Essai analytique contre la nature syphilitique de la gonorrhée dite virulente. Paris, 1812, in-8.

(9) Carmichael, An Essay on venereal diseuses and the uses and abuses of mercury tn their treatment. London.

SYPHILIS. — HISTORIQUE

mière moitié de ce siècle et engendra les travaux de Jourdan (1826) (1), Richond des Brus (2) et Desruelles (1836) (3). A côté de ces travaux, où la doctrine tenait trop de place, et où l’esprit de parti dominait, se placent les recherches pratiques de Yacca Berlinghieri (A), Petit-Radel (5) et des Cullerier (6). A une époque plus rapprochée de nous, Vidal (de Cassis) soutint la théorie de la blennorrhagie syphilitique sans chancre (7).

11 nous reste maintenant à examiner les travaux contemporains, et principalement ceux de Ricord, qui a occupé une place considérable dans l’histoire de la syphilis.

La saine pratique et le remarquable esprit d’observation de Fernel, la méthode de Hunter, les expériences de Swediaur et Bell n’avaient pu triompher des doutes et des objections que faisaient naître à chaque instant les manifestations multiples et variées du protée syphilitique. La spécificité du chancre comme accident primitif, l’existence du virus syphilitique, la distinction entre la blennorrhagie et la syphilis, tout était remis en question. Lorsque Ricord entreprit ses premiers travaux sur les maladies vénériennes en 1832, il se trouva en présence de l’école qui s’intitulait identiste et qui confondait ensemble presque tous les accidents vénériens, faisant table rase des axiomes acceptés par la plupart des syphilographes de la fin du siècle dernier. Cette école avait pour représentants Lagneau (8), Devergic (9), Alph. Cazenave (10), Vidai (de Cassis) (11). Ricord entreprit de formuler les lois de la syphilis. Il fit marcher de front l’expérience clinique et les inoculations. Il publia successivement son traité de 1‘ inoculation (1838) (12), son iconographie (18ù2, 1S51) (13), scs Lettres (lù), et une édition annotée de Hunter (15).

(1) Jourdan, Traité complet de la maladie vénérienne, contenant l’exposition de ses symptômes et de son traitement rationnel, d’après les principes de la médecine organique. Paris,

(2) Richond des Brus, De la non-existence du virus vénérien, prouvée par le raisonnement, l'observation et l'expérience ; avec un traité théorique et pratique des maux vénériens. Paris, 1829.

(3) Desruelles, Traité pratique des maladies vénériennes. Paris, 1836. — Lettres écrites du Val-de-Grdce sur les maladies vénériennes et sur le traitement qui leur convient, 3e édition. Paris, 1847.

(4) Vacca Berlinghieri, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1800.

(5) Petit-Radel, Cours de maladies syphilitiques , ou histoire des affections tant aiguës que chroniques, dérivées d'une infection vénérienne , avec leurs symptômes et leur traitement. Paris, 1812.

(6) Cullerier neveu, divers articles in Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , 1829-1836. — Auguste Cullerier, thèse inaugurale et mémoires divers in Mémoires de la Société de chirurgie ; Précis iconographique des maladies vénériennes, 1832.

(7) Vidal (de Cassis), Traité des maladies vénériennes. Paris, 1853.

(8) L. V. Lagneau, Exposé de diverses méthodes de traiter la maladie vénérienne et leurs différentes modifications. Paris, 1808. La 6e édition (Paris, 1826) porte le litre : Traité des maladies syphilitiques.

(9) Alph. Cazenave, Traité des syphilides ou maladies vénériennes de la peau. Paris, 1843.

(10) Aug. Vidal (de Cassis), Traité des maladies vénériennes. Paris, 1853.

(11) Devergie, Clinique de la maladie syphilitique, enrichie d’observations communiquées par Cullerier oncle et neveu, Bard, Gama, etc., Paris, 1833.

(12) Ricord, Traité pratique des maladies vénériennes, ou recherches sur l'inoculation appliquée à l'étude de ces maladies. Paris, 1838, in- 8.

