‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 134 sur 369 · SYPHILIS. — DU VIRUS SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

SYPHILIS. — DU VIRUS SYPHILITIQUE

conslaiil dans scs manifestations, que le plus sûr des réactifs chimiques. Ce que nous disons de la vérole peut être dit de toutes les maladies virulentes, morve et farcin, variole, rage, et des maladies infectieuses et contagieuses, telles que le choléra, la peste, la fièvre jaune, le typhus, la fièvre puerpérale, etc. La découverte qu’a faite récemment Davaine (1) de bactéries dans le sang des animaux inoculés avec le sang de rate permet d’espérer que d’autres maladies virulentes livreront le secret de leur contagion, et que plus d’une est parasitaire. Les recherches des anatomistes modernes n’ont pas permis de découvrir dans le pus du chancre autre chose que l’élément épithélial, les globules blancs altérés, des matières grasses, des éléments fibro-plastiques et quelquefois des êtres végétaux ou animaux inférieurs qui peuvent se développer dans toutes les plaies.

Nous rappelons ici les noms successivement donnés au virus syphilitique, lues venerea , teinture vénérienne, poison animal, délétère, agent subtil, levain, vapeur vénéneuse, poison morbide (J. Hunter).

Il est inutile de discuter ici la question insoluble du mode d’absorption du virus à travers l’organisme. Ricord s’est contenté d’une ombre d’explication quand il a dil : « La syphilis constitutionnelle est le résultat de l’absorption matérielle du virus syphilitique : l’expérimentation, l’analogie et l’observation démontrent que c’est par le mélange direct au sang que l’empoisonnement général a lieu, soit que celui-ci ait été ou non précédé de l’absorption par les lymphatiques.

La force, l’intensité du virus ne peuvent être calculées; le virus est un, et il n’y a point d’espèces ni de qualités dill'érentes de virus. Il peut y avoir, suivant les climats, les races, les habitudes, la constitution médicale, le tempérament et mille circonstances accidentelles, des modifications dans l’intensité et les effets du virus. John Hunter disait avec raison, du virus vénérien, que le même pus affecte différemment des personnes différentes. « Les symptômes différents, dit-il, que l’on observe chez les divers sujets dépendent de la constitution et de l’état général de l’économie au moment de l’infection. Ce qui a lieu dans l’inoculation de la variole corrobore cette opinion : que le malade sur lequel on recueille le pus variolique présente des symptômes graves ou bénins, qu’il ait un grand nombre de pustules ou qu’il en ail très-peu ; que la variole soit conlluente ou discrète, que le pus soit introduit en petite ou en grande quantité, l’effet produit est toujours le même. » Aux mots résorption, infection, on substitue aujourd’hui volontiers ceux d’intoxication ou de toxhémie, lesquels n’ont pas plus de sens.

La quantité du virus nécessaire à l’inoculation ne peut être appréciée; aucune expérience n’a pu être faite à cet égard. L’infiniment petit, l’impondérable si cher aux disciples d’Halinemann, trouverait presque ici sa place; cependant une lancette bien essuyée n’inocule pas la syphilis, et si petite que soit la quantité du virus, elle ne saurait tomber au-dessous de cet élément qu’on appelle une cellule ou un globule sanguin.

« Le virus syphilitique, dil Rollet, entre dans l’organisme en quantité souvent infinitésimale ; puis, à un moment donné, toute l’économie en est pour ainsi dire imprégnée ; en sorte qu'un phénomène très-remarquable s’est passé dans l’intervalle, phénomène essentiellement caractérisé par la multiplication du virus ; évi-

(1) Davaine, Comptes vendus de l’Aeude/uie des sciences, 1864.

Valleix, 5e édit.

Ù'18 MALAD1ÊS CONSTITUTIONNELLES.

demment c’est l’organisme qui a fourni au virus les matériaux de cette prodigieuse multiplication ; et, peut-être, lorsque la maladie est abandonnée à elle-même et qu’elle guérit, guérit-elle au moment où ce dernier ne trouve plus d’éléments organiques susceptibles d’entrer en combinaison avec lui. Ce qui tendrait à le faire supposer, c’est que, même après la disparition de la syphilis chez un individu, le virus syphilitique n’a généralement plus prise sur cet individu, pas plus que le virus vaccin sur un vacciné, ou le virus varioleux sur un variolé. » Astruc avait, après beaucoup d’autres, foi dans l’atténuation progressive du virus syphilitique. Tl pensait que la syphilis finirait par s’éteindre. La question de Y unité du virus syphilitique ou de la pluralité des virus sera traitée plus loin.

Absorption. — Deux opinions se partagent le monde médical relativement à la signification de l’accident initial de la syphilis, le chancre. La première opinion, qui est soutenue par Ricord, Sigmund, Cullerier, considère le virus comme bornant d’abord son action au chancre et à une sorte d’auréole peu étendue, de là le virus partirait pour infecter l’organisme. L’autre opinion, qui est plus généralement admise, considère le chancre comme la manifestation d’une infection générale de l’organisme par le virus ; Baumes, Cazenave, Bærensprung, A. Vidal, ont soutenu cette opinion. On peut dire, en effet, que dès l’instant que l’organisme est contaminé, la syphilis y est contenue en puissance; on n’acquiert la preuve de ce fait, latent d’abord, qu’au moment de l’apparition du chancre, sorte d’action réflexe qui reporte la première réaction spécifique de l’organisme au point d’abord contaminé.

L’incubation des virus est toujours latente, celle de la rage ne s’annonce par aucun signe, il en est de même de celle de la variole et de toutes les maladies fébriles contagieuses. Aussi est-ce faire preuve d’un esprit peu formé aux enseignements de la médecine générale que de prétendre que l’iycubation du virus syphilitique devrait s’annoncer par des symptômes morbides. Ce fait, que le chancre n’apparaît qu’au point contaminé, n’est pas particulier à la vérole; il en est de même pour la variole et le vaccin, et même on a observé dans la rage que la plaie d'introduction devenait douloureuse au moment où se montrent les prodromes de la maladie. N’a-l-on pas d’ailleurs la preuve que le virus ne séjourne pas au point inoculé, puisque les cautérisations les plus énergiques n’empêchent pas l’intoxication ultérieure de l’organisme. La rapidité d’absorption n’est pas calculable, elle doit varier suivant la nature des tissus où le virus est déposé et l’état de ces tissus; instantanée quelquefois, ralentie d’autres fois, cette absorption, suivant toute probabilité, est extrêmement rapide. L’erreur des expérimentateurs a consisté à agir sur l’accident initial, le chancre, qui est déjà l’indice de la maladie confirmée. Il faudrait agir sur le point où l’inoculation s’est faite avant qu’aucun accident se fût manifesté, et très-peu de temps après l’inoculation. Il est à croire que certaine pratique, mise en usage principalement par les débauchés d’habitude et les prostituées, et qui consiste dans des lotions astringentes pratiquées aussitôt après le coït sur les organes sexuels, est un préservatif souvent utile contre l’intoxication syphilitique.

La durée de la propriété s|)écifique des liquides syphilitiques inoculables est loin d’être indéfinie; plus la matière virulente est récente et plus elle présentera de chances pour l’inoculabilité. On a pu, néanmoins, conserver pendant plusieurs semaines du pus chancreux et l’inoculer avec succès au bout de ce temps.

SYPHILIS

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