(13) Ricord, Clinique iconographique de l’Hôpital des vénériens , recueil d’observations suivies déconsidérations pratiques, etc. Paris, 1842-1851.

(14) Ricord, Lettres sur la syphilis, 3e édit., 1863.

(15) Hunier, Traité delà maladie vénérienne , traduit de l’anglais par G. Richelot avec de nombreuses annotations par Ph. Ricord, 1843; 3" édition, 1859.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

11 examina les femmes au spéculum, et trouva sur un même sujet le chancre et la blennorrhagie; il démontra le chancre de l’urèthre, et expliqua ainsi les erreurs des identistes. Quant à lui il s’intitula uniciste. 11 chercha le chancre sur toutes les parties du corps et prouva qu’il n’y avait pas d’autre voie à la syphilis que le chancre. Il lit des expériences sur la non-inoculabilité du pus de bubon gonorrhéique et du pus d’ophthalmie blennorrbagiquc. il créa l’expression de chancre larvé pour désigner le chancre méconnu de l’urèthre. Sa doctrine peut se résumer en quelques propositions :

1° Le chancre naît du chancre seul ; 2° la blennorrhagie est un accident inflammatoire qui n’est pas nécessairement spécifique et qui peut naître soit d’une blennorrhagie, soit d’une irritation; 3° le pus du chancre est seul inoculable; L\° le pus d’une muqueuse non ulcérée n’est pas inoculable ; s’il s’inocule c’est qu’il y a chancre larvé; 5° le chancre seul, et non la blennorrhagie, transmet la vérole ; 6° le chancre ne donne ni l’arthrite, ni l’ophthalmie, ni l’épididymite, accidents qui dépendent de la blennorrhagie ; 7° les végétations ne sont pas syphilitiques ; 8° il n’v a pas de bubon d’emblée.

Ricord reconnut la marche régulière de la vérole, et professa que le chancre était la première manifestation de la vérole, qu’ainsi on ne pouvait enrayer la maladie une fois qu’elle s’était traduite par cet accident initial. Détruire le chancre était inutile ; restaient les ressources du traitement. L’œuvre de llicord a été suflisanle pour donner à son nom une juste célébrité ; il n’a ni tout vu ni toujours vu la vérité. Pendant longtemps il a cru que le chancre était toujours semblable à luimême; il n’a pas su reconnaître la transmissibilité des accidents secondaires (1), ce qui le conduisait à nier la transmission de la vérole des nourrissons aux nourrices dans la plupart des cas, et ce n’est pas à lui non plus que revient l’honneur d’avoir montré la syphilis inoculée par la vaccination (2); cependant on ne peut nier que Ricord n’ait rendu de grands services à la science et n’ait droit à occuper une place considérable dans l’histoire de la syphilis. Parmi les découvertes contemporaines il en est une à laquelle Ricord s’est rallié en lui prêtant l’autorité de son nom, c’est celle de la dualité chancreuse , établie d’abord par Bassereau (3) en ces termes : « il existe deux espèces de chancres complètement distinctes et indépendantes l’une de l’autre ; l’une appartient à la syphilis, dont elle constitue le symptôme initial ; l’autre, au contraire, est complètement étrangère à la vérole. » Le docteur Clerc créa vers la même époque l’expression de chancroïde (U), admettant deux chancres, dont l’un, le chancroïde, était un dérivé et une atténuation de l’autre, hypothèse

(1) Consultez : De la syphilisation et de la contagion des accidents secondaires de la syphilis, communications à l’Académie de médecine par llicord, Bégin, Malgaigne, Velpeau, Depaul, Gibert, Lagneau, Larrey, Michel Lévy, •Gerdy, Roux, avec les communications de MM. Auzias-Turenne et C. Sperino à l’Académie des sciences de Paris et à l’Académie de médecine de Paris. Paris, 1853.

(2) Consultez : De la syphilis vaccinale, communications à l’Académie impériale de médecine par Depaul, Ricord, Blot, Jules Guérin, Trousseau, Devergie, Briquet, Gibert, Bouviei, Bousquet, suivies de Mémoires sur la transmission de la syphilis par la vaccination ri la vaccination animale, par A. Viennois (de Lyon). Pellizzari (de Florence), Palasciano (de ISaples), Philippeaux (de Lyon), et Auzias-Turenne. Paris, 1865.

(3) Bassereau, Traité des a/f'ections de la peau symptomatiques de la syphilis. Paris, 1852.

(h) Clerc, Du chancroïde syphilitique {Moniteur des hôpitaux, 1855).

SYPHILIS. — HISTORIQUE. 615

qui fut combattue par Cullerier (1). L’école (le Lyon, représentée par Diday (2), Hollet (3) et Rodct, soutint la dualité du virus syphilitique. Cette question fut l’objet de plusieurs mémoires importants publiés par Alfred Fournier (U).

L’époque actuelle a été féconde en travaux expérimentaux sur la syphilis. Après l’exposé qui précède on ne connaît qu’une partie de cette vaste question. Il ne suffirait pas d’avoir démontré que la syphilis était une et constante dans ses manifestations, qu’elle pouvait être à coup sûr distinguée d’autres affections voisines, telles que la blennorrhagie et les végétations des organes génitaux et de l’anus ; qu’elle présentait des lésions sui generis, qu’elle résultait d’un virus inoculable dont la première manifestation apparente était le chancre. C’était déjà circonscrire la question et la renfermer dans un cercle étroit. Dès lors étudiant la maladie dans sa marche générale, dans la succession de ses symptômes, procédant par expérience directe (inoculation du chancre), on put montrer le rapport des accidents entre eux et leur succession nécessaire; on étudia mieux le chancre, et Ricord insista sur le caractère d’induration que présentait cet accident initial. Chancre induré devint synonyme de chancre infectant. Cette induration fut comme la caractéristique et la condition sine quâ non du chancre véritable, c’est-à-dire de celui qui devait être suivi d’une syphilis constitutionnelle. Cependant tous les chancres tic sont pas indurés et il fallait trouver la place nosologique des chancres mous, en indiquer la valeur (T la cause; l’anatomie pathologique du chancre en lui-même, l’étude des régions oit cet accident peut se montrer, les circonstances locales qui peuvent influer sur ce caractère d’induration, étaient autant de problèmes d’une solution lente et indécise.

D’autres desiderata plus importants réclamaient une enquête scientifique : faire procéder la vérole du seul chancre et n’admettre point qu’un autre accident syphilitique pût s’inoculer, se refuser à admettre la transmission des accidents secondaires, par exemple, dans le cas de contact entre un enfant nouveau-né infecté héréditairement et une nourrice saine, dans les cas d’angine syphilitique inoculée par les baisers, c’était aller contre l’observation quotidienne, c’était lutter contre des faits qui devinrent si nombreux qu’il s’imposèrent. Ce fut bien pis lorsque l’inoculation du sang de syphilitique et la transmission de la vérole par la vaccination furent connues. Un grand mouvement se fit alors et l’école de Ricord fut débordée, elle ne put transiger, et l’opinion passa outre, non sans reconnaître les mérites des travaux dont Ricord avait enrichi la science.

Ce fut sur le chancre que la discussion s’établit d’abord. On vit que le chancre n’était pas toujours et invariablement suivi de l’infection syphilitique, et que le Caractère d'induration n’était pas assez constant, assez démonstratif, pour qu’on pût en faire la base dit diagnostic. Ricord pensait que la différence dans les apparences des chancres tenait surtout à la constitution, à l’idiosyncrasie de l’individu, et non

(1) Cullerier, Bulletin de la Société de chirurgie, 1855.

(2) Diday, Exposition critique et pratique des nouvelles doctrines sur la syphilis. Paris, ■1858. — Diday et Collet, Annuaire de la syphilis et des maladies de la peau , 1859.

(3) Collet, De la pluralité des maladies vénériennes. Paris, 1860. — Recherches cliniques et expérimentales sur la syphilis , le chancre simple et la blennorrhagie -, et principes nouveaux d’hygiène et demédecine légale appliqués à ces maladies. Lyon, 1861, irt-8, dt atlrts. — Traité des maladies vénériennes, 1865.

(h) Fournier, Recherches de la contagion du chancre (thèse, 185?), et Leçons dé Ricord sur le chancre, par Fournier. Paris, 1860.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Zi 16

à la spécificité seule de l’accident initial. Un chancre pouvait en engendrer un autre d’un caractère différent en changeant de terrain. Or on reconnut que le chancre se reproduisait avec ses caractères propres quels que fussent les sujets inoculés. Il fallait faire une restriction en ce qui concernait les gens déjà atteints de syphilis constitutionnelle ou confirmée. En 1852, Bassereau, dans un excellent travail qui a influé beaucoup sur la direction des travaux modernes en syphilographie (1), distingua deux formes de syphilis, l’une moderne, l’autre ancienne. Celle-là caractérisée par le chancre induré et par l’infection constitutionnelle, donnant lieu au chancre induré et au bubon non suppuré; l’autre maladie, locale, caractérisée par le chancre simple suivi ou non du bubon suppuré. L’unité de la syphilis cessait d’exister, ou plutôt on distinguait la vraie syphilis de la fausse. Le docteur Clerc (2), en 185Zi, désigna sous le nom de chancroïde, le chancre simple non infectant, qu’il* considéra non comme une espèce à part, distincte, parallèle à l’autre et provenant d’un virus sui generis , mais comme une dégénérescence du chancre induré.

Le chancre, d’après cette théorie, ne pourrait plus s’indurer lorsqu’il serait transmis à un individu déjà diathésé, et deviendrait alors mou (chancroïde). Il pourrait cependant, transporté à un individu non diathésé, reprendre sa première énergie, ses propriétés infectantes, s’indurer et préluder à la syphilis constitutionnelle. Telle était l’interprétation donnée par Diday à des cas où le chancre mou avait été inoculé et avait produit la syphilis (3); ce chancre fut nommé par Diday induroïde.

Une opinion mixte vint à surgir, ou plutôt des faits jusque-là confondus furent séparés par Ilollet (de Lyon). Cet auteur qui fait école et qui occupe aujourd’hui une place considérable dans la syphilographie, décrivit le chancre mixte (Zi).

§ V. — Du virus syphilitique.

La syphilis se transmet d’homme à homme par contagion directe, non par infection à distance. Le contact est nécessaire et peut-être même la dénudation de l’épiderme ou de l’épithélium, pour que la transmission ait lieu. Dans cette action de l’homme malade sur l’homme sain, un agent morbide visible et tangible intervient, cet agent c’est le plus souvent le chancre, quelquefois c’est une plaque muqueuse ou une lésion syphilitique secondaire de la peau ou des muqueuses, plus rarement c’est le sang même du syphilitique. Voilà ce qui est constaté. Ces divers agents matériels de la transmission examinés à l’œil nu, au microscope, ou dans le creuset du chimiste, ne nous livrent point le secret de leur action spécifique, et nous supposons, d’après leurs effets, qu’ils sont le véhicule d’un agent qui échappe à l’analyse et que nous appelons virus. Les anciens appelaient cet agent esprit ou souffle (spiritus) , matière subtile, etc. Aujourd’hui quelques-uns l’appellent ferment, agent de catalyse. Tous ces vains mots n’avancent pas nos connaissances. Le véritable réactif des virus c’est l’organisme lui-même, réactif aussi sûr, aussi

(1) Bassereau, Truite clcs affections de ta peau symptomatiques de la syphilis. Paris, 185'.2.

(2) Clerc, Du chancroïde syphilitique, 1854.

(3) Diday, Exposé critiqueet pratique des nouvelles doctrines sur la syphilis. Paris, 1858.

(4) Chaballier, Pluralité clcs maladies vénériennes. Paris, 1860.

Page 1